‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 41 sur 69 · FÊTE BE CHATEAU-VIEUX · texte numérisé non relu

FÊTE BE CHATEAU-VIEUX

directoire de Paris cependant s'appuyait sur de nombreuses péti^ tions de la garde nationale, qui le sollicitaient de s'opposer à la fête; il ne donnait pas son autorisation. Le corps municipal commença par déclarer qu'on n'entendait pas que la fête fut un acte municipal ; qu'elle était donnée individuellement par les citoyens ; que c'était un acte privé. Malgré cette explication et tant que les soldats de Château- Vieux furent désignés comme l'unique objet de la fête, le directoire montra une mauvaise volonté qui pouvait amener une collision funeste. Le 6 avril {Journal du club des Jacobins^ n° CLXXIII), Tallien, en annonçant au club des Jacobins qu'il était impossible que la fête dont il était un des ordonnateurs fût préparée pour le lundi 10, jour oii arrivaient les soldats de Château- Vieux, dit qu'il ne fallait pas tant la considérer comme décernée aux victimes de Bouille, que comme une pompe célébrée pour glorifier la liberté à l'occasion de leur délivrance. CoIlot-d'Herbois s'empara du mot de Tallien et en fit l'objet d'une proposition qui, disait-il, concilierait enfin tout le monde. Le club arrêta, au milieu des applaudissements universels, que la fête serait dédiée à la liberté.

Le M avril, le corps municipal prit l'arrêté suivant : « Le corps municipal, instruit qu'un grand nombre de citoyens,

mesure est comble, elle verse. J'ose espérer, monsieur, qu'avant la fin du mois il n'y aura plus en France d'autre corporation que la nation elle-même, d'autres autorités que celles qui ont été établies par la constitution.

• Cette constitution a été remise en dépôt à la fidélité du corps législatif, du roi et des juges, à la vigilance des pères de famille, aux épouses et aux mères, à l'affection des Jeunes citoyens, au courage de tous les Français. Le dépôt sera gardé. Tous les Français ont juré de vivre libres : ils ne seront pas plus esclaves des clubs que des rois. Tous les Français ont dit : La constitution ou la mort. Ils ne veulent point mourir, ils auront donc la constitution, et pas une virgule n'y sera changée avant l'époque qu'elle-même a fixée pour la révision.

« Dites-le, monsieur, à ceux avec qui vous vivez, à ceux dans les mains de qui la calomnie elle-même commence à s'émousser, et qui lui ont ôté son poison en le prûdi2;uant. Inutilement ils tenteront d'appeler aristocrates les citoyens qui sont constitutionnaires ; c'est parce que nous sommes bien décidés à ne vouloir jamais de la ci-devant noblesse des races et des fiefs, que nous ne voulons pas davantage de la nouvelle noblesse des sociétés usurpatrices. C'est parce que nous ne voulons pas recevoir sur parole la loi d'aucun prêtre, que nous ne voulons pas jurer ni obéir davantage sur la foi d'aucune délibération signée ^jresiden^ et secrétaires, lorsque nous n'avons donné mission, ni à secrétaires, ni à président, ni à délibérants.

« C'est en nous tenant ainsi fixés invariablement à notre constitution, c'est en montrant que toutes nos forces concourent à l'afi"ermir, que nous imprimerons le respect pour elle à tous ses ennemis du dedans et du dehors. Ils ne sont encouragés que par les divisions et l'anarchie que fomentent vos amis. Le même jour finira la guerre intestine çt la guerre étrangère; cç sera le jour où commencera 1«

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satisfaits de posséder les soldais de Château-Vieux dans nos murs, doivent se réunir dimanche prochain pour se livrer aux sentiments purs de la joie et de l'allégresse;

« Convaincu que nul signe de contrainte ne doit comprimer ces épanchements généreux; que l'abandon de la confiance doit prendre la place de l'appareil de la force; que les fêtes de la liberté doivent être libres comme elle; qu'il est temps de montrer au peuple qu'on Testime, qu'on croit à sa raison et à sa vertu, qu'on croit qu'il n'a pas de meilleur gardien que lui-même ;

« Ne pouvant se rappeler sans attendrissement, que, dans les beaux jours de la liberté, il se rendait en foule, et pourtant avec ordre, au champ de Mars, pour élever un temple majestueux à la constitution ; qu'il travaillait avec allégresse au bruit des instruments et de cet air fameux qui réjouit les hommes libres et fait Irembler les despotes ; que nulle baïonnette ne prescrivait sa marche, ne dirigeait ses mouvements, et que jamais un aussi grand rassemblement d'hommes n'a été et plus paisible et plus imposant, et n'a laissé après lui de traces plus heureuses;

« Persuadé qu'il est aussi sage que moral de renouveler ce bel exemple, d'abandonner le peuple au sentiment de sa dignité ; assuré que ce sentiment lui tracera des règles d'ordre et d'harmonie

règne de la loi. II est prochain, monsieur; car celui des protecteurs, des émules et des complices de Jourdan et des Château-Vieux est un règne passé. Ils pourront bien assassiner encore deux jours, peut-être moi demain, et peu m'importe ; mais leur puissance est frappée au cœur. La France sera libre une seconde fois, et cela importe beaucoup à tous les bons citoyens. »

Pélion. « Nous ne sommes plus dupes des mots. Celui de constitution est dans toutes les bouches; c'est le manteau dont l'hypocrite s'enveloppe pour contrefaire l'homme de bien et pour persécuter avec impunité les vrais défenseurs de nos droits.

« Ma profession de foi sur la constitution est claire et précise. Je lui trouve des défauts, et ce ne sont probablement pas ceux que vous apercevez. Mais, avec ses imperfections, je la maintiendrai jusqu'à la mort, et je lui serai plus fidèle que ceux qui en paraissent idolâtres.

« Vous pouvez répéter tant que vous voudrez que le maire de Paris et ceux qui l'entourent veulent une autre forme de gouvernement. Ces lieux communs sont usés, et ne peuvent plus séduire que les ignorants et les sots. Je déclare très-positivement que les personnes que je vois avec le plus d'intimité, que mes amis, que moi, nous voulons la constitution telle qu'elle est ; et, pour me servir de vos expressions, sans y changer une virgule.

« Ne confondez pas éternellement l'opinion que chacun peut avoir sur tel ou tel article de la constitution qu'il trouve mauvais, mais que néanmoins il défend et maintient comme inhérent à l'ensemble, avec la volonté d'une autre conslitution et la violation de celle qui est jurée par la nation.

a Je ne conçois même pas comment on peut supposer que le magistrat qui s'est engagé de faire exécuter la loi de son pays se propose de la détruire. »

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