‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 18 sur 69 · SPECTACLES. 1(K · texte numérisé non relu

SPECTACLES. 1(K

lion était trop choquanle, et los palriotos, <\v]\ d'ahord n'avai«^nl pas ilaigné lutter contre ce torrent «le bassesses, crièrent, à la lin de la première pièce : Vive la nation! Cette exclamation civique fut répétée par la presque unanimité du parterre, et accompagnée d'apostrophes un peu vives, lancées un peu vivement à ces messieurs des loges. Cependant deux honunes à grosse voix osèrent crier : A bas la nation! Tomber sur ces deux honnêtes gens, faire pleuvoir sur eux une grêle de gourmades patriotiques et les expulser du parterre, ce fut Touvrage d'un moment. Cette correction salutaire en imposa aux loges, et elles n'osèrent souffler mot pendant toute la seconde pièce. Nous ne devons pas oublier de dire que quelques patriotes du parterre se trouvèrent dépouillés de leurs montres : c'était encore une petite espièglerie aristocratique; c'étaient des à-comptes pris sur la contre-révolution par quelques amis de la cour. Quand elle sortit, les cris de : Vive la reine! d'un côté, et de l'autre ceux de : Vive la nation! recommencèrent ; mais la place était remplie de tous les cochers et laquais des valets qui remplissaient les loges, et leurs voix formèrent le concert harmonieux au milieu duquel la reine monta dans sa voiture. » {Patriote français du 22 février.)

Goi'sas^ W^ du 24 février : « Le désordre des spectacles est à l'ordre du jour. Avant-hier, il y a eu la plus grande fermentation à pelui de Monsieur, où Ton donnait la pièce à Deux Faces, ou le Club des Ixmnes gens, du cousin Jacques. Les patriotes, outrés de Tindécence avec laquelle les loges accueillaient ordinairement les applications aristocratiques, ont demandé à grands cris qu'on jouât Tair : Ça ira. Malgré les réclamations contraires et l'indifférence, pour ne pas dire le refus, d'une partie de l'orchestre, cet air a été joué et répété deux fois. »

Les désordres les plus graves eurent lieu au Vaudeville, le 24, à l'occasion d'une pièce remplie d'allusions politiques. On se battit dans la salle. Il y eut un garde national patriote qui fut gravement blessé. Les journaux firent grand bruit de cette affaire ; ils remarquèrent que la police était complètement inerte, aussi inerte que le ministère ; de là, sans doute, la motion qui fut faite à l'assemblée nationale dans la séance du 2.j et que l'on va lire.

M. Larivière. Je ne crois pas abuser des moments de l'assemblée en l'invitant à fixer son attention sur un des moyens employés dans cette capitale, pour égarer l'opinion publique; je veux parler des spectacles. Des scènes scandaleuses s'y multiplient tous les jours. On affecte de donner des pièces où respire l'incivisme. Il semble que les acteurs ne peuvent se relever de l'avilissement où ils étaient

106 (février 1792) assemblée législative.

tombés, et qu'ils sont incapables de sentir la dignité de l'homme. Plusieurs bons citoyens ont été maltraités pour s'être lévoltés contre toutes ces platitudes, débitées, répétées avec affectation, et applaudies avec transport par tous les valets des cours. Toujours braves à leur manière, ils accaparent les billets, et, maîtres du local, ils accablent par le nombre ceux que le liasard a placés en si mauvaise compagnie. Hier, au théâtre du Vaudeville, il s"est passé une scène de cette nature, et un bon citoyen pensa en être la victime. Je n'ignore pas qu'il est du ressort de la police municipale de réprimer ce scandale ; mais c'est à vous qu'il appartient d'examiner l'influence des spectacles sur l'opinion publique ; c'est à vous qu'il ap partient de les purger de ces pièces immorales qui la corrompent, et je demande que cet objet soit renvoyé au comité d'instruction publique.

L'assemblée ordonne le renvoi à son comité d'instruction.

— Lorsqu'on voit ainsi apparaître partout, dans les grandes c^mme dans les petites choses, les signes d'une vive agitation, on se demande si la cour en était vivement préoccupée : rien ne donne lieu de le croire; tout s'y passait comme en un temps parfaitement tranquille. En voici une preuve tirée d'un journal contemporain.

Spectacle des Tuileries. — « Gomment ! un spectacle aux Tuileriçs? Eh! oui, aux Tuileries ! Là au les valets ont plus d'esprit que les maîtres. Le carnaval en a créé un très-joli : coulisses, orchestre, acteurs, pièces et billets rouges pour entrer ; tout cela s'est fait d'un coup de baguette... Quelle était donc cette pièce? Mais des factieux, des complots, des jacobins, des enragés, des ogres ; et puis tout à coup Coblentz et le club des feuillants, qui arrivent tambour battant, le plumet au chapeau ; puis un trône d'or ; puis les héros d'outre-Rhin qui se prosternent aux pieds de Louis XVI ; puis un bal. — Et quel jour tout cela? — La nuit du lundi au mardi gras. — Mais cependant la municipalité avait défendu les chie-en-lit. — Bon pour l'intérieur de la ville, mais à la cour ! » [Corsas, n" du 25 février.)

