‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 79 sur 104 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

die. Les procès-verbaux manuscrits (le la commune font loi (\ne les municipaux s'employèrent très-activement à faire expédier le plus promptement possible Fafl'aire des individus arrêtés aux Tuileries. Grâce aux démarches répétées de la municipalité, le procès fut terminé très-rapidement. L'assemblée nationale, le département et l'accusateur public avaient déjà prononcé, antérieurement au 12 mars, et ce jour-là, le corps municipal appliquant aux détenus le bénéfice d'une ordonnance de non-lieu, les rendit à la liberté. Quant à l'affaire de Vincennes, il n'en fut question à l'assemblée qu'une fois, à la séance du 18; encore ce ne fut que pour inviter le commandant général à convoquer le comité de surveillance de l'armée parisienne, pour lui soumettre les faits contraires au bon ordre commis à Vincennes par le détachement de Santerre. Les plaintes de la presse sur cette partialité furent très-vives et trèsnombieuses.

En même temjts la commune travaillait vigoureusement à donner des forces au parti de l'ordre. Le 4 mai's, elle arrêta une consigne générale pour la garde nationale, qui était attendue depuis longtemps. En voici le texte :

« La garde nationale étant spécialement instituée pour protéger efficacement la personne, l'asile et la propriété des citoyens, et ne pouvant remplir ce devoir dans toute son étendue, sans se faire respecter et craindre des ennemis de l'ordre public, elle est autorisée, si on l'attaque dans son poste ou dans sa marche, à repousser la violence par la force ;

u. Déclare eu outre que, dans le cas de flagrant délit, c'est-à-dire dans le cas où l'on attenterait de fait, en sa présence, à la vie ou à la propriété d'un citoyen, elle doit faire avertir sans délai un officier civil, et néanmoins faire, en attendant, tous ses efforts, et même, s'il est indispensablemcnt nécessaire, employer la force des armes pour empêcher que l'attentat ne s'accomplisse. »

Le même jour, elle fit af'icher une proclamation des administrateurs du département qui, dit-on, avait é;é rédigée par Mirabeau. Elle commençait ainsi : «Citoyens, vos concitoyens, ceux que vous avez élevésaux premières places de l'administration, affligés des désordres qui viennent de se passer dans la capitale, vous dénoncent lesauteurs de ces troubb s conmie les ennemis dont vous devez le plus vous délier. La constitution ne peut être attaquée que de cette manière ; et, lorsqu'on alarme votre patriotisme sur des dangers imaginaires, le seul objet est de vous tromper et de perpétuer l'anarchie. » Le reste de la proclamation était le développement de celte idée. Les troubles anéantissaient le travail ; ils menaient les pauvres à la misère , ils rui-

'i.-jS (Mars 1791) assemblée katio.nalk.

liaient le commerce, chassaient la population ; c'était en outre le seul moyen de perdre la révolution et d'anéantir la constiUUion. Cette proclamation l'ut vivement attaquée par les Révolutions de Paris, ainsi que toutes les autres mesures prises, dans le but de rétablir Tordre, par rassemblée, le département ou la ville. « Fonctionnaires publics, disait le journaliste, laissez faire le peuple ; il est aussi clairvoyant que vous... Fonctionnaires publics, vous parlez d'intérêt à vos concitoyens, tandis qu'ils vous donnent l'exemple du dévouement! » Et ailleurs : « Le peu de Jois sages émanées du sein de notre assemblée représentative, il nous a fallu les provoquer par nos cris, les appuyer de notre présence. C'est à l'altitude menaçante du peuple qu'on a dû la plupart des décrets qui servent de base à la révolulion. » [Révolutions de Paris, n" LXXXVII.)

Quoi qu'il en soit, l'autorité persista dans sa marche pour fortifier le pouvoir. Le 5, la municipalité ordonna de pom'suivre les coupables qui avaient tiré sur la garde nationale à Vincennes et dans le faubourg Saint-Antoine, et particulièrement l'auteur du coup qui avait dangereusement blessé un garde national à la cuisse. Dans le même arrêté, elle inlligea un blâme sévère au bataillon commandé par Santerre. Le 8, elle publia une proclamation pour assurer la libre circulation de l'argent monnayé.

Le 17 mars, la municipalité publia une ordonnance pour la police de Paris, dans laquelle, entre autres dispositions, elle prohibait la fabrication, la vente et le port de toutes les espèces d'armes ; la garde nationale était seule exceptée.

