‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 6 sur 69 · NARBONNE · texte numérisé non relu

NARBONNE

aperçus de leur faiblesse, et la crainte eût consenti à une médiation armée de toutes les puissances, qui auraient modifié la constitution au gré de notre gouvernement. La reine trouvait ce plan d'autant mieux conçu, qu'elle y apercevait le moyen de conserver à Léopold l'influence que l'Autriche a sur les aflaires de P'rance depuis plus de trente ans. — Tel était le plan de la reine, de madame de Lamballe et de madame de Slaël ; tandis que le roi, tremblant à chaque instant qu'on ne portât la moindre atteinte à la constitution, parce que la mort lui paraissait inévitable si on l'attaquait, ne s'occupait qu'à faire la cour à l'assemblée nationale, et que ses ministres bornaient leur tactique à soudoyer de misérables journalistes pour crier qu'il fallait renforcer le pouvoir exécutif et disserter sur la bonté et la nécessité d'un veto suspensif. {Journal de GorsaSj 24 janvier.)

« Il est temps et plus que temps, disait en même temps Carra, de déchirer, sur toute la figure de ce roué de cour (le ministre de la guerre), le masque dont il veut se couvrir, et de le faire connaître sous tous les rapports. Déjà les patriotes de Besançon, de Béfort et des départements voisins, nous ont donné des preuves nombreuses et suffisantes de son impudence, de son faux patriotisme et de sa profonde perversité ; nous nous contenterons dans cet article de citer quelques-unes des mille et une plaintes faites contre lui sur les frontières, nous réservant de dévoiler, à la tribune des jacobins, et ensuite dans ces mêmes feuilles, tous les projets et toutes les intrigues nouvelles de Miel de Narbonne, avec MiMi de Slaël, sa bonne amie, et autres personnages que nous nommerons en toutes lettres, sans rien cacher de leur système de corruption entrepris envers les députés et même les jacobins, de toutes les manœuvres qu'ils préparent pour perdre la France et la livrer à des Cromwell et des Monk.

(i En attendant, voici ce que les volontaires nationaux des bataillons du Loiret, en garnison à Château- sur- Aisne et à Château- Porcien, nous écrivent. (Les lettres originales et signées sont dans nos mains). — « Vous avez bien raison de ne pas vous fier aux paroles doucereuses du ministre Narbonne ; le miel qu'il fait couler avec profusion de ses lèvres n'est qu'afin de mieux cacher le fiel que renferme son cœur corrompu. Voici de quelle manière il remplit avec fidélité à notre égard le poste qui lui est confié : les bataillons de volontaires qu'il dit être en bon état, sont, les uns sans gibernes et munis de cartouches ; les autres avec des gibernes, sans cartouches; d'autres enfin ont ces deux objets et n'ont pas de pierres à fusil, et le nôtre est dans cette dernière position. Il sera-

18 (janvier 1792) assemblée législative.

ble même qu'elles ont été accaparées; car à Rhetel, chef-lieu de notre garnison, et qu'on a mis, dans un rapport fait à l'assemblée nationale, au nombre des villes fortifiées, il n'est pas même possible d'en trouver. Nous ne savons pas quels sont les forts de cette place; si nous en exceptons nos corps qui serviront toujours de * rempart aux incursions des ennemis, il n'existe rien qui puisse en interdire l'entrée. Ce mielleux imposteur dit que tous les bataillons sont en bon état; mais leur bon état, selon son système, est celui où ils pourront être écharpés sans pouvoir se défendre, etc., etc. » « iV. B. Les deux lettres d'où nous tirons cet extrait seront déposées au comité militaire. »

« On nous écrit de Moyenvic, du 25 janvier dernier, que le ministre de la guerre s'est bien gardé de visiter Marsal, forteresse de seconde ligne, dont les fortifications sont entièrement délabrées et où l'on trouve cependant cent trente-trois mille livres pesant de poudre de la meilleure qualité, quoiqu'il n'y ait pas un seul fusil dans les magasins, et tout au plus trente-cinq citoyens armés, avec cent hommes du régiment ci-devant Rouergue. La ville de Vie est dans le même cas ; mais on sait, et nous avons des preuves, que le menteur Narbonne a évité toutes les places délabrées, afin de n'avoir que de belles phrases à faire sur les places fortifiées, et aucune réclamation à essuyer dans celles qui manquent de tout. Qu'on le suive partout, et on verra le plus fourbe et le plus traître de tous les ministres passés, présents et avenir. »

« Dans une adresse des braves citoyens de Lure à l'assemblée nationale, on trouve ce paragraphe au sujet de Narbonne : « Ne vous fiez pas à ce nouvel enfant de la faveur et à cet homme affamé de réputation, qui se remue, s'agite, parcourt le royaume pour s'exposer aux regards du peuple; qui a fait une apparition à Béfort pour y commettre une injustice; qui a placé, contre la disposition de la loi et au préjudice de plusieurs officiers de chasseurs, un protégé du sieur Cadignan , lieutenan^-;-colonel distingué par sa seule ineptie et son aristocratie dégoûtante. » — Mais tout cela n'est rien en comparaison des projets que nous dévoilerons bientôt. — Carra. »

A la lin de février les récriminations du public vinrent retentir jusque dans l'assemblée. G e fut à propos de douze soldats du régiment d'Alsice, venus à Paris pour y faire des réclamations, et que Narbonne voulut faire arrêter comme déserteurs. La municipalité s'y opposa ; les sjldats cepend ant se constituèrent prisonniers, mais fiiri^nt bientôt relàcliés. Cette affaire fit plus de bruit qu'elle n'en ili4nli*U' — :,P«iQs ll^, ïH^IQ® tjein ps^ Lecoiulrc dénonçait une fabric^-

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