Louis XVI sans doute voyait sans trop de peine les désordres qu'il avait sous les yeux ; il y trouvait un argument contre une constitution qui avait désarmé le pouvoir, et les considérait comme la conséquence du plan qu'il avait arrêté lui-même et que nous avons fait connaître précédemment. Il espérait probablement que ce désordre même forcerait la nation à se jeter dans ses bras et à recourir à son autorité comme au seul moyen de salut. Alors il pensait pouvoir arrêter facilement cette efl'rayanle anarchie qui pénétrait partout. 11 comptait en outre sur^ les démarches secrètes de

CORRUPTION DES MEMBRES DE l'asSEMBLÉE. 107

ses agents. II employait en effet dans ces intrigues des sommes considérables qui épuisaient les immenses ressources de la liste civile , au point qu'il était forcé de recourir à tous les moyens et même aux emprunts pour se procurer de l'argent. Il existe sur ces affaires de nombreux renseignements dans les pièces de l'armoire de fer ; mais il est difflcile d'en comprendre la portée, lorsqu'on ne les rapproche pas des événements auxquels ces pièces sont relatives. Comme notre devoir, dans cet ouvrage, est précisément d'éclaircir ces obscurités, nous demandons à nos lecteurs la permission de nous arrêter, pendant quelques pages, sur ce sujet, le moment où nous sommes étant précisément l'un de ceux où ces intrigues étaient plus actives.

H a déjà été dit que la cour suivait, à l'égard de rassemblée législative, le système de corruption qu'elle avait déjà employé sous la constituante. Ce fait est avoué par Bertrand de Molleville ; il est prouvé surabondamment par les pièces de l'armoire de fer. On voit d'après celles-ci, que Sainte-Foix, l'oncle de Talon et Dufresne Saint- Léon, directeur général de la liquidation, avaient acheté plusieurs membres des comités des finances et de liquidation, et qu'ils espéraient gagner de la même manière les députés les plus influents de l'assemblée. Voici d'abord une pièce dont nous ne citons que les passages importants [Arm. de fer, n° 15) :

« ^janvier 1792... — Il ne s'agit pas moins que de doubler ce que fit en Angleterre un ministre célèbre, qui, dans une occasion de la plus haute importance, acheta l'opposition entière dans une nuit... Il faut se dire que ce papier, dont on demande instamment la restitution, exprime, une fois pour toutes, que seize membres, les plus forts de l'assemblée, sont inviolablement coalisés ; qu'ils vont être acquis pour trois mois, et par suite, pour tout le temps de la législature, au moyen d'une solde mensuelle, qui ne coûtera rien au roi, et qui sera prise sur des fonds extraordinaires qui seront étrangers à son trésor personnel. On demande seulement à Sa Majesté que, lorsqu'un de ses ministres lui en fera l'ouverture, elle ait la bonté de ne point paraître instruite de cet antécédent ; on ne voudrait pas lui ravir d'avance le mérite de ce qu'il proposera et- de ce qu'il exécutera.

« La somme actuelle paraît forte, sans doute ; mais, après tout, elle n'est qu'à peu près la moitié du revenu actuel qui va être économisé par la liste civile ; ce n'est qu'un semestre de ces pensions à payer... ; encore peut-on rendre le fardeau plus doux, en distribuant le surplus en bons payables en deux et trois mois : 2 mil-

JUS (lÉMllLK 17il2) ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

lions sutliseiit en ce iiionieiil, et i million 500 mille livres peiivenl être réunis en bons payables d'ici an 51 mars.

« Le point important est que la décision presse, que Taffaire est soumise au comité depuis cinq jours, que le vœu du comité est déjà émis, et le rapport prêt à être porté à l'assemblée dans la semaine; tous les intéressés, instruits, engagés, liés même; et qu'il ne s'agit que d'un oui ou d'un non pour fixer invariablement leurs principes et leur conduite nouvelle. Jamais service plus grand, plus sur, plus décisif n'aura été rendu au roi et à la tranquillité publique, et cependant l'affaire n'est engagée, n'est entamée en ce moment que de la manière la plus adroite, parce qu'elle est la plus simple, par une décision toute naturelle entre l'intendant de la liste civile et le commissaire liquidateur, en laquelle le premier n'a Tair que de provoquer un juste éclaircissement. » {Pièce cotée 15. — Au haut est écrite de la main du roi : Talon et Sainle-Foix.)

Il s'agissait de mettre à la charge de l'État une partie de la li- ({nidation des offices de la maison du roi, qui d'après les décrets antérieurs devait retomber sur la liste civile; c'est ce que nous apprenons par une lettre du 1«' janvier de Dufresne au ministre Delessart [Arm. de fer, n° XII), qui d'ailleurs n'était pas instruit, comme on vient de le voir. Dufresne disait à Delessart, que dans l'état soumis à l'assemblée, il n'avait porté ces charges qu'à 2") millions, tandis que Montesquiou les évaluait à 55 millions, et qu'en réalité elles n'étaient que de 18; mais il voulait conserver de la marge, et ajoutait-il : « J'ai cru que c'était une mesure propre à aplanir et à faciliter l'adoption de la liquidation des charges de la maison du roi, que d'en atténuer la dépense en perspective, et j'ai lieu de croire avoir réussi au moins auprès du comité de liquiilation, que j'ai familiarisé avec la nécessité et la proximité de cette liquidation. »

Ce décret n'était pas le seul qu'on attendait du comité de liquidation; il y en avait un second sur les pensions de la liste civile qu'on espérait de même mettre à la charge de l'État. C'est à celuici que se rapportent les pièces suivantes :

Billet de Dufresne Saint-Léon. — « Mericamp s'est cliargé d'obtenir le décret en question, sous trois jours, et c'est vendredi qu'il m'a fait cette promesse ; peut-être en aurai-je des nouvelles en retournant à Paris demain soir. [Arm. de fer, n" 115.)