Cette dernière mesure excita de grandes réclamations dans la presse. Elle semblait cependant particulièrement dirigée contre les prétendus chevaliers du poignard, dont on parlait beaucoup dans Paris. Aussi, là où les journaux patriotes aperçurent un attentat à la liberté, les gardes nationaux virent-ils un acte antiaristocratique, et s'empressèrent-ils de faire exécuter l'ordonnance, saisissant les épées, et sondant les cannes avec une ardeur qui accrut les réclamations, à tel point que, le 21, l'ordonnance fut retirée et déclarée non avenue par u:i placard de la ville.

En même temps, le bureau de police de la ville expédiait avec l'apidité les affaires qui lui étaient soumises. Parmi celles-ci, il en est deux de remarquables, parce qu'elles prouvent la tendance que, dans l'état général et commun de défiance qui tourmentait les esprits, chaque autorité secondaire avait à usurper les fonctions de l'autorité supérieure. Le 16 février, le bureau de la ville condamna la section Mauconseil, qui avait arrêté la diligence de Lille, sous prétexte qu'elle portait de l'argent. Le 9 mars, il condamna une

Mu.A'iJiE !)( nor. ''\ '

paivillc iiilVaLlioii, commise par le même motif à i'égaid de la même, voiture, par la section de Bondy. Toutes ces arrestations de voiture--, avaient une même cause. Il y avait un ex-conducteur de diligences, sorti de l'administration pour un motif que nous ignorons, qui allait colporter, de section en section, que les messageries servaient à fair.'. sortir le numéraire de France. Chassé de Paris, il alla exploiter cetti-. singulière spécialité dans quelques villes, d'oîi il se fit égalemeni. chasser. C'est ainsi que, dans la mauvaise disposition des esprits, tout devenait embarras, même la mauvaise vulouté ou la sottise d'un individu.

Malgré ces mesures contre ce qu'on appelait alors à la ville l'anarchie des sections, l'esprit révolutionnaire n'était point an'aihii chez les municipaux. Un petit fait le prouve; mais c'est un fait qui révèle, dans des proportions minimes, le même sentiment qui avait; renversé la noblesse et ses titres. La commune, dans la séance du Ti, arrêta « que tout protocole serait désormais supprimé de sa correspondance administrative, et que toutes les lettres seraient uniquement terminées par la signature de ceux qui écrivaient. »

Cependant, le 4, le roi était tombé malade. Il était atteint d'un gros rhume. Aussitôt le corps municipal s'empressa de donner rexoniple d'im intérêt peut-être exagéré pour la santé du monarque. Il décida que tous les jours une députation irait s'informer de l'état du roi et viendrait en rendre compte. En cela, au reste, il ne fit qu'imiter l'assemblée nationale qui faisait lire, au commencement de charpie séance, un bulletin de la santé du roi. Ce bulletin était ensuite |)ar ses ordres affiché dans Paris.

Ces égards envers le monarque, ([ui rappelaient les usages obséquieux de Tancienup cour, excitèrent les hilarités de quelques journaux patriotes. Camille Desmoulins, Brissot même, se moquèient (ii'. l'attenlion que l'assemblée prêtait à de pareils bulletins, à Toccasiou du rbumi) de Vaine des Capets, à cette ridicule technologie des modernes Dinfoirus, etc. Quant à Marat, il ne croyait pas à la maladie du loi.

« .le suis informé, disait-il, par plusieurs personnes très-sûres, (|ui approchent journellement le roi, qu'il n'a pas été indisposé uno heure depuis le 21 février; que sa prétendue maladie est une imposture de ses ministres, qu'ont accréditée ses médecins et ses chirurgiens, tous dans le secret; qu'elle n'a eu pour objet que d'alarme les Français sur les jours du piince, de les pousser à des actes (Pi dolàtrie, et de donner aux conjurés les facilités de tt'amer de noiivelles conspirations dans son cabinet; que le jour où les députés do l'assemblée n'ont pas été reçus, les appartcuM'uts étaient remitjis

liO (MAliS 171)1; ASSEMBLÉE .NAilO.NALi;.

des membres ^n club monarcliique et des courtisans les jilus dévoués; enfin, que le roi paraît content, que sa femme n"a jamais été plus gaie ; que Ton parlait, il y a huit jours, d'un projet de voyage il Compiègne, sans doute pour faire une fuiiue à Bruxelles; et qu'aujourd hui on parle d'aller à Saint-Cloud, d'où il sera presque aussi facile de Texécuter, au moyen des manœuvres du fidèle Berlhier, commandant de la garde de Versailles. Je suis pareillement informé par quelques ofliciers de la garde parisienne des dispositions de Tétat-major pour faciliter renlèvement du roi, si le Te Deuvi que le général a fait proposer aux bataillons par ses mouchards a lieu. » [L'Ami du Peuple, n" DGXI.)

