DÉNONCIATION DE COLLOT-D'HERBOIS
corrompu que d'avoir devancé les propositions de M. Pëtion auprès du directoire? C'est donc être corrompu que d'être toujours l'ami de M. Pétion, que de lui avoir dit que j'assisterais à la cérémonie de Chàteau-Vieux? Oui, messieurs, je devais y assister: mes devoirs et vos intérêts m'appelaient à mon poste. Je sais que la matinée, une lettre a été écrite à M. Pétion, qui lui donnait une responsabilité beaucoup plus grande qu'il ne comptait, et qu'on m'accuse de n'avoir pas pris son parti comme je l'aurais dû. Mais dans ce moment je n'élais pas au directoire : des affaires, des obtacles me retenaient chez moi ; plusieurs membres de cette société ont pu m'apercevoir à ma fenêtre, sur le boulevard du Temple, applaudissant, avec ma femme et mes enfants, au cortège qui passait devant nous. »
Collot-d'Herbois était absent : il arriva au moment oii l'on mettait aux voix l'impression du discours de Rœderer. Thuriot proposait, vu le grand nombre des dénonciations, que les apologies des inculpés fussent imprimées aux frais des dénonciateurs. En ce moment Collot-d'Herbois parut à la tribune. (Applaudissemcnîs.)
« Messieurs, j'ai demandé la parole pour appuyer la proposition de M. Thuriot, car l'impression du discours de M. Rœderer n'est plus nécessaire qu'il moi. Je monte à la tribune pour le déclarer, puisqu'il faut que l'accusateur en fasse les frais. Il est bien malheureux que, depuis trois mois que j'ai assisté assidûment à l'ouverture de la séance, excepté à celle-ci, ce soit dans ce moment que l'on ait agité en mon absence une question qui me regarde si parliculièrement. M. Rœderer est justilié aux yeux de la société : je l'en félicite. Cependant j'attendrai que le discours soit imprimé et que je l'aie lu ; jusque-là il me restera une impression plus profonde, car j'ai bien examiné sa conduite... » — (il s'élève du tumulte dans plusieurs endroits de la salle.) « Je me relire, » dit l'orateur ; et en même temps il descend de la tribune. Puis il s'écrie : a MM. Barnave et Lameth aussi se sont justiliés! » (On l'invite à remonter à la tribune : il se rend. — Tumulte prolongé.) — «Eh bien! oh est-il M. Rœderer? Je vais me prosterner devant lui. Cette justification-là a été bien préparée, puisque ni M. Robespierre ni moi ne nous y sommes trouvés. Eh bien ! messieurs, il faut l'accepter, cette justification, puisque l'on ne veut entendre personne en sens contraire. — Je fais une motion sage : que M. Rœderer me communique son discours. Je demande la parole pour parler un quart d'heure, mais il sera important, ce quart d'heure ; car, quelques menaces qu'on puisse me faire, rien ne m'empêchera de dire la vérité. Je vous déclare que je vais vous
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dévoiler des manœuvres sur lesquelles j'ai des doutes violents. Je vous montrerai ceux qui, depuis quinze jours, cherchent à faire tomber la société dans un précipice. » Après avoir fermé la discussion, la société ajourna la décision au lendemain, en invitant Rœderer à communiquer son discours à Collot-d'Herbois. [Journal du Club, n" GLXXXII.)
Séance du 23 auril. — M. Collot-d'Herbois. « Le discours de M. Rœderer, sur lequel je dois parler à cette tribune, ne m'est parvenu que celte après-midi. Je ne ferai là-dessus aucune réflexion; je dois déplaire à un grand nombre de personnes de cette société ; que ceux qui ne veulent pas entendre la vérité sortent : c'est une espèce de scrutin épuratoire qui va se faire. » (Murmures du côté gauche.) CoUot-d'Herbois réfute Rœderer très-brièvement : « Dismoi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. » Il termine ainsi son discours : « La séance dernière fournira beaucoup à nos enr.iir.i'^', mais M. Robespierre et moi nous nous en félicitons. Ce -jui nous cause surtout une grande satisfaction, c'est d'apprendre ce malin que, dans un café, sur la terrasse des Feuillants, mademoiselle Théroïgne a arrêté qu'elle retirait son estime à M. Robespierre et à moi. » (lUres universels.)
En ce moment, mademoiselle Théroïgne était à gauche dans la tribune des dames; irritée de l'apostrophe et de la rumeur qu'elle faisait naître, elle s'élance par dessus la barrière qui la séparait de Tintérieur de la salle. Surmontant les efforts que l'on faisait pour la retenir, elle s'approche du bureau avec des gestes animés et insiste à demander la parole ; mais enfin elle est éconduile hors de la salle. Le tumulte continue. M. le président se couvre et l'orage se dissipe.
Tallien monte à la tribune. Il commence par articuler de nouveaux griefs contre Rœderer, puis il ajoute : « Et moi aussi j'ai dénoncé MM. Brissot et Gondorcet, dans un dîner où se trouvaient une foule de membres de cette société. Sans doute ils eussent désiré faire de nous les instruments de leurs intrigues Vous avez
pris de très-bonnes mesures en suspendant les réceptions. Il faut chasser de notre sein tous les ambitieux, tous les cromwellistes ; il faut qu'il n'y ait ici qu'un seul esprit, celui de l'amour de la patrie et de la constitution. — Un abus encore très-grand s'est introduit dans la société : la correspondance n'est plus aussi active. Il serait bon cependant de répandre des circulaires, comme l'a proposé un député de Strasbourg : c'est la première mesure. La deuxième, tirée de votre règlement même, est de soumettre à un scrutin épuratoire tous les membres de cette société. (Bravo!