Extrait d'une lettre de Laporte (2'"e collection de pièces, n"17.) — t( Vendredi 5 féorier. L'affaire des pensions, monsieur, doit être rapportée ce matin à l'assemblée nationale, et l'on assure que le rapport du comité passera... On esthne que cet ai rangement décliaigera

CORRUPTION DE QUELQUES MEMBRES DE L'ASSEMBLÉE. i09

la liste civile des quatre cinquièmes des pensions au moins; mais il coûte cher, et le roi a dû vous en parler hier et vous prévenir qu'il faudra demain, si le décret passe, i million 300,000 livres. Je crains fort qu'un payement aussi considérable ne mette votre caisse à sec; mais il est absolument nécessaire... »

Mémoire avoué et signé de Sainte-Foix. — a L'ordre que Sa Majesté nous a fait donner de suspendre le rapport de l'affaire des pensions, quelque inattendu qu'il ait été au moment où toutes les dispasitions étaient laites pour le succès du projet du comité, nous a paru si prudemment combiné avec les circonstances du moment, que notre premier devoir a été de l'exécuter avec autant de secret que de promptitude.

a Mais nous venons actuellement en remplir un second, en mettant sous les yeux de Sa Majesté quelques inconvénients et quelques embarras qui en résultent.

« 11 est incontestable que les membres qui ont formé la majorité dans le comité ont rempli plus des trois quarts de leur mission. Us nous ont procuré le premier succès, le projet de décret favorable, c'est-à-dire l'opinion que l'assemblée est toujours présumée devoir adopter, et nous ne pouvons nier que celte besogne n'ait été pour eux extrêmement laborieuse, puisqu'ils y ont employé quatre ou cinq séances très-chaudes, qui ont duré jusqu'à minuit, puisque le comité a été constamment complet pour cette discussion, et que, dans la dernière et définitive assemblée, la question a été emportée à la majorité de douze contre neuf.

« Voilà pour les membres du comité, et nous devons cette première victoire au zèle de M. de Saint-L... qui n'a pas craint de se compromettre en contractant nettement avec quelques-uns d'entre eux.

« Quant aux membres de l'assem.blée qui doivent soutenir le projet de décret et qui se sont distribué d'avance les arguments les plus persuasifs, c'est nous qui les avons directement engagés par nos promesses. C'est par eux que nous avons remonté et fortifié le comité craintif, en lui faisant authentiquement renvoyer par l'assemblée l'examen de l'affaire qu'il avait d'abord rejetée; c'est par eux que nous avons fait rendre compte de la pétition du pensionnaire qui a été favorablement accueilli. Ces membres sont sans contredit les plus forts du côté gauche, les plus opinionnés dans la partie prétendue patriote. Nous avons montré la liste, et certainement elle a dû paraître aussi importante que décisive.» Sainte-Foix expose que la suspension de l'affaire excitera la méfiance de ces députés, et que les craintes qu'ils pourront avoir les rendront plus malveil- TOME vu. JO

no JANVIKU 1702) ASSEMBLÉE LKfilSL ATI VF.

lants, plus détestables que jamais et plus jaloux de se signaler dans les mesures les plus exagérées, pour prévenir les soupçons dont ils se croiront investis. « Un seul moyen se présente pour obvier à cet inconvénient et nous osons supplier Sa Majesté de l'adopter. Il consiste à leur distribuer un tiers de la somme promise, n (N° 15.)

D'autres pièces encore de V Armoire de Fer (n"' IH, 17, 'J35 à 142) et du second recueil (n" 18), corroborent celles que nous venons de citer. Lorsque, plus tard, ces faits furent connus dans la convention, ils excitèrent un grand scandale. Panvilliers, Lindet, qui avaient fait partie du comité, et Cambon, en confirmèrent la vérité. Ils avaient appris par des ouï-dire que de l'argent avait été olTertà plusieurs députés. D'ailleurs le projet de décret n'avait pas été adopté : le rapporteur n'avait pas même osé le présenter à l'assemblée. La convention ordonna une enquête et tit vérifier les discussions sur le legistre des comités. La commission nommée à cet etVet reconnut que des membres du comité de liquidation, Lindet, Treilhard, Paye, Theule et Gessin étaient restés constamment fidèles à l'esprit et à la lettre de la loi; qu'au contraire les autres membres s'étaient familiarisés avec le projet de Dufresne et avaient été favorables à la liste civile ; qu(». cependant il n'était prouvé pour aucun d'eux qu'ils fussent corrompus et qu'ils ne paraissaient pas tous également compromis : « De fortes présomptions, disait le rapporteur, s'élèvent de toutes parts pourfaii'e suspecter de corruption les citoyens Amy, Pyrot, Letellier, Lucy et Méricamp ; elles sont plus faibles, ces présonq^tions, contre les citoyens Adam et Hennequin ; enfin elles semblent presque disparaître totalement contre les citoyens Robouam, Soret, Claye, Debranges et Ramel . »

Il y a lieu de supposer que les démarches faites pour acheter des membres de l'assemblée n'avaient pas seulement pour but d'alimenter la liste civile, quoique la cour eût un intérêt fort grand h se procurer de l'argent, qui était le nerf de la cornqition ; il est probable, que des démarches pareilles étaient suivies dans un intérêt politique; mais toutes traces ont disparu; oji saura plus tard pourquoi. Quoi qu'il en soit, revenons aux faits publics et voyons ce qui se passait aux Jacobins.