La maladie du roi fut l'objet d'une multitude de commentaires. Voici ce qu'on trouve à cet égard dans les mémoires du marquis de Ferrières, qui, conuiie membre de l'assemblée, était à même d'être bien instruit.

« La cour suivait le plan de conduite que lui traçait Mirabeau. Laporte (1) avait eu des conférencos avec Beaumelz, Chapelier, Dandré, membres constitutionnels les plus inlluents sur les délibérations. 11 leur fit, dit-il, contracter des engagements, auxquels il prétend, dans un compte rendu au roi, qu'ils répondirent fort mal. D'autres députés n'attendirent pas que Ton vînt les chercher; ils offrirent leurs services, et prièrent Laporte d'essayer leur zèle et leur crédit, en leur désignant quelque point que le roi désirerait obtenir soit du département, soit de l'assemblée. Le président du comité des domaines promit de communiquer tous les rapports qu'il ferait. C'est ainsi que ces hommes ne paraissaient se donner au peuple, que pour se vendre plus chèrement au roi. — La malheureuse issue de la journée du 28 février n'avait pas fait abandonner le dessein de quitter Paris. On présentait sans cesse au roi une foule de projets, la plupart impraticables et romanesques. On en adopta un qui parut d'une exécution plus facile que les autres. Le roi devait feindre une maladie et se faire ordonner par le peuple, que l'on amènerait à ce point, assurait-on, avec de l'argent, d'aller, pour rétablir sa santé, passer quebpie temps à Compiègne ou à Fontainebleau (2). Talleyrand et Montinorin se chargèrent, moyennant 2U0 000 IVancs par mois, de travailler l'opinion publique. Ils soudoyèrent

ij Laporte, ex-intendant delà marine, avait été nommé intendant de la maison du roi, le 31 décembre 1790.

(2) Ce mémoire S été retrouvé dans l'armoire de fer (pièce n. 7). Les autres as- .sertions de Ferrières, celle relative à Beaumetz, Chapelier, etc, et celle relative aux moyens employés pour travailler l'opinion publique, sont également corroborées par des pièces de l'armoire de fer, ainsi qu'on le verra dans la suite.

MALADIE DL ROI. -i-il

des écrivains, des marchands de chansons, dos jouinaH.stes, des membres du club des jacobins, des orateurs dans les sections, des motionnaires dans les groupes. On espérait, à l'aide de ces moyens, décrier et avilir rassemblée nationale, lui enlever la confiance du peuple, en investir le roi et lui acquérii' une grande popularité; mais la popularité suppose une liberté de choix, une égalité de droits, une identité de volonté et d'intérêt entre celui qui en est l'objet et ceux qui la forment; elle ne peut s'attacher à un homme, qu'autant qu'il est l'organe du peuple, son agent, son mandataire. C'est un sentiment d'estime et de confiance; et comment étendre ce sentiment à un roi dont le pouvoir, les droits, les intérêts n'ont aucun rapport aux droits et aux intérêts du peuple? Aussi l'intendant de la liste civile, Laporte, fut- il forcé d'avouer à Louis XVI que tous les millions répandus pour acquérir cette précieuse popularité n'avaient rien produit.

« La prétendue maladie du roi n'eut pas un plus heureux succès. Les révolutionnaires opposèrent feinte à feinte. Ils parurent prendre un vif intérêt à la santé du monarque; et, affectant de conserver un grand respect pour le fiuitôme royal qu'ils avaient créé, ils décrétèrent qu'une députation irait chaque jour savoir des nouvelles du roi, que le bulletin de sa santé serait lu à l'assemldée et affiché dans Paris. » {Mémoires de Ferrti'res, t. II, p. 24i.)

