DUMOURIEZ AUX JACOBINS
leur en donner qui seront avantageux et pour eux et pour la chos« publique.
« J'ai rempli mon objet, puisque ces principes sont gravés dans les cœurs de tous les membres de cette société, puisque rien ne pourra jamais en altérer la pureté. Aussi longtemps que M. Dumouriez, par des preuves éclatantes de patriotisme, et surtout par des services réels rendus à la patrie, prouvera qu'il est le frère des bons citoyens et le zélé défenseur du peuple, il ne trouvera parmi nous que des appuis.
« Je ne redoute pour cette société la présence d'aucun ministre, mais je déclare qu'à l'instant où un fonctionnaire semblable y aurait plus d'influence qu'un bon citoyen qui s'est constamment distingué par son patriotisme, il nuirait à la société, et je jure, au nom de la liberté, qu'il n'en sera jamais ainsi. Cette société sera toujours l'effroi de la t^Tannie et l'appui de la liberté. »
I« M. Dumouriez se précipite dans les bras de M. Robespierre. La société et les tribunes, regardant ces embrassements comme le présage de l'accord du ministre avec l'amour du peuple, accompagnent ce spectacle des plus \1fs applaudissements.
M. Real. « En approuvant de tout mon cœur les excellentes raisons qu'a données M. Gollot-d'Herbois pour prouver qu'il ne devait point être fait de réponse à M. Dumouriez, je pense qu'il faut or- K donner l'impression du dicours du ministre ; voici mes motifs : j'ai Btoujours vu les ministres promettre beaucoup et tenir peu. Si jamais M. Dumouriez manquait à son devoir, je n'aurais alors qu'une ré-
Sponse à lui faire : ce serait de lui envoyer chaque fois un exemplaire du discours qu'il a prononcé parmi nous. » «M. Doppet, le bonnet rouge sur la tête, lit une lettre que M. Pétion adresse à la société pour lui présenter quelques réflexions sur cette nouvelle mode. Au milieu de la lecture de cette lettre, le bonnet de M. le président était rentré dans sa poche, et à la fin de la lettre il n'en restait plus dans la salle. »
— Le journal des Jacobins ne donne point le texte de la lettre de Pétion. Nous empruntons cette pièce à la Mairie de Pétion, page 75.
« Frères et amis,
« Permettez-moi de vous faire part de quelques observations sur un objet qui me paraît important.
« Je n'ai pas besoin de vous dire que j'aime, que je respecte autant que personne, tous les emblèmes qui retracent les idées de liberté et d'égaUté ; mais je doute que la décoration nouvelle atteigne
le véritable but que le patriotisme se propose. A portée d'observer la marche de l'esprit public, voici ce que j'ai recueilli.
« La pureté de vos principes, la fermeté inébranlable de votre conduite, vous ramenaient d'une manière sensible une nmltitude de citoyens honnêtes, mais trompés. La société prenjiit cet ascendant que donnent tôt ou tard la raison et la justice. Eh bien ! le signe que vous arborez effarouche les esprits, les éloigne de vous, et sert de prétexte à la malignité de vos détracteurs.
(c Un grand nombre d'excellents citoyens, d'amis sincères de la liberté, désirent que les défenseurs , des droits de l'homme et de la constitution prennent l'attitude fière qui leur convient, mettent dans toutes leurs démarches, dans toutes leurs actions, de la dignité et de la grandeur. Vous trouverez sans doute vous-mêmes que la liberté est quelque chose d'assez sérieux, que les circonstances qui nous environnent sont assez graves, pour nous prescrire une marche tout à la fois courageuse et imposante.
« Le but des ennemis de la constitution est de nous faire perdre ce grand caractère, cette énergie calme, si nécessaire à un peuple qui veut conserver sa liberté, en cherchant à vous distraire par des objets inutiles et frivoles. Ils voudraient bien nous faire paraître légers, pour nous persuader que la nature nous a condamnés à toujours l'être. Ils voudraient bien présenter les sociétés patriotiques comme un parti, comme une faction; et ne serait-ce pas en quelque sorte les seconder, que de séparer par des signes extérieurs les citoyens qu'il faut rallier aux mêmes principes et à l'intérêt général? Quelque vogue que ces signes puissent avoir, ils ne seront jamais adoptés par tous les patriotes, et tel homme passionné pour le bien public sera très-indiîîérent pour un bonnet rouge. Sous cette forme, la liberté ne paraît ni plus belle, ni plus majestueuse ; une telle forme n'ajoutera rien à l'amour naturel que le Français a pour la constitution. Le peuple, beaucoup plus sérieux, beaucoup plus raisonnable qu'on ne pense vulgairement, ne se contente plus des images stériles de la liberté; il veut la liberté même. Il ne veut plus de hochets, mais des lois sages et des institutions bienfaisantes.
« Je termine par des réflexions qui lixeront sans doute votre attention. Si le torrent de la mode nouvelle n'est arrêté, qu'arrivera-t-il? Les hommes qui paraîtront en public avec des bonnets rouges seront désignés sous le nom de jacobins; les ennemis de cette société seront les premiers à prendre ce costume pour la compromettre; ils exciteront du trouble, des désordres, et on les imputera à la société.
« Nous avons le boiiheur d'avoir un signe général consacré par