CiA B ni:s JACOBINS. — Avant de commencer une courte analyse des occupntions de ce club, il est bon d'avertir que nous passons sous silence tout ce qui serait une répétition de ce qui a été ou de ce qui sera dit aillojirs, pnrticnlir'rcinent les discus-

Jacobins. 1H

.sioiis sur la ^ueiie et les nouvelles des départements transmises par les sociétés affiliées. On parla aussi, dans plusieurs séances, du décret de libération des soldats de Château-Vieux que le roi venait de sanctionner; des attaques contre les ministres qui avaient eu lieu à la législative, etc. 11 est encore bon de prévenir que le Journal des Débats des Amis de la Constitution, auquel nous empruntons une partie de ces détails, paraît très-incomplet. 11 se tait sur beaucoup de points. Il semble très-peu favorable au parti montagnard. Ainsi lorsqu'on trouve dans les autres journaux la mention de quelque superbe harangue de Robespierre, de quelque vigoureuse sortie de Danton, celui du club y consacre à peine quelques lignes dans le style banal et déclamateur du temps.

Les présidents sont du 2 au 11 janvier, Antonnelle; du 11 janvier au \^' février, Guadet; du 2 au ii février, Broussonnet ; du il février au '2 mars, Bazire.

Le 4 janvier. Carra prononça un discours sur la guerre, qui fut interrompu d'une manière violente.

Carra explique lui-même, dans les Annales patriotiques du 9 janvier, la scène à laquelle son discours avait donné lieu. Il développait à la tribune une idée qu'il avait déjà émise comme journaliste, à savoir : « Que si Louis XVI fuyait une seconde fois pour aller se joindre aux émigrés, ou si la trahison de ses ministres pouvait être soupçonnée dans la guerre proposée, il fallait placer un prince anglais sur le trône constitutionnel de France.» Cette étrange proposition fut brusquement interrompue par Danton ; le club fit éclater une improbation bruyante, et Carra, sans qu'on voulût entendre ses explications, fut rappelé à Tordre.

A la séance du 15 janvier, on reçut une députation des veuves des patriotes qui avaient été victimes de l'affaire de la Chapelle. « M. Verrières, l'orateur de la députation, a témoigné la reconnaissance de ces dames et fait part que leur désir est que l'on grave sur une pierre de la Bastille cette malheureuse époque ; qu'elle soit placée sur les murs de la Chapelle, qu'un évêque constitutionnel célèbre la messe à l'endroit du massacre, et que M. Robespierre veuille bien y exprimer les regrets de la patrie.» (Journal dit Club, loc. cit.) — (La société des jacobins, réunie aux sociétés fraternelles, avait fait accorder, par la législative, une pension aux veuves de ceux qui périrent dans cette journée. Le premier anniversaire fut célébré le 24 janvier ; Fauchet y prononça une oraison funèbre.]

A la séance du 29, Billaud-Varennes fit un long discours contre la guerre d'attaque; en voici quelques passages. 11 y exprime le mé-

il2 (janvier i792) assemblée législative.

contentement de ceux que les partisans de Brissot affectaient de ne compter pour rien. « Il semble qu'on n'avait joué à guerre ouverte avec M. Robespierre, en lui prêtant des impulsions d'animosité, que pour amener le coup de théâtre de l'accolade, qui suppose une conciliation d'esprit et de cœur. Quand je désigne particulièrement un individu, dans une question qui, intéressant toute la nation, ne prête sans doute à aucune personnalité, c'est que nos adversaires ont affecté de ne voir que Robespierre sur la scène, en lui reprochant d'être le seul de son avis. Mais les Danton, les Antoine, les Camille Desmouhns, les Machenaud, les Santerre, lesPanis, et tant d'autres membres de cette société, qui, sans monter à la tribune, ont manifesté le môme sentiment, par des approbations assez énergiquement prononcées, sont autant de zéros pour ces messieurs. « — Plus loin, Billaud juge Lafayette ; il finit par des paroles où l'on entrevoit déjà le futur terroriste. «On va, dit-il, jusqu'à nous peindre comme des monstres altérés de sang, qui mettent le poignard à la main de tous les soldats de l'armée contre un général envers qui le soupçon est un sentiment bien répréhensible sans doute! Comme si, avant de commander, il n'avait pas fait ses preuves, en se déshonorant par trois années consécutives d'intrigues, d'astuce et de perfidies révoltantes. Le ciel, qui pénètre dans les replis les plus anfractueux du coeur, est témoin, messieurs, si moi, moi qui ne tiens à rien qu'à la prospérité de ma patrie, j'ai eu d'autre but, en venant ici vous rappeler les crimes de Lafayette, que celui de vous apprendre à vous défier des projets infailliblement sinistres du pouvoir exécutif, puisque, au mépris de l'opinion, il ose appeler à une fonction capitale un homme que le peuple venait de repousser. Si je hais Lafayette, hé! n'est-ce pas parce que j'abhorre le sang, et que je le vois dégouttant de celui qu'il a fait ruisseler au champ de Mars? Il estdonc dans les principes d'un philanthrope de penser, d'avouer même hautement que, dans les violentes commotions, trop souvent communiquées aux empires par l'ambition et l'orgueil, le parti qui assure les droits et le salut du peuple, est celui qui crée un Pélopidas ou un Thrasybule, qu'il adopte sans balancer. Certes, j'aimerais mieux, dans un moment de crise, voir tomber quelques têtes proscrites, que d'envoyer des milliers de nos frères se faire massacrer. A Dieu ne plaise, messieurs, que je conseille jamais de précipiter les événements. L'heure n'en sera naturellement que troj» rapide. Je reconnais, avec les antagonistes de la révolution, que l'ordre actuel des choses ne peut pas durer longtemps. Les gouvernements ressemblent aux fleuves, dont il n'est possible d'arrêter le cours que très-momentanément. Bientôt les eaux s'ac-

cumulent, les débordements surviennent, les digues se rompent et sont entraînées. Enfin, après des ravages affreux, causés par l'inondation, tout rentre dans un état qui donne au fleuve une marche plus ou moins rangée. — C'est ainsi, ô ma patrie! que lambition et l'intrigue d'une part, que le civisme et Tamour de la liberté d'une autre, te martyrisent en voulant t'entraîner en sens contraire! J'en gémis de douleur, mais je suis tranquille. La masse du peuple triomphera. Sa patience et son énergie ne permettent pas d'en douter. »

