‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 34 sur 69 · GUILLOTINE · texte numérisé non relu

GUILLOTINE

secrétaire perpétuel de rAcadémie de chirurgie, le décret suivant, présenté par le comité de législation :

« L'assemblée nationale , considérant que Tincertitude sur le raode d'exécution de l'art, l*'' du titre !•" du code pénal suspend la punition de plusieurs criminels qui sont condamnés à mort; qu'il est très-instant de faire cesser des inconvénients qui pourraient avoir des suites fâcheuses ; que l'humanité exige que la peine de mort soit la moins douloureuse possible dans son exécution, décrète que l'art. 5 du titre P"" du code pénal sera exécuté suivant la manière indiquée et le mode adopté par la consultation signée du secrétaire perpétuel de l'Académie de chirurgie, laquelle demeure annexée au présent décret; en conséquence, autorise le pouvoir exécutif à faire les dépenses nécessaires pour parvenir à ce mode d'exécution, de manière qu'il soit uniforme dans tout le royaume. »

Vavis motivé annexé au décret, commence par des considérations sur les inconvénients du mode de décollation usité jusqu'à ce moment. Il poursuit en ces termes : a Personne n'ignore que les

» instruments tranchants n'ont que peu ou point d'effet lorsqu'ils frappent perpendiculairement : en les examinant au microscope, on voit qu'ils ne sont que des scies plus ou moins fines qu'il faut faire agir en glissant sur le corps à diviser. On ne réussirait pas à décapiter d'un seul coup avec une hache ou couperet dont le tranchant serait en ligne droite ; mais avec un tranchant convexe, comme aux anciennes haches d'armes, le coup asséné n'agit perpendiculairement qu'au milieu de la portion du cercle ; mais linstrument, en pénétrant dans la continuité des parties qu'il divise, a, sur les côtés,

•une action oblique en glissant, et atteint sûrement au but. — En considérant la structure du cou, dont la colonne vertébrale est le centre, composée de plusieurs os dont la contexture forme des enchevauchures de manière qu'il n'y a point de joint à chercher, il n'est pas possible d'être assuré d'une prompte et parfaite séparation, en la confiant à un agent susceptible de varier en adresse par des causes morales et physiques ; il faut nécessairement, pour la certitude du procédé, qu'il dépende de moyens mécaniques inva-^ riables dont on puisse également déterminer la force et l'etîet. C'est le parti qu'on a pris en Angleterre. Le corps du criminel est couché sur le ventre entre deux poteaux barrés par le haut par une traverse, d'où l'on fait tomber sur le cou la haclie convexe au moyen d'une déclique. Le dos de l'instrument doit être assez fort et assez lourd pour agir efficacement, comme le mouton qui sert à enfoncer des pilotis. On sait que la force augmente en raison de la hauteur d'où il tombe. — Il est aisé de faire construire une pareille ma-

chine, dont TelTet est immanquable. La décapitation sera faite en un instant, suivant l'esprit et le vœu de la nouvelle loi; il sera facile d'en faire l'épreuve sur des cadavres et même sur un mouton vivant. On verra s'il ne serait pas nécessaire de fixer la tête du patient par un croissant qui embrasserait le cou au niveau de la base du crâne; les cornes ou prolongements de ce croissant pourraient être arrêtées par des clavettes sous Téchafaud ; cet appareil, s'il paraît nécessaire, ne ferait aucune sensation, et serait à peine aperçu. »

— L'incident relatif au télégraphe eut lieu dans la séance du 22 mars.

M. Ghappe, neveu du célèbre abbé de ce nom, introduit à la barre, fait hommage à l'assemblée d'une découverte dont l'objet est de communiquer rapidement à de grandes distances tout ce qui peut faire le sujet d'une correspondance ; il assure que la vitesse de cette correspondance sera telle, que le corps législatif pourra faire parvenir ses ordres à la frontière et en recevoir la réponse pendant la durée d'une même séance. Il présente des procès-verbaux qui prouvent qu'il a déjà fait plusieurs expériences de son moyen dans le département de la Sarthe, et qu'elles ont été suivies de succès. (On applaudit.)

L'assemblée admet M. Ghappe aux honneurs de la séance, et renvoie l'examen de sa découverte au comité de l'instruction publique.

— Nous passons à des discussions dont les résullats furent plus immédiats. — L'assemblée avait entendu déjà plusieurs rapports sur les colonies. Dans la séance du 21 mars, on lut deux lettres de l'assemblée générale de Saint-Domingue, datées du 25 et du 28 janvier. Elles contenaient les nouvelles les plus trisles : il ne restait plus aux blancs que la ville du Cap et le Port-au-Prince ; tout le reste était au pouvoir des insurgés, qui ne respiraient que le massacre. Ducos et Brissot demandèrent aussitôt quon prît enfin une mesure définitive, et que la discussion fût ouverte immédiatement. L'assemblée y consentit, et Brissot prit la paro'.e :

La guerre civile, dit-il, a succédé, à Saint-Domingue, à la guerre des esclaves, ou plutôt il existe actuellement, dans celte colonie, trois sortes de guerres : celle des noirs contre les blancs, celle des mulâtres contre les blancs et celle des blancs entre eux. Ces trois guerres n'ont qu'une seule cause maintenant bien connue : l'injustice des colons blancs envers les gens de couleur. Tel est le point * sur lequel se réunissent aujourd'hui les opinions des hommes qui, dédaignant les cris de parti, ne s'attachent qu'à révidenc. Tous

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