DISCUSSION SCR LA PROVIDENCE
les viles intrigues, et environné de si nombreux ennemis, me suis toujours soutenu. Seul avec mon âme, comment aurais-je pu suffire à des luttes qui sont au-dessus de la force humaine, si je n'avais point élevé mon âme à Dieu? Sans trop approfondir cette idée encourageante, ce sentiment divin m'a bien dédommagé de tous les avantages offerts à ceux qui voulaient trahir le peuple.
« Qu'y a-t-il dans cette adresse, une réflexion noble et touchante, adoptée par ceux qui ont écrit avec l'inspiration de ce sentiment sublime : je nomme Providence ce que d'autres aimeront peut-être mieux appeler hasard, mais ce mot Providence convient mieux à mes sentiments.
« On a dit que j'avais fait une injure aux sociétés populaires. Ah! certes, messieurs, je vous en atteste tous, s'il est un reproche auquel je sois inaccessib'e, c'est celui qui me prête des injures au peuple, et cette injure consiste en ce que j'ai cité aux sociétés la Providence et la Divinité. Certes, je l'avoue, le peuple français est bien pour quelque chose d.ns la révolution; sans lui nous serions encore sous le joug du despotisme. J'avoue que tous ceux qui étaient au-dessus du peujile auraient volontiers renoncé pour cet avantage à toute idée de la Divinité ; mais est-ce faire injure au peuple et aux sociétés affiliées, que de leur parler de la protection de Dieu, qui, selon mon sentiment, nous sert si heureusement?
« Oui, j'en demande pardon à tous ceux qui sont plus éclairas que moi, quand j'ai vu tant d'ennemis avancer contre le peup'c, tant d'hommes perfides employés pour renverser Touvrage du peuple; quand j'ai vu que le peuple lui-même ne pouvait agir, et qu'il élait obligé de s'abandonner à des traîtres, alors plus que jamais j'ai cru à" la Providence, et je n'ai pu insulter ni le peuple, ni les sociétés populaires, soit en parlant, comme je l'ai fait, des mesures qu'il faut prendre pour la guerre ou pour la paix ; soit dans le retour que j'ai fait sur ce qui s'est passé,
« En disant que la demande de la guerre ne me semblait avoir ni place, ni objet déterminé, je n'ai point insulté les sociétés populaires, car on n'a pas recueilli leur vœu. Celle-ci même n'a pas émis une opinion positive. Je n'ai point insulté le peuple. — J'ai demandé la guerre, s'il faut avotr la guerre, et la paix, si on peut l'avoir; et je crois qu'il est possible d'avoir la paix. Je n'ai insulté personne quand j'ai dit que l'on parlait plus de guerre que de moyens de la faire avec succès. Seraient-ce les patriotes de l'assemblée nationale, seraient-ce les législateurs patriotes? en est-il un qui puisse nier qu'avant la mort de Léopold, Narbonne et Lafayette étaient présentés comme les héros qui devaient sauver la
554 (mars 1792) assemblée législative.
nation? En est- il un qui puisse nier que de toutes les parties de la France s'adressaient ici des plaintes, que les gardes nationales n'étaient point armées, que les officiers aristocrates commandaient, qu'on demandait en vain leur expulsion? En est-il un qui puisse dire qu'un général qui, les mains teintes du sang de ses concitoyens, devait les mener au combat, pût inspirer de la confiance? En est-il un qui puisse dire qu'ils avaient pris les mesures nécessaires pour déjouer les conspirations ourdies par nos ennemis communs? Oui, c'est la Providence qui a fait tomber leurs correspondances en nos mains. J'applaudis à ce qu'a fait l'assemblée nationale, à condition que sa démarche sera soutenue et que la paix et le bonheur du peuple en seront le résultat. Est-il quelqu'un qui puisse me reprocher d'avoir offensé les patriotes et les députés, qui ont la preuve personnelle que je les estime; et quand j'étais investi du caractère sacré de représentant du peuple, m'a-t-on vu trouver mauvais que des citoyens courageux présentassent à l'assemblée constituante des observations rigoureuses sur les fautes où elle était tombée?
« J'atteste que je n'ai pas trouvé de plaisir plus doux, que lorsque, au milieu de ces plates flagorneries qui inondaient la salle, je voyais percer quelques pétitions qui montraient le véritable vœu du peuple français, trop longtemps outragé, trop longtemps oublié. Comment y aurait-il un citoyen qui pût adopter d'autres sentiments que ceux que je viens d'exprimer?
« Je passe à la troisième objection. Je n'ai point loué d'avance le ministère nouveau : je n'estime que ce que je connais, et je n'applaudis qu'au bien qui est fait. Parmi les ministres, il en est tel que je ne nomme pas, qui a les intentions les plus droites : je souhaite qu'il ne soit contredit par aucun obstacle. Mais comme il leur est très-facile de prouver tout cela, je neveux point les louer. Les circonstances et le bien public les mettront au-dessus de tout éloge. Sur les intrigues de la cour, rien ne nous permet de jeter des idées anticipées. Je ne veux en parler ni en bien ni en mal. J'ai dit que les ministres étaient jacobins, et que cela ne nous en imposait aucunement; j'ai dit que le ministère s'annonçait avec des circonstances heureuses : voilà ce que j'ai dit. Je ne pourrais rien dire de plus : ma conscience y répugne.
«Rien de ce que j'ai dit ne peut décourager le peuple; le peuple a triomphé jusqu'ici des plus grands dangers, et il triompherait encore des plus grands obstacles, s'il s'en présentait. Est-ce décourager les sociétés que de présenter le tableau civique des vertus? N'est-ce pas du patriotisme que dépend le succès des ré-