— A la séance du 30, Manuel annonça que la section de la Croix- Rouge avait pris « l'engagement, devant l'assemblée nationale, de se sevrer de sucre. Si tous les citoyens voulaient envoyer faire sucre tous les accapareurs, ils seraient bientôt obligés de vendre leur sucre à un prix raisonnable. » Nous laissons là le discours de Manuel ; il est semé de mauvais quolibets de ce genre.

M. Louvet. « Vous avez entendu la proposition de M. Manuel : les plus redoutables ennemis d'un peuple qui veut être libre, ce sont les habitudes molles et efféminées ; voulez- vous anéantir nos ennemis? accoutumez-vous à diminuer la somme de vos besoins. Je demande que nous- prenions tous l'engagement formel de nous priver de sucre et de café, et que demain toute la capitale en soit instruite. »

M. Manuel. « Comme nous ne sommes encore ni assez mûrs, ni assez forts de notre vertu pour nous passer d'un code pénal, je demande que tout patriote qui sera dénoncé par un jacobin, soit privé pour un mois de sa carte. »

M. Collât d'Herbois. « Je suis fort étonné que ce soit un homme de lettres qui ait fait cette proposition, car les personnes qui travaillent de cabinet ne peuvent passer la nuit qu'avec des tasses de café. Eh bien! messieurs, j'en prendrai sans sucre. »

M. Louvet, a Assurément, messieurs, toutes les fois que l'infraction que M. Collot fera à notre loi nous vaudra un Almanach du père Gérard, nous le remercierons de sa faute. »

La société adopta la motion de Louvet, et arrêta qu'elle serait signée individuellement par chacun de ses membres et affichée dans tout Paris. [Journal du Club., numéro du 30 janvier.)

Voici les réflexions des Révolutions de Paris^ sur cette séance :

« La société des jacobins a traité l'affaire du sucre avec une importance et une gravité d'autant plus ridicules, que ce n'est pas elle qui proposa la première le non-usage de cette denrée. N'importe, elle suspendit ses plus importantes délibérations sur la guerre, pour s'abandonner à l'enthousiasme. Un étranger qui serait entré en ce

114 (JANVIER 1702j ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

inonionl dans la salle des .Uicobins, à la vue de tous ces bras tendus, au bruit du trépignement des pieds, et surtout à ce mot solennel et qu'on ne devrait pas prodiguer : Je le jure, prononcé par toutes les bouches ensemble, n'aurait jamais pu soupçonner qu'il ne s'agissait que de sucre!... Citoyens! eh quoi! vous n'en êtes encore que là! Vous n'êtes pas plus avancés dans la carrière des \ertus civiques!... La plus mince des privations excite parmi vous tant de fracas! Et que serait-ce donc si, le vaisseau de la république battu par de longs et fréquents orages, le pain venait à vous manquer pendant plusieurs jours? n'épuisez pas votre courage et votre constance sur de petits sujets. Soyez hommes, et craignez qu'on ne dise de vous : Les Français sont des enfants qui ne peuvent se passer de sucre sans qu'il leur en coûte de grands efforts ; c'est pour eux un si grand sacrifice, qu'il leur faut un serment pour s'y résoudre. » [Révolutions de Paris, n^ CXXXIY.)

— Le même Manuel, auteur de la motion que l'on vient de lire, écrivit une lettre au roi, sur laquelle nous trouvons, dans le journal de Prudhomme, les observations suivantes : « Celte pièce agréable a été récitée par P. Manuel, il y a quelques jours, aux Jacobins. On y trouve ce qu'on trouve dans tous les autres petits ouvrages de l'auteur, le sel de l'esprit et un grain de ^philosophie, des saillies heureuses, de jolis madrigaux et de sublii s épigrammes. Ce pamphlet aurait fait beaucoup d'honneur à P. Manuel, du temps qu'il écrivait sa lettre d'un garde du roi, au sujet du fameux collier Rohan- Antoinette ; mais un administrateur public, un })rocureur-syndic de la commune de Paris, un magistrat du peuple n'écrit pas ainsi, de but en blanc, au roi. Si les circonstances le mettent en présence de Sa Majesté, l'homme du peuple saisit l'occasion de dire au roi, face à face, de ces grandes et fortes vérités qui laissent une longue impression. Quand le sage Nathan apostrophait les rois de Juda, il ne les gourmandait pas avec des antithèses; il ne descendait pas jusqu'au ])lagiat pour leur dire (1) : l'habit du pauvre a des trous, les habits du riche ont des taches. Mais il disait au roi David, avec le sang-froid d'un juge qui condamne un coupjble : « Vous avez commis un adultère, vous êtes digne de mort. » — Nathan, le sage, dirait à Louis XVI : « D'intelligence avec les prêtres et les nobles, vous conspirez lâchement sous le manteau contre votre patrie; vous n'êtes plus digne d'en être le roi. » [Révolutions de Paris.)

(l) Cette pensée se trouve en toutes lettres dans une brochure qui parut quelques mois avant le 11 juillet 1789, intitulée : Prvmiiies leçons du fils aîné d'un roi. Ce livre est enrore à l'ordre du jour ; il en reste encore quelques exemplaires ihoz Gueffier, vue de llurepoix. {Note dp Prudlmmint.]

