‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 62 sur 104 · NÉGOCIATIONS DE LA COIK · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS DE LA COIK

delà maison rie Bourbon paraîtra : elle sera signée diiroid'tspagne, du roi de Naples, de l'infant de Parme et des princes du sang qui sont libres. Le manifeste des puissances paraîtra immédiatement après. •

« 4" Quoique l'empereur soit l'àme et le chef de l'entreprise, il serait peut-être dangereux pour la reine qu'il parût en être le premier mobile ; et on ne manquerait pas d'attrilnier à la maison d'Autriche ce plan, que l'assemblée s'efforcera de faire paraître odieux au peuple ;

« 5" L'empereur écrit au roi d'Espagne de hâter ses préparatifs et l'exliorte à signer sans délai la protestation de la maison de Bourbon. Le roi et la reine de Naples, qui la connaissent, n'attendent que la signature de l'Espagne pour donner la leur;

« 0" Les dispositions du roi de Sardaigne sont excellentes. Il n'at- Iciid que le signal de l'empereur. La diète de Ratisbonne, qui a reçu le décret de commission, va prendre ses dernières résolutions ;

« 7" On compte sur la neutralité de l'Angleterre;

« 8" Tout étant ainsi com])iné avec les puissances, on doit regarder ce plan comme arrêté, et prendre garde qu'il ne soit contrarié par des idées disparates ; c'est pourquoi Leurs Majestés doivent éviter avec grand soin de diviser la confiance et de multiplier les entremises, ayant déjà éprouvé que cette manière d'agir ne servirait qu'à nuire, retarder et embarrasser;

0 9" Les parlements sont nécessaires pour le rétablissement des formes. On continuera, en conséquence, d'entretenir une correspondance suivie avec plusieurs membres dispersés-des cours souveraines pour pouvoir les rassembler aisément quand il en sera temps;

« IC^ Quoique l'on ait désii'é jusqu'à présent ([ue Leurs Majestés pussent elles-mèines se procurer leur liberté, la situation présente engage à les supplier très-instamment de n'y plus songer. Leur position est bien différente de ce qu'elle était avant le 18 avril, avant (}Ue le roi eût été forcé d'aller à l'assemblée et de faire écrire la lettre aux ambassadeurs. L'unique objet dont Leurs Majestés doivent s'occuper, est d'employer tous les moyens possibles à augmentei' leur popularité, pour en tirer parti quand le moment sera venu , et de manière que le peuple, elîrayé à l'approche des armées élraugères, ne voie son salut que dans la médiation du roi et dans sa soumission à l'autorité de Sa Majesté; telle est l'opinion de l'empereur. Il attache uniquement à ce plan de conduite le succès des mesures (pi'il a adoptées, et il demande surtout qu'on éloigne toute autre idée. Ce qui arriverait à Leurs Majestés, si, dans Iciu' fuite, elles ne pouvaient échapper à une surveillance }3arl3are, le fait hémir d'Iior-

3''20 (nOi) ASSEMBLÉE NATIONALE.

reiir. Su Majesté Impériale croit que la sauvegarde la plus sûre pour Leurs Majestés est le mouvement des armées des puissances, précédé par des manifestes menaçants. »

Ici finit la pièce à laquelle Bertrand de Molleville denne le nom iVextrail de la conférence de Mantoue. 11 est probable, en effet, qu'elle ne contient pas tout ce qui fut dit et convenu dans cette réunion. La lettre que Ton va lire le prouve. Nous devons dire, avant de passer outre, que l'on a essayé de jeter des doutes sur Tautlienticité de cette pièce. Mais tous les véritables bistoriens, Servau [Tableau historique de la guerre), le comte d'AUonville, etc., en parlent comme d'un fait positif en diplomatie. Au re.ste, le but que l'on se proposait en émettant des doutes, suffit pour en faire juger la valeur. On le faisait sous la restauration, lorsque les royalistes croyaient utile de disculper Louis XVI de toute correspondance avec l'étranger. Aujourd'hui on possède tant d'autres preuves, que cette négation est sans intérêt ; aussi y a-t-on renoncé.