On voit dans cette citation que Ferrières ne savait rien des communications avec Bouille, ni de la correspondance avec l'emiiereur, qui, comme nous l'avons dit ou comme nous le dirons, étaient aussi actives que jamais. Il n'avait point connaissance de ces faits lors- (pi'il écrivit ses mémoires. Il ne parle donc f|ue du projet sur lequel il possédait quelques renseignements, de celui de Mirabeau. Il est piobable que Louis XVI suivait celui-ci comme un pis-aller qui, s'il réussissait, pouvait d'ailleurs parfaitement se combinei' avec l'autre. Aussi, l'ignorance de Ferrières sur certains détails n"inlirme-t-elle nullement ce (pi'il dit siu' tout le reste, et particulièrement siu' la fausseté de la maladie du roi. Une telle comédie est ce|)endant si indigne de la majesté myale, qu'il nous est difficile d'y croire; mais il nous est également impossible df la nier. Il est à remarquer, en l'Ifet, que dans les mémoires de madame de Campan, où il est question de si petites choses, il n'est pas dit un seul mot de la maladie de Louis XVI ; et cepeiulaut, d'après les bulletins, c'était une all'ection assez grave, c'était au moins un(; bronchite Irès-aigue; car ( puisque nous nous servons du langage médical) il y avait du sang dans les crachais. Or, une telle maladie aurait du jeter quelque Iroidde dan-^ la famille rovale, dans la sécurité de la reine. Coin-

Ii2 (UAKS IT'Jly ASSEMBLÉE .>ATlUAALE.

ment ziwdaine Cainpan, qui parle de tout, n'en aurait-elle pas parlé? Weber affirme, il est vrai, dans ses mémoires, que la maladie du roi fut sérieuse ; mais cette affirmation ne peut former une preuve complète, Weber étant en général un témoin fort douteux; et quant aux médecins qui signaient les bulletins, c'étaient, il est vrai, des hommes respectables (on remarque parmi ces noms celui de Vicq-d'Azyr); mais ils étaient dévoués à la cour.

Quoi qu'il en soit, le conseil municipal, dans la séance du 14, « étant informé, dit-il, des progrès de la convalescence, et voyant s'approcher h; moment heureux oii les inquiétudes des Français vont être dissipées, arrête, sur la proposition de M. le maire, que le 17 de ce mois, tons les citoyens de Paris seront invités à manifester leur joie par nue illumination générale, et que le dimanche suivant il sera chanté, dans l'église métropolitaine, un Te Deum en action de grâces du prompt rétablissement du roi et que ce jour-là sera encore célébré par une illumination générale. »

La fêle du 17 se confondit avec une autre qui eut lieu le même jour à l'occasion de l'installation du nouvel évêque de Paris ; en sorte que la population de la capitale eut un jour de distraction complet.

Dès le mois précédent, on avait procédé à l'élection des nouveaux curés dans les paroisses dont la conservation avait été décidée. Ce ne fut pas partout une opération facile. On fut fort embarrassé de trouver des candidats pour toutes les places; mais ce fut bien une autre affaire lorsqu'il s'agit de nommer l'évêque de la capitale. Les électeurs se réunirent dès le 11 pour discuter les candidats et en faire la liste. Ils pensèrent d'abord à l'abbé Sieyès ; les journaux le proposaient; mais le 12 mars, Sieyès écrivit aux électeurs une lettre (jui fut rendue publique, par laquelle il refusait l'honneur qu'on voulait lui faire. Les Bécolutions de Paris prétendent qu'il ne refusa que parce qu'il craignit d'être repoussé. On pensa alors à l'abbé Gohel, évêque de Lydda, dont l'acceptation paraissait certaine; car il avait contribué, avec l'évêque d'Autun et l'évêque de Babylone, à donner à plusieurs nouveaux élus des départements l'institution épiscopale. En conséquence, l'abbé Gobel fut nonimé évêque de Paris par les électeurs réunis le dimanche 13 janvier dans l'église métropolitaine.

Le 17, à dix heures, on se réunit dans la cathédrale. Là, M. Pastoret, président du corps électoral , proclama le nom de' l'abbé Gob^l. Ensuite il prononça un discours sur les devoirs de l'épiscopat, qui fut fort applaudi. L'abbé Gobel répondit par une iiomélie pleine de sentiments religieux et de principes constitutionnels (style

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