‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 37 sur 69 · OBJETS DIVERS · texte numérisé non relu

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triotique, et que c'était peut-être le seul moyen de réussir. Le roi s'obstina : les deux millions furent donnés, et les ministres reçurent Tordre d'aller se présenter tous ensemble à l'assemblée et d'y annoncer que le roi avait nommé M. de Fleurieu.

Dumouriez raconte inexactement la conclusion de cette affaire. Suivant lui, l'assemblée n'admit pas la lettre du roi parce qu'elle n'était pas contre-signée. Il résulte au contraire du compte rendu du Moniteur que la lettre était contre-signée de Duranthon, mais qu'après de très-courtes observations de Lasource et de Lacrelelle, l'assemblée, adoptant leur avis, décréta que ses comités de législation et d'instruction publique lui présenteraient leurs vues sur l'éducation du prince royal et sur la question de savoir par qui serait nommé son gouverneur.

— L'assemblée pensait avoir terminé les affaires du Midi; cependant de nouveaux troubles éclatèrent dans cette partie de la France. Le i 3 avril, on apprit, par une lettre du ministre de l'intérieur, que les prisonniers détenus à Avignon pour fait des crimes commis les 17 et 18 octobre (l'assemblée d'ailleurs venait de les amnistier) avaient été délivrés par environ quatre-vingts personnes revêtues de l'uniforme des gardes nationales, et que le tribunal provisoire établi dans cette ville était dispersé. On apprit aussi que quelques membres de la municipalité révolutionnaire d'Avignon, notamment Jourdan, s'étaient rendus à Arles, alors occupée par l'armée marseillaise, et qu'ils y avaient été reçus en triomphe par cette même armée et les commissaires marseillais, dont était Rebecqui, le futur membre de la convention. En même temps, le département du Gard était le théâtre d'une nouvelle insurrection de paysans. Un attroupement de quinze cents hommes s'était formé dans le district de Sommières ; le château de Plombet avait été démoli; tous les autres châteaux étaient menacés. Une discussion assez vive s'éleva à ce sujet dans la séance du 16 avril. Vaublanc accusa les sociétés populaires de tous ces désordres. «Lorsqu'on vous a proposé, dit-il, de rendre un décret d'amnistie en faveur des brigands qui avaient souillé les rues d'Avignon, sans doute vous ignoriez que, dans une so(!iété célèbre, on ne cessait de s'occuper, depuis plusieurs jours, des moyens de l'obtenir. Et croyez-vous, en effet, que ce décret eût été accueilli comme il Ta été, s'il n'avait été préparé parles discussions de cette société?... » On demanda aussi ce qu'était devenue celte armée du Midi, qui devait être formée pour maintenir l'ordre dans ces départements. On avait réuni, en effet, lors des événements de février et de mars, quelques troupes au Pont-Saint-Esprit, sous les

304 (avril 1792) assemblée législative.

ordres du général Witgenstein. Ensuite à la fin du ministère de Narbonne, lorsque la guerre fut devenue imminente, Dumouriez proposa de former une véritable armée du Midi, dont il devait avoir le commandement. Cette armée se réunissait en ce moment; mais Dumouriez étant devenu ministre, elle avait été placée sous les ordres du général Montesquiou.

Chap. II. — Paris. — Agiotage. — Banquets civiques. — Nouveaux noms de baptême. — Fête en Thonneur des Suisses de Château-Vieux. — Polémique dont elle est l'occasion. — Articles d'André Chénier. — Attaques contre Pétion. — Admission des Suisses à la barre de l'assemblée. — Description de la fête.

Dans la période oi^i nous sommes, Paris ne présenta rien de pareil aux scènes qui l'avaient agité dans les mois précédents. Cependant il ne fut pas tranquille. La rareté du numéraire était devenue un motif d'inquiétudes graves et générales. Le peuple commençait à apercevoir que les renchérissements dont il se plaignait tenaient principalement à cette cause. Ainsi que nous l'avons vu (t. V, p. 620), il s'était établi des caisses dites patriotiques ou de secours, qui, pour suppléer au numéraire, émettaient des billets de confiance. Le nombre de ces billets s'étant accru d'une manière prodigieuse, le crédit en avait diminué, et ils étaient devenus l'objet d'un agiotage dont la population pauvre surtout était victime. C'est pour parer à ce mal, que l'assemblée, après les débats dont nous rendrons compte dans la deuxième partie, ordonna, le 28, que les municipalités vérifieraient toutes les caisses et prohiba l'émission de nouveaux billets. A peine le décret fut-il connu, c'està-dire le 29, un attroupement se porta à la Caisse patriotique de Paris, depuis longtemps suspecte. La municipalité se saisit aussitôt de l'administration de la caisse, et sur sa demande, la législative accorda une avance pour satisfaire aux remboursements. Cette mesure mit fin à un désordre qui s'annonçait sous des apparences assez redoutables. Pour comprendre combien la population était intéressée aux opérations de ces caisses, il faut savoir à quel point le numéraire faisait défaut. Au commencement de mars, l'argent s'était vendu jusqu'à 66 0|0, et les louis 22 livres; le 14 cependant, le cours était remonté au taux ordinaire de 56 0(0 pour l'argent et de 9 livres pour les louis. Ces (luctuations, que les journaux attribuaient à l'agiotage, jetaient la partie la plus nombreuse de la population dans un état continuel d'insécurité et la disposait à recouiir à tous les genres d'agitations pour sortir

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