Voici maintenant la réponse de l'empereur à la lettre de la reine du l*"^ juin.

« .l'ai reçu, le 12, la lettre que vous m'avez écrite, et je vous renvoie le porteur le même soir pour qu'il arrive à temps. Il me paraît zélé, aftidé, attaché et sûr. J'ai reçu le papier ci-joint, que je vous renvoie. J'ai parlé avec le comte d'Artois à Mantoue : j'ai tâché de le persuader à se modérer et à ne pas agir avant que je le lui dise. 11 a la meilleure volonté, a reconnu mes raisons; mais ses alentours le poussent et l'animent trop. 11 est convenu avec moi qu'il se tiendrait tranquille à Coblentz et qu'il ne se joindrait pas au prince de Condé- Celui-ci a fait plusieurs équipées, telles que de lever des troupes, de rappeler auprès de lui tous les Français qui sont en Italie.

« J'ai vu avec le comte d'Artois le papier ci-joint (1). Je suis convenu qu"au cas que vous fussiez avec le roi en liberté, nous agirons tous tout de suite d'abord, mais que sans cela on n'agirait point... En attendant, je vous réponds que rien ne se fera, ni démonstration, ni manifeste, ni marche de troupes, ni de mon côté ni de celui du comte d'Artois, car, pour le prince de Condé, je ne puis pas en répondre... Je ne croirai que ce que me marqueront le comte de Mercy et le baron de Breteuil par M. de Bombelles. Je n"informei'ai le comte d'Artois de rien de ce que vous m'écrivez, ni de vos intentions, craignant trop les indiscrétions de ses alentours. Puisse votre jirojet s'accomplir heureusement et bientôt! Le comte de Mercy a

(l) Cf impicr ci joint ctait-il la feuille qui contenait les instructions dictées à M. de nurfort?

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roidio, la chose léussissant et sur votre demande, de vous aider et de vous fournir tout ce qu'il peut : argent, troupes, tout sera à vos ordres. On peut compter dans ce cas sur le roi de Sardaigne, les Suisses et les troupes de tous les princes de l'empire, même celles du roi de Priisse, qui sont à A^'esel et par conséquent fort à portée.

« Je ne perds pas de vue vos intérêts ; je témoigne de ne pas m'y intéresser pour ne pas donner de soupçon... Calculez bien tous les risques, prévoyez-les, et tirez-vous, s'il est possible, du lieu oii vous êtes. Quand vous serez en sûreté vous protesterez publiquement contre tout ce qui a été fait, et appellerez vos amis et fidèles sujets à votre secours, et tout sera fini plus aisément qu'on ne croit. C'est ce que souhaite, désire et attend avec impatience, un frère qui vous est bien tendrement attaché, qui ne désire que de vous servir, mais qui ne veut le faire que de la façon que vous le désirez vous-même, avec la sûreté de réussir et de ne pas vous exposer...

« J'ai reçu par M. do Bombelles vos lettres exactement. Je travaille, en attendant, à disposer toutes les puissances pour agir de concert en votre faveur tout de suite, dès que vous serez en sûreté; ou, si cela ne pouvait avoir lieu, à la suite du manifeste qu'il conviendrait de publier à son temps, et quand vous-même l'approuveriez. Je vous réponds de la bonne disposition de tout le monde conmie de la mienne. — Le duc de Polignac est avec moi, cliargé des commissions du comte d'Artois... Quoiqu'il vous soit bien attaché, je ne lui dis rien de cette mission, ni de ce que vous marquez... » [Mcmoires secrets du comte d'Allonville, t. II, p. 221.)

Telles étaient les dispositions et les projets de la diplomatie dans les premiers mois de l'année dont nous allons commencer l'histoire révolutionnaire. En voyant les démarches dont il vient d'être question, en lisant les pièces qui viennent d'être citées, on ne peut s'em- [lêcher de penser qu'il s'agit ici de la première coalition organisée contre la révolution française par les rois de l'Europe, sans eu excepter le roi de France.

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