ÉCHECS DE LILLE ET VÀLENCIENNES
sur Boussu, qui était occupé par des troupes légères, mais qui fut évacué à son approche. Derrière, il trouva le général autrichien Beaulieu, occupant, avec des forces supérieures, les hauteurs qui couvrent la ville de Mons. Reconnaissant l'impossibilité d'enlever une position garnie de redoutes et défendue par une petite armée, Biron ordonna la retraite. En ce moment, deux régiments de dragons qui formaient l'aile gauche se débandèrent en criant : « Sauve qui peut! nous sommes trahis, nous sommes coupés! » B'non fit la faute de courir pour les rallier au lieu de s'occuper de l'infanterie. Pendant qu'il faisait de vains efforts pour obtenir ce résultat, une partie de l'infanterie suivit la cavalerie. Revenues à Quiévrain, les troupes commencèrent à se reformer et on espérait ramener Tordre, lorsque l'arrière -garde arriva vivement chargée par un régiment de hulans. Alors la panique recommence. Cinq pièces de canon sont abandonnées; le camp, les équipages, la caisse militaire, sont laissés au pillage des troupes légères ennemies. L'armée, fuyant à la débandade, ne s'arrêta qu'à Valenciennes. Les Autrichiens auraient pu les y suivre, si le majéchal Rochambeau ne se fût porté de sa personne avec la garnison sur les hauteurs de Saint-Sauve.
Le général Théobald Dillon, qui commandait la colonne chargée de prendre Tournay, fut encore plus malheureux. Il quitta Lille le 28, avec 6 bataillons et 8 escadrons. Arrivé à l'extrême frontière, il se trouva tout à coup engagé avec les Autrichiens, qu'on croyait être à Tournay dans une sécurité complète. Cette apparition d'un corps de plus de trois mille hommes là où on ne croyait point trouver d'ennemis, fut pour nos troupes une véritable surprise. Les récits diffèrent sur ce qui se passa au moment de cette rencontre. Il paraît que la colonne essuya à l'improviste quelques décharges d'artillerie, puis quelques attaques de cavalerie, et que le général ordonna d'opérer la retraite. Alors il arriva la même chose que dans le corps de Biron : la cavalerie se débanda aux cris de Sauve qui peut! et entraîna une partie de l'infanterie. Dillon courut pour les rallier; mais il fut blessé en faisant de vains efforts pour les arrêter; il fut ramené en voiture. La débandade ne s'arrêta qu'aux faubourgs de Lille, mais là elle se convertit en une violente émeute : le peuple se mêla aux troupes. Le général Théobald Dillon fut massacré ; le colonel du génie Berlhois, un curé non assermenté qui fut reconnu dans la foule, et six prisonniers autrichiens, furent pendus.
Cependant la colonne de gauche marchait sur Furnes, et, n'ayant pas rencontré d'ennemis, revenait à Dunkerque sans coup férir. Lafayette prenait, le 29, avec dix mille hommes, position en avant
592 (avril 1792) assemblée législative.
de Givet, et s'y arrêtait sur la nouvelle des malheureux événements
de Valenciennes et de Lille.
Dans le même temps, à l'armée du Rhin, Luckner établissait un camp de douze mille hommes dans les lignes de Wissembourg et sous Landau ; Gustine, avec 6 bataillons et 6 escadrons, envahissait, le 29, la principauté de Porentruy, et repliait quatre cents Autrichiens qui l'occupaient. Cette prise de possession fut assurée par l'établissement d'un camp sous Huningue. Un autre camp fut établi à Neufbrissack ; un troisième fut placé entre cette ville et Strasbourg, à Plobstein ; enfin, un quatrième camp fut formé, sous les ordres de Kellermann, à Neukirchen, entre la Sarre et le Rhin.
Tels furent les résultats du plan de Dumouriez. Ce plan était mauvais sous tous les rapports, puisqu'on divisant nos troupes par petits corps et en dispersant l'attaque, il avait pour conséquence de donner à l'ennemi le moyen d'être plus fort sur le point qu'il choisirait, et par suite d'anéantir par une seule opération tout le projet d'invasion. Il devait inévitablement amener des revers, mais non pas ceux que l'on éprouva. Les malheureuses affaires de Valenciennes et de Lille forment un début si étrange à la longue suite des belles actions militaires qui illustrèrent les armées de la révolution, que l'on ne peut s'empêcher d'en rechercher les causes. La défiance des soldats pour leurs chefs est sans doute la principale ; ils s'attendaient à être trahis ; tout à leurs yeux était trahison, soit de trouver un ennemi préparé là où ils croyaient le surprendre, soit de recevoir un ordre de retraite lorsqu'ils s'attendaient à marcher en avant. En outre, il paraît certain qu'une malveillance trèsréelle s'en mêla. « Il y eut dans nos rangs de la trahison, dit M. Lafayette. Plusieurs officiers n'étaient restés que pour crier : Nous sommes trahis! nous sommes coupés! C'est le 1^' mai que presque tous les officiers de Royal-Suédois désertèrent dans la nuit. Quelques officiers inexpérimentés perdirent la tête de bonne foi : un d'eux, après avoir couru plusieurs lieues, semant partout l'alarme, revenu tout à coup à lui-même, se brûla la cervelle. » {Mém. t. III, p. 320.) — « Ces cris de trahison, dit Jomini, élevés à la même heure sous Mons et sous Lille, cet empressement de deux généraux français à ordonner un mouvement rétrograde aussitôt qu'ils aperçurent l'ennemi, sont des circonstances fort extraordinaires. Tous les détails enfin de ces échauffourées prouvent que si les généraux avaient perdu la confiance des troupes, ils justifiaient en quelque sorte la méfiance de celles-ci par l'irrésolution de leur conduite. »
En se plaçant à un point de vue plus élevé, ces événements doi-