DISCUSSION SUR LA PROVIDENCE
volutions? Le patriotisme n'est point une convenance, ce n'est point un sentiment qui se ploie aux intérêts, mais c'est un sentiment aussi pur que la nature, aussi inaltérable que la vérité.
a Je conclus, et je dis que c'était pour l'établissement de la morale de la politique que j'avais écrit l'adresse que j'ai lue à la société. Je demande qu'elle décide si les principes que j'annonce sont les siens. »
— «Les cris les plus violents, dit le journal, empêchent longtemps M. le président de mettre aux voix l'impression de l'adresse de M. Robespierre. M. Sillery propose par amendement d'en arrêter l'impression comme d'une opinion de M. Robespierre, et non comme d'une adresse de la société. — La question préalable sur cet amendement est demandée. L'épreuve paraît douteuse à quelques membres qui en demandent une seconde. — Le plus grand tumulte succède à cette demande. M. le président est obligé de se couvrir. Enfm, il explique une seconde fois la délibération, et la question préalable est rejetée. Il veut mettre l'amendement aux voix et se donne la peine d'en rappeler le sujet, lorsqu'une voix, partie du côté de la porte, s'écrie : Point de capucinade ! monsieur le président. — A ces mots, toute l'assemblée indignée veut savoir le nom de l'indiscret qui a lâché ce propos ; il reste inconnu. Le plus grand désordre règne dans la société, et M. le président lève la séance. » {Journal des Débais des Jacobins, numéro du 28.) Cette querelle fut continuée en dehors du club. Quelques journaux, notamment le Courrier, de Gorsas, prirent parti pour les girondins et hasardèrent des insinuations de ministérialisme contre Robespierre.
A la séance du 28, Santonax fut signalé comme étant celui qui avait si grossièrement apostrophé le président à la fin de la précédente séance. Le rapporteur du comité de présentation proposa la radiation et l'exclusion de ce membre. Chépy fils sollicita l'indulgence de la société pour un patriote, dit-il, connu par ses talents, et Santonax parut ensuite à la tribune, où il fit ses excuses publiques. — La société les accepta et passa à l'ordre du jour. — A la séance du 30, comme il s'agissait de faire une seconde lecture de l'adresse de Robespierre, un membre tint contre lui un propos injurieux qui fut relevé par Santerre. Il s'ensuivit un violent tumulte. Robespierre profita du premier moment de tranquillité pour annoncer quil ne pouvait se résoudre à voir l'assemblée ainsi troublée à son occasion, et qu'en conséquence il retirait son projet d'adresse, ayant en ses mains d'autres moyens de produire sur l'esprit public le bon effet qu'il en attendait. ~ Robespierre vou-
536 (17 AVRIL 1792) assemblée législative.
lait parler de son Défenseur de la Constitution, qu'il ne tarda pas, en effet, à publier.
Une scène semblable eut lieu le 2 avril. Robespierre s'écria ; « Si quelqu'un veut m'accuser, qu'il se lève. » Real monta aussitôt à la tribune : « Je vous accuse, monsieur Robespierre ! dit-il, non de crimes ministériels, mais d'opiniâtreté. » Un long tumulte suivit encore ces interpellations.
La fête de Gliâteau-Vieux fit trêve pendant quelques jours à ces disputes; mais elle fut suivie bientôt d'une discu sion beaucoup plus vive et plus personnelle que toutes celles dont nous avons parlé. Voici comment les Révolutions de Paris résument cette histoire :
« En 1791, une scission s'est opérée dans le sein des Amis de la constitution; une scission les menace encore. Robespierre et Rrissot sont les deux chefs de partis. Voici les faits. La grande question de la guerre a été, comme on sait, discutée d'une manière profonde et tout à fait extraordinaire. L'opinion s'est bien évidemment partagée; aux opinions sa sont mêlées des personnalités, les personnalités ont blessé l'amour-propre, et l'amour-propre a fait quelques ennemis peut-être irréconciliables. La déclaration de guerre semblait pourtant présager un rapprochement qui semblait nécessaire à ceux qui sont indifférents à tout parti ; mais non, c'est au moment oij la guerre vient de se déclarer, au moment où l'État a le plus besoin d'union, qu'une main empoisonnée porte la division parmi les amis de la liberté. Collot-d'Herbois a commencé par dénoncer Rœderer, Brissot et Gondorcet ; Chabot a dénoncé l'évêque Fauchet et toute la députation de la Gironde, Grangeneuve seul excepté; Robespierre a promis qu'il dévoilerait une intrigue, une combinaison, un système ourdi dans le sein du corps législatif, et qui ne tend à rien moins qu'à faire rétrograder la révolulion : or, voilà que presque toutes les têles se sont exaltée?, et les amis de la constitution ont donné le spectacle bizarre, presque indécent, d'une lutte orageuse de laquelle nous allons voir si quelqu'un est sorti vainqueur ou vaincu. » {Réu. de Paris, n" GXLVL)
Voici le compte rendu des séances consacrées à celte nouvelle discussion.
Séance du M avril. — «iV... Je dénonce M. Rœderer pour avoir dîné chez M. de Jaucourt. Hier je passais d. ns la rue du Théâtre-Français, j'aperçois à uno fenêtre M. Rœdeier à côté de MM. Ramond et Lacretelle. Je m'informe, et on me dit qu'ils sont chez M. de Jaucourt. Pour bien connaître tous les persoiniages et ne garder aucun doute, je vins me placer à une fcnêtie qui est en