DISCUSSION SUR LA PROVIDENCE
plus maladroite, que bientôt leurs actions pourront les mettre audessus de tout éloge. Nous verrons si ce changement est, de la part de la cour, l'effet de la peur ou de la vertu ; s'il est le triomphe de l'intrigue ou celui de la liberté !... »
— L'impression et l'envoi de cette adresse sont demandés à grands cris, dit le Journal du club, et repoussés de même, au milieu d'un tumulte impossible à décrire. L'évêque de Paris, qui occupe le fauteuil, se couvre; enfin le calme renaît, et Guadet paraît à la tribune; il demande, et fonde sur trois motifs, le renvoi de l'impression à trois commissaires.
<( M. Guadet. Premièrement, dire, comme l'a fait M. Robespierre, que Ton demande la guerre sans but et sans préparatifs, me paraît être une critique amère de toutes les sociétés patriotiques qui ont été de l'avis de la guerre, et de celle-ci en particulier. Gomment pourrait-on douter que le vœu général de la nation soit pour la guerre, lorsque, en dépouillant les registres des départements, on trouve plus de six cent mille citoyens inscrits pour marcher à l'ennemi?
« Secondement, j'ai entendu souvent, dans cette adresse, répéter le mot Providence, je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous. J'avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais pensé qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage, pendant trois ans, pour tirer le peuple de l'esclavage du despotisme, pût concourir à le remettre ensuite sous Tesclavage de la superstition. (Brouhahas, murmures, applaudissements.)
« En troisième lieu, il me semble que dire, comme Ta fait M. Robespierre, que nous sommes maîtres de la paix et de la guerre, c'est en quelque sorte donner d'avance un tort au ministère, dans le cas où nous serions forcés à faire la guerre, et cependant il serait possible que nous fussions dans cette position. N'est-ce point élever la défiance des sociétés contre un ministère patriote, et semer le découragement parmi elles, en leur montrant la paix comme le seul moyen de salut. Enfin, j'avoue que je n'attendais rien de pareil de M. Robespierre.
« M. Robespierre. Je ne viens pas combattre un législateur distingué... (Plusieurs voix : // n'ij en a pas.) Je veux dire un législateur distingué par ses talents; mais je viens prouver à M. Guadet qu'il m'a mal compris. Je viens combattre pour des principes communs à M. Guadet et à moi : car je soutiens que tous les patriotes ont mes principes ; il est impossible qu'ils n'admettent pas les principes éternels que j'ai énoncés. Quand j'aurai terminé ma courte
532 (mars 1792) assemblée législative.
réponse, je suis sûr que M. Guadet se rendra lui-même à mon opinion; j'en atteste et son patriotisme et sa gloire, choses vaines et sans fondement si elles ne s'appuyaient sur les vérités immuables que je viens de proposer.
« L'objection qu'il m'a faite tient trop à mon honneur, à mes sentiments et aux principes reconnus par tous les peuples du monde, et par les assemblées de tous les peuples et de tous les temps, pour que je ne croie pas mon honneur engagé à les soutenir de toutes mes forces.
« La première objection porte sur ce que j'aurais commis la faute d'induire les citoyens dans la superstition après avoir combattu le despotisme. La superstition, il est vrai, est un des appuis du despotisme; mais ce n'est pas induire les citoyens dans la superstition, que de prononcer le nom de la Divinité. J'abhorre, autant que personne, toutes ces sectes impies qui se sont répandues dans l'univers pour favoriser l'ambition, le fanatisme et toutes les passions, en se couvrant du pouvoir sacré de l'Éternel, qui a créé la nature et l'humanité ; mais je suis bien loin de confondre larehgion avec les mensonges dont le despotisme s'est armé.
« Je soutiens, moi, ces éternels principes sur lesquels s'étaye la faiblesse humaine pour s'élancer à la vertu. Ce n'est point un vain langage dans ma bouche, pas plus que dans celle de tous les hommes illustres qui n'en avaient pas moins de morale, pour croire à l'existence de Dieu. (Plusieurs voix : A l'ordre du jour! — Brouhahas.)
« Non, messieurs, vous n'étoufferez pas ma voix ; il n'y a pas d'ordre du jour qui puisse étouffer cette vérité. Je vais continuer ue développer un des principes puisés dans mon cœur et avoués par tous les défenseurs de la liberté ; je ne crois pas qu'il puisse jamais déplaire à aucun membre de l'assemblée nationale d'entendre ces principes, et ceux qui ont défendu la liberté à l'assemblée constituante ne doivent pas trouver d'opposition au sein des amis de la constitution. Loin de moi d'entamer ici aucune discussion religieuse qui pourrait jeter de la division parmi ceux qui aiment le bien public; mais je dois justifier tout ce qui est attaché sous ce rapport à l'adresse présentée à la société.
« Oui, invoquer la Providence et émettre l'idée de l'Être éternel qui influe essentiellement sur les deslins des nations, qui me paraît, à moi, veiller d'une manière toute particulière sur la révolution française, n'est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m'est nécessaire, à moi qui, livré dans l'assemblée constituante à toutes les passions et à toutes