/ JACOBINS. ilo

4«* fétrier. — « Mademoiselle Tliéroigne de Méiicom t, que son amour pour la liberté et son dévouement à la révolution française avaient rendue célèbre avant les persécutions qu'elle a essuyées dans les États et sous le nom de l'empereur, de la part de l'aristocratie émigrée, a lu à la tribune un précis de ce qui lui est arrivé depuis son départ de Paris, après le décret lancé contre elle par le Chàtelet, à Toccasion de l'affaire des o et 6 octobre, jusqu'à son retour dans la capitale. Elle se propose de publier ses mémoires, qui ne manqueront pas d'intéresser les nombreux ennemis de l'aristocratie et du despotisme. » — Lanthenas, président à la place de Guadet, répond à mademoiselle Tliéroigne. Manuel dit : « Vous venez d'entendre une des premières amazones de la liberté; je demande que, présidente de son sexe, assise aujourd'luii à côté de notre président, elle jouisse des honneurs de la séance. » — La société passa à l'ordre du jour, qui était l'affaire d'Avignon.

8 fécrier. — a Bonne fortune de M. Carra. Un orateur qui harangue, comme nos missionnaires prêchaient jadis, se présenta lundi dernier à la tribune des Amis de la Constitution pour y dénoncer un fait connu de tous ceux qui ont des yeux et des oreilles. Tantôt .se couvrant la face de ses deux mains, tantôt levant les yeux au ciel, d'aulres fois essayant de quelques sanglots patriotiques, il dénonça la cour comme atteinte et convaincue de corrompre toutes les autorités constituées, depuis la législative jusqu'aux journalistes, les administrations de déparlement et de district, les juges de tous les tribunaux et les principales municipalités de l'empire. L'orateur n'eut pas de peine à persuader son auditoire : on savait d'avance que, tant qu'il y aura des hommes et une liste civile de 2.3 à 50 millions, il y aura un encan de conscience et de probité.

w Pour preuves justificatives de son discours, en forme de philippique, le Démosthène Carra ajouta avec confiance que la cour salariait deux cent trente députés pour le moins, les uns à raison de 500 liv. par mois; d'autres à raison de J,000 liv.; quelques-uns se vendent pour la somme de 2,000 liv.; un plus petit nombre ne veulent pas moins de 5,000 liv. par mois ; deux ou trois au plus coûtent 5,000 liv. Calcul fait, somme totale, la cour, avec moins de 10 millions par chaque année, accapare les suffrages de nos représentants, la conscience de nos administrateurs, le franc-parler de nos journalistes; et ce n'est pas de la poudre jetée aux moineaux. Le côté du roi à l'assemblée nationale gagne de la force et du nombre de jour en jour; la plupart des administrations sont détestables; quant aux journaux réellement patriotes, on en compte à peine autant que Boileau comptait de femmes vertueuses à la cour en son temps.

116 (février 1792) ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE>

« Passant à la manière dont on s'y prend pour adresser à chacun son petit paquety au commencement de chaque mois, M. Carra dit qu'on détache à l'individu qu'on veut séduire un limier de bonne encolure et bien dressé, qui entre poliment dans l'appartement, qui parle d'abord des affaires publiques en général, ensuite d'ordre et de tranquillité publique, et puis le lendemain on reçoit un assignat proportionné à l'opinion que le visiteur s'est formée du visité. — Ce fait, quoique raconté à la façon de M. Carra, n'étonna personne ; tous ces détails ne piquèrent nullement la curiosité, parce qu'ils étaient prévus. L'orateur apparemment s'y attendait, et il avait mis en réserve une preuve matérielle bien plus éloquente que tout son discours. « S'il pouvait encore y avoir des incrédules dans cette assemblée, dl+-il, eh bien! qu'ils lèvent les yeux sur ce papier : c'est un assignat de 1,000 liv. qui m'a été envoyé par la cour, et dont je fais hommage à l'assemblée. Je désire seulement que la moitié soit consacrée aux besoins des gardes françaises ; l'autre moitié est destinée à la fabrication de piques de bon aloi. »

« Et le geste suivit, ou plutôt accompagna les paroles. M. Carra exhiba en effet un billet-assignat de cent pistoles, et l'exposa longtemps à la vue des curieux.

« Ce n'est là que le devant de la scène : sur les côtés était un sieur Lemaire, auteur trop fameux des Lettres du père Duchêne. Une salutaire confusion couvrait ses joues ; personne ne pensait à lui; mais ses voisins s'aperçurent à son embarras que sa conscience était à l'encan de la cour.

c( D'une autre part, un sieur Millin, l'un des rédacteurs du second feuillet de la Chronique de Paris, voulut adresser quelques mots fraternels à quelqu'un qui se trouvait près de lui, au sujet de .'orateur Carra; mais il tomba entre des mains qui n'étaient pas miséricordieuses : c'était Santerre, le frère du commandant. « Allez, monsieur, ne me parlez pas ; je ne veux pas vous entendre. Vous êtes vendu aussi. » Le sieur Millin, voulant payer d'assurance ou d'effronterie, répliqua : a Monsieur, pourriez-vous me dire combien? — Pas cher, » lui dit M. Santerre. Et la couvorsation en resta là.

