‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 39 sur 69 · PÈTE DE CHÀTEAU'TIEUX · texte numérisé non relu

PÈTE DE CHÀTEAU'TIEUX

cérénaonie, qui a fini par un repas fraternel donné par M. Santerre, président de la fête, au père, au parrain, à la marraine et à plusieurs autres patriotes. »

Mais la grande manifestation révolutionnaire de cette période fut l'ovation décernée aux Suisses de Châteaux-Yieux. Bien souvent on s'était occupé de ces malheureux aux Jacobins, où, comme on l'a vu (t. VI, p. 20), Gollot-d'Herbois s'était fait leur défenseur officieux. Depuis le décret de l'assemblée nationale qui les réhabilitait, on leur préparait un triomphe; on recueillait de toutes parts de nombreuses souscriptions pour eux (la famille royale elle-même souscrivit); enfin on les faisait venir à Paris pour remercier l'assemblée nationale de son décret, et c'était à cette occasion qu'on prétendait leur donner une fête.

Les feuillants s'étaient toujours opposés à la réhabilitation des soldats de Château-Vieux. Lorsqu'il eut été arrêté, à la fin de mars, qu'une- fête leur serait donnée dans les premiers jours d'avril, ils engagèrent sur cette question une vive polémique, qui ne fit que s'animer et s'aigrir pendant les jours qui précédèrent la fête. Les poètes Roucher (1) et André Chénier surtout se distinguèrent dans

(1) Boucher, nommé par la section de Sainte-Geneviève pour assister à la fête de Chàteau-Vieux, ayant refusé d'assister à cette députation, les Annales patriotiques insérèrent une lettre qui dénonçait ce fait et dont l'auteur ajoutait en note : « Cet ex-président du club de la Sainte-Chapelle dit à l'assemblée qui venait d'approuver la fête et de i ommer vingt-quatre commissaires, qu'il se croirait déslionoré s'il se joignait à eux. Déshonoré! Eh! où en sommes-nous donc, monsieur l'ex-président!.. . Nous savons qu'il y a de par le monde une certaine madame de Bussy et une caisse financière qui, de pleine, un jour, se trouva vide.i>

Réponse de Roucher. — a Aux auteurs du Journal de Paris. — Messieurs, un quidam, qui signe Méhée de la Touche, vient, dans les Annales patriotiques et littéraires, no XCVII, p. 4, col. Ire^ d'insérer contre moi, au sujet de la grande fête civique, une lettre que tous ceux qui se connaissent en décence pourraient bien avoir trouvée écrite en style de laquais; mais je ne me plains pas de ce style : c'est sans doute la propriété du quidnm, et il ne faut troubler personne dans sa propriété. Je ne me plains pas davantage du fond des choses; on me dénonce comme un homme sans patriotisme, comme un homme qui, depuis deux ans, bâille après une contre-révolution, en un mot comme un aristocrate. Permis à tous les Méhée des jacobins, du club central, des sociétés fraternelles, de s'élever, à force de génie, jusquà l'invention de cette injure. D'ailleurs le ciel n'a pas mis pour rien au cœur de l'homme sensé et de l'honnête homme la pitié pour les sots et le mépris pour les fripons. Mais au bas de celte lettre on lit une note dont je suis encore le sujet. (Ici Roucher transcrit la note que nous avons citée.) Voilà messieurs, ajoute-t-il, la calomnie avec ses caractères les plus hideux. Ceux dont je suis connu personnellement par un long commerce doivent être bien sûrs que je n'imiterai pas certain journaliste (Carra), certain législateur même (Brissot), qui, accusés, Tun de vol par la voie des papiers publics, l'autre de manutention infidèle par affiches au coin des rues, après un premier cri, jeté par décence, se sont endormis au bruit de l'infamie qu'on a fait pleuvoir sur eux. Le jour même.

508 (avril 1792) ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

cette polémique. Le 30 mars, Collot d'Herbois lut aux Jacobins un long écrit rédigé par lui et intitulé : La vérité sur les soldats de Château- Vieux. André Ghénier fit la réponse suivante qui mérite seule d'être citée :

Journal de Paris du A avril. « Quelques hommes toujours habiles à prouver que qui peut tout, a raison, même sans nier les faits que Ton allègue contre la fête triomphale des soldats de Château- Vieux, ne l'attribuent qu'à un enthousiasme général, auquel, selon eux, l'honneur de la nation ou de la ville de Paris n'est nullement intéressé.

« D'abord, j'avoue que cet enthousiasme général ne m'a point frappé ; j'ai même été frappé du contraire. J'ai vu un petit nombre d'hommes s'agiter, se démener, déclamer de pompeuses amplifications. Tout le reste des citoyens m'a semblé voir ce projet, les uns avec une juste aversion, les autres, et c'est le plus grand nombre, avec la plus froide indifférence. Quant à ce que l'honneur de la ville de Paris est entièrement désintéressé dans cette affaire, j'ai quelque peine à le concevoir : car il est bien évident que, ou la garde nationale de Metz, ou le régiment de Château-Vieux, ont été des meurtriers ou des ennemis publics. Si c'est la garde nationale de Metz, commandée au nom de la loi et en vertu des décrets de l'assemblée nationale, par un général qui, depuis, s'est montré parjure et traître, qui s'est montrée elle-même aussi patriote que courageuse et intrépide ; alors les soldats de Château-Vieux ont été des rebelles et des meurtriers ; et je ne comprends guère comment la ville de Paris ne se déshonorerait pas un peu lorsque ses concitoyens, sa municipalité, ses magistrats, se réunissent à fêter des rebelles et des meurtriers.

«D'autres profonds politiques vous disent, d'un ton capable, que l'on veut, par le triomphe de ces soldats, humilier et faire rougir ceux qui voulurent jadis se servir d'eux pour tenir et remettre la nation dans les fers.

j'ai porté plainte pour connaître le lâche auteur de cette note. On dit, mais je ne puis le croire, que c'est le libraire Buisson lui-même (le propriétaire-éditeur des Annales) ; puisse-t-on m' avoir dit faux ! Mais quel que soit celui qui s'est fait de la liberté de la presse un poignard pour assassiner l'honneur d'autrui, je lui déclare, et j'en prends un engagement public auquel je ne manquerai pas, je lui déclare que je le poursuivrai jusqu'à jugement définitif. Il est temps qu'un homme probe outragé obtienne une justice qui, par un juste effroi, purge enfin la société de ce qu'elle a de plus impur: des libellistes, de leurs fauteurs, complices et adhérents. » [Journal de Paris du 8 avril.)

hc% Annales pa/rio/i^wes publièrent aussitôt deux rétractations (nOs XCVIII et XCIX), remplies d'éloges de Koucher. Elles attribuaient la note du no XCVII à une erreur typograpbiijue !

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