DÉPAUT DES TANTES DU ROI
vèrent leurs équipages; mais elles n'y séjournèrent point et elles en partirent aussitôt (le 19), avec une suite de vingt personnes. Quelque brusque qu'eût été leur sortie de Paris, elle fut connue ; en sorte que le lendemain, une foule de femmes se rendit de Paris à Bellevue, et qu un rassemblement considérable des conununes voisines entoura le château. On ne put faire partir les équipages de la suite, et ce fut même avec beaucoup de peine que Bertliier réussit à empêcher la visite du château. La surveillance, qui dès ce moment s'exerça sur ce point, dura longtemps. Les équipages qui avaient été relenus ne purent partir que le 14 mars.
Pendant que la bande de femmes dont nous venons de pailer se rendait à Bellevue (le :20 février;, l'assemblée nationale recevait officiellement l'avis du départ de Mesdames par une lettre du roi, qui annonçait qu'elles s'étaient éloignées la veille au soii', à dix heures, et que, quant à lui, persuadé qu'elles ne pouvaient être privées de la liberté qui appartient à chacun d'aller où il veut, il n'avait cru devoir ni pouvoir mettre obstacle à leur volonté. « Alors, dit Ferrières, le janséniste Camus, le visage enilammé, le regard furieux, demande que l'on diminu(î de la liste civile le traitement que l'iin fait à Mesdames.— Cette demande, répondit ^lartineau, n'est conforme ni à l'honnêteté, ni à la dignité de l'assemblée, ni même à la justice. La liste civile est fixée pour tout le règne de Louis XVI; s'il existe le moindre doute, qu'on aille quérir le décret. » L'assendjiée passa à l'ordre du jour, à une très-grande majorité, remarque le Moniteur.
il ne faut pas s'étonner de cette grande majorité. Piesque tous les constitutionnels, et M. Lafayette lui-même, ainsi qu'il le dit dans ses MénuÀros, voyaient dans cette affaire une question de principe, une question de liberté. Ils voulaient maintenir et melire pour jamais à l'abri des caprices de l'autorité un droit qu'ils considéraient comme au.ssi sacré que tout autre. A leurs yeux, établii- la nécessité des passe-ports, c'était dimner à celui qui les délivre le pouvoir d'anéantir ce droit. Us furent donc cette fois avec le côté droit. Pour obtenir leur assentiment, il fallait changiT le terrain de la question; c'est ce que lit Barn ive le lendemain, à la séance du 21 . « Messieurs, dit-il, votre comité do constitution doit vous présenter une loi siu' les obligations de la famille royale. Cette ques'ion ajournée laissait subsister, jusqu'il la loi nouvelle, l'ancien usage, suivant lequel les membres de la famille royale ne peuvent sortir du royaume sans la permission du roi ; mais des conseillers coupables ont égaré l'opinion de Mesdames. Klles se sont soustraites à uu devoir positif et prescrit pai' les lois. Un bruit déjti l'épandu annonce qu'une autre personne, dont la fuite entraînerait les conséquences les |)lns graves, se
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dispose à suivre Texeinple de Mesdames. Les citoyens en soni alarmés. Il faut que la loi déclare ce qu'elle permet et ce qu'elle détend. — Avant d'effacer, dit Foucault, l'article le plus précieux de la déclaration des droits, prenez des mesures pour assurer la tranquillité publique, la vie des citoyens et leurs propriétés. — Je conviens qu'il existe des troubles, répondit Pétion, mais à qui les attribuer? sinon à la révolte perpétuelle de la minorité de l'assemblée contre la majorité, sinon aux mandements incendiaires! »
La personne que désignait Baruave, et dont la fuite devait entraîner des conséquences graves, n'était autre que Monsieur (plus tard Louis XVIII). Aussi, le soir après la séance, un attroupement considérable de femmes, auxquelles se mêlèrent bientôt quelques citoyens, se forma autour du palais du Luxembourg, où résidait ce prince. La garde nationale accourut ; mais déjà Monsieur et sa femme étaient eu (juelque sorte au pouvoir du peuple. Apiès quelque ré- .sistance et beaucoup de bruit, on avait introduit une dépulalion de ces femmes; Monsieur les avait gracieusement accueillies et avait essayé de les rassurer sur ses projets; mais elles voulaient le ramener aux Tuileries. Comme il fallait une fin à cette démarche, Monsieur y consentit, et en conséquence il était monté en voiture avec Madame. Toute celte foule, mêlée h la garde nationale, suivit la voiture eu criant et en applaudissant jusqu'aux Tuileries, où elle l'abandonna. Voici comment le Moniteur raconte cette singulière émeute.
« Paris, 22 février, sept hem es du soir. — Le bruit se répandait que Monsieur, frère du roi, devait quitter Paris, accompagné de Madame. Sur-le-champ un nombre considérable de femmes, auxquelles s'étaient réunis quelques citoyens, se sont rendues au Luxembourg, il y a environ deux heures. Après quelque résistance, elles ont été introduites chez Monsieui', lui ont fait part de leurs inquiétudes, et l'ont engagé à ne pas effectuer le projet de départ qu'on assurait qu'il avait conçu. Monsieur leur a répondu qu'il était touché de leur sollicitude patriotique; il leur a assuré qu'il n'abandonnerait jamais le roi. Monsieur s'est rendu sur-le-champ avec Madame aux Tuileries, accompagné d'un grand nombre de citoyens de l'un et de l'autre sexe, et diveis pelotons de la garde nationale se sont réunis et ralliés autour du château des Tiùleries, pour assurer la tranquHlité du chef de la nation. »
Cependant le voyage de Mesdames ne se faisait pas sans obstacles. Le bruit de leui' départ les avait devancées, et elles ne .se cachaient mdltMuent. On voulid les aiivlcr b Moret; mais la pré-