« Mais comment s'y prit-on poui* aborder M. (^arra? Le voici : il avait connu jadis un aristocrate de haut parage. Les premiers jours de décembre 1791, ce ci-devant comte monte au quatrième étage où loge l'auteur des Annales patriotiques; et après les préliminaires, il proposa au journaliste des relations avec la cour, et alla jusqu'à lui demander un plan de conduite à l'usage du roi et des ministres. M Carra se met à l'ouvrage et trace son plan, qu'il confie à l'aris-

[tocrate. Celni-ci, quelques jours après, lui renvoya ses noies dans me enveloppe, accompagnées de l'assignat en question. Le lende- ^main, il retourna chez le journaliste, le priant de fournir tous les mois un travail semblable, dont on renverrait exactement l'original de la même manière, et ainsi de suite tous les mois.

tt Ce récit n'a pas été sans quelque louche pour tout le monde. On voudrait savoir pourquoi M. Carra, qui embouche la trompette pour annoncer sa bonne fortuné, ne s'est avisé de la publier que six semaines après l'aventure? Pourquoi encore taire le nom de cet embaucheur littéraire : cet aristocrate était bon à connaître.

« Et puis comment n'est-il pas venu à l'esprit de M. Carra, le lendemain même de la réception de l'assignat, de se présenter à la barre de l'assemblée nationale, et son billet à la main, d'y dire sans emphase, et dans le style simple de la vérité : Pères conscrits, la nation accorde-t-elle une liste civile de 25 millions au roi pour corrompre? Cet assignat m'a été envoyé hier pour éprouver mon patriotisme, et me faire tomber la plume des mains.

«Un plaisant, qui assista à la dénonciation, s'avisa d'une singulière réflexion. «Mais, nous dit-il, a-t-il bien examiné l'assignat en (juestion? Si par hasard il se trouvait faux, s'il était un de ceux avec lesquels on paya au roi le mois de novembre de sa liste civile? — Quoi qu'il en soit, M. Carra n'a fait encore qu'une demi-confidence. Nous ne le tiendrons quitte que quand il aura déclaré le nom de l'aristocrate qu'on a lâché sur lui. » [Récol. de Paris.)

Carra ne répondit point à cette interpellation ; la Chronique de Paris, du 9 février, lui en avait adressé une semblable. Le supplément des Annales patriotiques du IG renferme le discours prononcé par Carra aux Jacobins, avec un post-script um, où il dit que Delessart était le ministre à qui ses notes avaient été remises : « C'est à M. Lessart maintenant, ajoute Carra, à voir s'il est nécessaire pour confirmer mon assertion, que l'intermédiaire entre lui et moi, ou du moins celui qui lui a remis mes notes, et qui me les a rendues avec ^'assignat, soit nommé. »

Le 12 février, à l'occasion d'attaques contre les ministres semblables à celles qui avaient lieu en même temps à l'assemblée, Manuel fit la proposition suivante :

M. Manuel. « Le moment est venu où il est absolument nécessaire qu'un homme périsse pour le salut de tous, et cet homme doit être un ministre. Ils me paraissent tous si coupables, que je crois fermement que l'assemblée nationale se rendrait moins coupable qu'eux, en les faisant tirer au sort pour envoyer l'un d'eux à l'échafaud. »

118 ^FKVRIKR 1792) ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

Une voix des tribunes. « Tous, tous. »

A la fin de la séance, Sillery, qui faisait exécuter aux Cliamps- Kîysées une manœuvre militaire proposée aux jacobiris par un oillcier anglais et qui avait recruté pour cela jusqu'aux curieux, se plaint d'avoir été désigné, par les papiers aristocratiques, comme taisant faire Texercice aux piques. « Je ne me soucie point, dit-il, de cette réputation. Je prie donc les écrivains patriotes de rétablir la vérité de ce fait, et de motiver Tobjet de ma démarche. » [Journal du Club, 13 février.)

19 février. — Des citoyens entrent armés de piques. — Le président leur fait observer que la loi ne permet pas dVntrer en armes dans la séance. — Manuel demande que, « pour concilier les piin- (îipes avec les procédés, » Iqs piques soient déposées à côté de M. le ))résident. [Oui! oui! Non! non!) — Danton appuie la proposition de Manuel. Il fait remarquer que les drapeaux suspendus à la voûte sont surmontés de lances, et que personne n'a songé à réclamer. Il ajoute à la motion déjù faite, qu'une pique soit attachée à chaque drapeau, et que ce soit le signe de ralliance entre les baïonnettes et les piques. — Adopté.

Les députés de Marseille sont introduits. Ils étaient venus aupiès de l'assemblée nationale, pour l'éclairer sur l'étal du Midi, et ils se présentaient aux Jacobins, dans le but d'y renouveler leurs récits. L'orateur de la dépulation dit en jiarlant des troubles de la ville d'Arles : « Là un homme rampant, ami de l'aristocratie, est parvenu, à force d'intrigues et de cabales, à se faire nommer maire de (•(Mte ville; et cet homme est mon frère. » (On applaudit.) — Barbaroux, membre de la députation, donne aussi quehjues renseignements. 11 dit que, sur trente mille Marseillais en état de porter les] armes, il y en a à iieine six mille d'armés. — « On craint d'armer i le peuple, s'écrie Barbaroux, parce qu'on veut encore l'opprimer; mais malheur aux tyrans! car le jour n'est pas loin où la Franceentière va se soulever tout hérissée de piques, et ce jour leui' sera,' fatal. Quant à nous, s'il faut q»ie Marseille combatte Arles, pour ef-â l'acer la honte de l'avoir fondée, elle le fera; les Marseillais feront^ voir qu'ils sont dignes de mourir j)our la liberté. »

