‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 21 sur 104 · COLONIES · texte numérisé non relu

COLONIES

tie française de Saint-Domingue. Elle avait ôlabli le siège de ses séances à Saint-Marc. Les comités provinciaux ou, comme ils s'appelaient, les assemblées provinciales, n'avaient pas néanmoins abdiqué leurs pouvoirs ni cessé leurs réunions, el il y en eut même une parmi elles qui se fit remarquer par son opposition constante à l'assemblée des 215; ce fut l'assemblée provinciale dite du Nord.

L'assemblée générale des 215 déclara, sur le vu du décret du 8 mars et de l'instruction qui l'accompagnait, qu'elle n'entendait point partager les droits politiques avec une race abâtardie et dégénérée; c'est ainsi qu'elle désignait les gens de couleur. Mais elle ne s'arrêta point à cette première démonstration; elle prit le rôle d'une assemblée constituante, et on conséquence, le 28 mai, elle arrêta les bases de la constitution de Saint-Domingue, et, pour imiter jusqu'au bout l'assemblée nationale, nomma un comité de la guerre, un comité de la marine et jusqu'à un comité de diplomatie.

De son côté, l'assemblée provinciale du Nord, qui représentait en grande partie ceux que, dans la colonie, on appelait les petits blancs, refusa de se soumettre à ces entreprises, et cassa la déclaration du 28 mai.

Le comte de Peynier, gouverneur de la colonie, dans l'intention sans doute de rendre au pouvoir la force qu'il avait perdue, appuya cette dernière décision par diverses démarcbes. 11 accueillait avec faveur les réclamations des bommes de couleur, et en même temps réunissait en un corps de volontaires et armait tous les gens attachés à l'administration par des emplois. 11 trouva un appui im[»ortant dans un homme plein de résolution, le chevalier Mauduit, que le ministre venait d'envoyer pour prendre b; commandement du régiment de Port-au-Prince.

Les démarches elles dispositions manifestes de l'autorité n'arrêtèrent point l'assemblée générale. Résolue d'imiter jusqu'au bout la constituante, pleine de conhance dans l'appui de toute l'aristocratie coloniale, elle déclara d'abord traîtres à la patrie les membres de l'assemblée provinciale du Nord. Puis, elle décréta le licenciement des deux régiments coloniaux, et afin d'en attirer le personnel à sa cause, elle ordonna qu'ils fussent réorganisés par son comité militaire, promettant une augmentation de paye aux soldats, et à chaque sous-oflicier un propriété foncière, plus une sonnne de r)12 piastres (2,816 fi'.). Dès ce moment, la guerre fut déclarée entre les colons et le gouvernement. Dès ce moment aussi, plusieurs membres s'éloignèrent des réunions de l'assemblée générale, et les 215 virent successivement leur nombre diminuer. D'autre part, quelques soldats seulement s'étaient laissé entraîner

94 (septembre 1790) assemblée nationale.

à la séduction qu'on leur présentiiit; la masse des régiments résistèrent et préférèrent leur devoir à l'argent. Le chevalier Mauduit se liâla d'agir et alla d'abord attaquer et disperser l'assemblée provinciale, dite de l'Ouest, qiU appuyait les mesures de la constituante au petit pied réunie à Saint-Marc. 11 ne réussit dans son [irojet qu'après un engagement fort vif où le sang coula.

Mauduit reçut ensuite l'ordre démarcher sur Saint-Marc pour y disperser l'assemblée générale. Celle-ci, quoique réduite à moins de moitié par la défection d'un grand nombre de ses membres, en appela néanmoins aux armes, et fit faire des démarches auprès de l'équipage du vaisseau le Léopard, qui se laissa séduire. Il n'y avait qu'un moyen d'en finir avec ces tentatives d'insurrection et d'éviter une nouvelle et sanglante collision; c'était d'éloigner le vaisseau. L'ordre de mettre à la voile lui fut en efl'et donné ; mais pour le faire obéir, il fallut le menacer de le faire couler par les batteries du Port-au-Prince. Avant de partir, le Léopard recueillit sur son bord les mendjres de l'assemblée générale qui avaient persisté jusqu'au bout, au nombre de 85 et les porta à Brest.

Ici est le lien qui rattache les afl'dires de Saint-Domingue à celles de Brest; mais, avant de nous occuper de celle-ci, nous dirons encore quelques mots de ce qui se passa dans la colonie après le départ des débris de l'assemblée coloniale.

L'assemblée du Nord, craignant les intrigues de ces fugitifs, nomma de son côté des commissaires qu'elle envoya à Paris. Ils débarquèrent h Nantes, et la municipalité de cette ville les fit accompagner par une députation. Cependant les colons avaient conçu un ressentiment profond de la conduite du chevalier Mauduit, dont l'énergie avait contribué, pour une si forte part, à la ruine de leurs projets. On attendit le moment où, sans défiance, il s'était retiré dans son habitation, au sein de sa famille. Alors un rassemblement se forma; on l'arracha des bras de sa femme, et après l'îivoir outragé d'une manière odieuse, on le mit à mort et l'on promena sa tête dans la ville et les campagnes. Le gouverneur n'osa ou ne put punir les coupables. Il essaya en vain de recouvrer quelque pouvoir en convoquant une assemblée légale; il donna l'ordre aux as- .semblées primaires de se réunir et d'élire des députés ; mais on lui désobéit, et l'autorité n'eut que la triste satisfaction de traduire devant le conseil de guerre le marqins de Borel, l'un des membres de la constituante de Saint-Marc, et les 127 soldats qui avaient pris le parti des insurgés. Le marquis de Borel fut condamné à être passé par les armes jusqu'à ce que mort s'ensuivît. On en était là, lorsqu'un homme de couleur, ou plus exactement

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