‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 50 sur 69 · DÉNONCIATION DE C0LL0T-D*HERB0IS · texte numérisé non relu

DÉNONCIATION DE C0LL0T-D*HERB0IS

face. Ces messieurs se retirèrent. Dans la persuasion que M. Brissot pouvait bien être de la partie, je me rends dans riiôtel même, je frappe et je demande M. Brissot. On me répond : Il n'est pas ici. Et aussitôt les convives de M. de Jaucourt de se retirer par une porte de derrière. C'est tout ce que j'ai pu apprendre, .l'ignore si M. Brissot était du nombre. »

M. CoUot-d'Herbois. « J'ai demandé la parole pour faire quelques observations qui me paraissent essentielles. 11 nous importe peu qu'une personne dîne là ou là ; mais ce qui nous importe, c'est qu'un jacobin ait un caractère uniforme ; que d'un côté M. Rœderer n'ait pas la figure d'un jacobin, et de l'autre celle d'un feuillant. Pour moi, je ne sais où dîne M. Rœderer; mais je sais que lorsque la municipalité a eu besoin d'être soutenue, elle n'a trouvé aucun défenseur au département ; car il faut que les magistrats zélés du peuple soient soutenus, sans cela nos ennemis en triompheraient. Oui, messieurs, il y a des personnes qui sont infiniment plus du côté des feuillants que du côté des jacobins.

« Il est temps de tracer la ligne de démarcation entre les braves citoyens et ceux qui ne veulent pas se ranger du côté des principes sévères et qui veulent avoir deux figures. 11 est temps que nous connaissions également et l'esprit et la figure de ceux qui sont ici. Ne craignez rien d'une pareille désertion ; il y a beaucoup de bons citoyens qui ne demandent qu'à entrer ici, qui occuperont les places vacantes. Je le dis hautement, M. Rœderer n'a pas fait ce qu'il devait faire dans la discussion qui s'est élevée entre le département et la municipalité. Je voulais garder le silence, mais la vérité l'emporte. Le pre'opinant qui a cité le nom de M. Rœderer ne me permet pas de me taire.

« Dimanche, à cinq heures après midi, au moment où M. Pétion allait se rendre à notre vœu et à celui de tous les bons citoyens, le département lui écrit une lettre, et je dois dire que c'est malgré M. Pétion que l'on m'en a donné connaissance. On lui écrit pour lui dire qu'on avait oublié de lui faire observer que le lendemain du dimanche était le lundi; que les lundis à Paris étaient fort critiques; que c'était toujours le lundi qu'on avait vu arriver des événements; qu'en conséquence la responsabilité qu'on lui avait imposée pour la fête continuait encore sur ce qui pouvait arriver lundi.

« Cette observation nous apprend que nous devons encore plus à M. Pétion que nous ne croyions lui devoir, ou plutôt nous ne lui devons rien; car, quand M. Pétion s'est acquitté de son devoir

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avec courage, il pense avoir fait ce qu'il devait faire et n'attend pas de remercîments.

« Mais il n'en est pas moins vrai que cette circonstance devait lui donner de grandes inquiétudes. S'il avait un ami dans le département, il devait s'opposer à une pareille censure. Et qui aurait dû être cet ami? M. Rœderer. Mais M. Rœderer a épousé lesprmeipes que vous avez condamnés. Il avait à choisir de convertir ou de se laisser corrompre, et il est corrompu. Il est temps qu'on cesse d'accorder de la considération aux personnes, pour la consacrer aux actions et aux principes. Il est temps de faire expliquer ceux qui ne se servent du titre de membres de cette société que pour se ménager des ressources dans l'occasion, lorsque souvent même ils prennent les mesures les plus contraires aux intentions de cette société.

« Quant à M. Rœderer, je demande que le comité de correspondance lui écrive pour lui demander des explications sur sa conduite, non pas comme fonctionnaire public, comme procureursyndic du directoire du département de Paris, mais comme citoyen, comme jacobin; pour lui dire qu'il n'a pas rempli, à l'égard de cette société, tout ce qu'elle avait droit d'attendre de lui à l'égard de la fête, et qu'il n'a pas fait dans cette circonstance ce qu'il devait faire, même comme individu et membre de cette société. » [Journal du Club, n" CLXIX.)

A la séance du !iî2, le prince de Hesse, celui qui, avec Dubois do Crancé, avait dénoncé, à tort ou à raison, le mauvais état dans lequel se trouvait la frontière de Perpignan, vint comprendre Brissot dans celte dénonciation. Il déclara que sa confiance en l'auteur du Palriote français le lui avait fait prendre pour correspondant, et qu'il lui avait adressé plusieurs lettres relatives à la trahison présumée de Narbonne, sans que jamais Brissot en publiât aucune dans son journal.

Rœderer monta ensuite à la tribune. Sa justification fut trèsapplaudie. « On me fait un crime d'avoir dîné chez un membre du côté droit... Fallût-il dîner avec des aristocrates à Paris, à Goblentz, au fond même des enfers, avec ceux qui y sont descendus, devrais-je en être cru moins invariable dans mes priueipes? — Je passe aux imputations de M. Gollot-d'Herbois, et qui me sont d'autant plus sensibles qu'elles me viennent d'uu des plus honnêtes hommes que je connaisse. Il avait à choisir, a-l-il dit en parlant de moi, de convertir ou de se laisser corrompre, et il est corrompu. Quoi ! c'est donc être gagné par la corruption que d'avoir prêté le char de Voltaire pour la fête de Ghâleau-Yieux? C'est donc être

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