20 février. — .1/. Meudouze. n Ce matin, notre société a été attaquée au sein de l'assemblée nationale. On dit même que parmi ceux (pii ont déclamé contre nous se trouvent quehpies faux frères. Il <'st bon que nous connaissions nos amis et nos emiemis; je demande que M. le président nous informe des détails. »

.)/. Bwyer. « Aucun membre de celte société n'a parlé contre i elle. »

Vne roix. « M. Crestin. »

àf. Bouyer. «Gela est vrai; mais je ne croyais pas que M. Crestin fût des nôtres. »

M. Merlin. « Amis de la patrie, quand on a fàme affectée, on n'a pas besoin de préparation. Où en est l'assemblée nationale! où en est la cbose publique! Dumas est président; MM. Bigot et Quatremère, secrétaires! Et des patriotes, quel en est le nombre? je n'ose le demander. D'où vient un tel opprobre? c'est qu'il n'y a pas assez d'ensemble parmi les patriotes, et que le grand art des tyrans est de semer la division. »

J/. Lonstalot. «( Hier, il n'y a eu que quatre cents votants pouil'élection du président, sur sept cent quarante-deux députés. A qui peut-on imputer cette froideur? je ne sais; mais tous les bons citoyens doivent gémir de ce succès. »

M. Chabot. « Do deux choses l'une : ou les Ramond, les Cahier- Gerville, les infâmes Diiport et tous les agents du ministère, et tous ceux qui boivent dans la coupe empoisonnée de la liste civile, succomberont, ou ils aboliront les sociétés, et dans ce cas la contrerévolution est faite. Auxarmesl citoyens! {Bravo.) — J'insiste pour que la société passe à un scrutin épuratoire, et que quiconque sera convaincu (qu'il soit député à l'assemblée nationale ou non) de vivre avec les aristocrates, soit chassé honteusement. »

La société ajourne le scrutin épuratoire à quinze jours avant le renouvellement du trimestre. [Journal du Cltih, du 25.)

2i février. — Grangeneuve fait le récit de ce qui s'est passé la veille à l'assemblée nationale, à l'occasion de la proposition de Mouysset. Il demande que la société imprime la liste de ceux qui voulaient que la salle leur fût accordée pour des conférences, et de ceux qui s'y sont opposés. « Encore une liste, messieurs. Vous aurez plus d'ennemis, mais vous les connaîtrez bien. » — La société adopte, et nomme MM. Chabot et Grangeneuve pour diriger l'impression de cette liste.

24 février. — Robespierre s'élève contre le comité de correspondance, qu'il accuse d'avoir, dans une adresse, sans que rien l'y autorisât, avancé que l'opinion de la société était en faveur de la guerre, et que ceux du parti contraire avaient abjuré leur erreur. « Je demande, ajoute-t-il, qu'aucun comité n'envoie ni adresses, ni lettres, sans que la société en ait entendu la lecture; quant à moi, il me reste à prouver que je n'ai point renoncé à mon opinion, en faveur d'un parti que je regarde comme le plus dangereux pour la patrie et la liberté. »

20 février. — Bancal, au nom du comité de correspondance, lit

i20 (février 1792) assemblée législative.

la circulaire de quinzaine destinée aux sociétés affiliées, et qui doit être envoyée le l^"" mars. — Robespierre demande que le titre de jacobin, placé seul dans cette adresse, soit précédé, comme à l'ordinaire, des mois : Société des Amis de la Constitution, séant aux Jacobins. Gollot d'Herbois et Rhéal combattent cette motion. Ce dernier cite l'exemple des Brabançons qui s'honorèrent du nom de gueux, que leur donnaient les contre-révolutionnaires, a Gardons celui de jacobins, avec lequel nous avons fait notre révolution, et soyons toujours dignes de le porter. »

Santonax lit la lettre dénoncée par Robespierre à la séance précédente. Il s'engage une vive discussion sur la question de savoir si cette adresse, dans laquelle on assure que le vœu de la société est pour la guerre offensive, sera ou non envoyée. Louvet, CoroUer, Doppet, Dufourny, Robespierre et Broussonnet sont entendus. — Louvet remonte à la tribune pour réfuter Robespierre. Son discours est à la fois couvert de huées, de bravos, de murmures et d'applaudissements. Enfin, une phrase, qu'il termine par la formule triviale : mariez-vous, ne vous mariez pas, soulève une partie de l'assemblée, et la parole est retirée à Louvet. (Le journal ne dit pas ce que la société décida à l'égard de l'adresse.)

29 février. — Daudibert-Caille monte à la tribune pour faire à la société un rapport de ce qu'elle doit et de ce qu'elle a actuellement en caisse. Ce rapport excite beaucoup de tumulte. — Collot d'Herbois demande la parole pour une motion d'ordre . il a la plus grande peine à se faire entendre. — « Les toux que j'entends autour de moi ne m'en imposent pas. Est-ce pour savoir ce que vous devez à votre imprimeur que les citoyens des tribunes sont ici? (Applaudissements, tumulte, brouhahas.) — Il faut rejeter nos affaires particulières, et nous occuper du bien public. Eh ! messieurs, donnons un peu d'argent à ceux qui nous en demandent, et nous serons trop heureux, à ce prix, de sauver la patrie. » (Applaudissements universels.) — Une députation de la société fraternelle du faubourg Saint-Antoine vient faire part à la société de l'arrêté qu'elle a pris, de consacrer les matinées des dimanches à l'instruction du peuple ; «lie demande que la société envoie des commissaires à la première séance qui aura lieu dimanche 4 mars. Les commissaires nommés sont: MM. Robespierre, Chabot, Lanthenas et Bancal, [Journal du Club, 2 mars.)

TEKREUR UNIVERSELLE. 1^1

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