‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 61 sur 69 · RAPPORTS DES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

RAPPORTS DES GÉNÉRAUX

ride, entrait en ville par pelotons de trois à quatre cavaliers. La générale a battu ; cette alarme, qui a préludé à de grands crimes, a été universelle. La cavalerie a crié tout haut que le détachement avait été trahi; que M. Dillon était un traître; et lorsqu'il 1^ arrivait par la porte de Fline, et dans sa chaise, le peuple l'en fit B descendre, se saisit de sa personne, l'attacha à la lanterne du cidevant gouvernement, où il fut fusillé; une balle ayant cassé la corde du réverbère, le cadavre fut traîné au milieu de la place publique et brûlé avec tous les enseignes aristocratiques (lisez drapeaux), qui portaient encore les noms de Condé, d'Artois, etc.. »

■^ {îiévolutions de Pari s ^ n° CXLYII.)

m^- « Les chasseurs tyroliens, continue le journal, étaient des espions du général autrichien... Pour ce qui est du prêtre réfractaire, c'est

.^ l'ancien curé de la Madeleine... II venait de causer une insurrec-

l^f tion générale parmi les fanatiques de Lille. Le supplice de Dillon l'effraya. Il se sauvait du couvent des Ursulines, déguisé en femme, lorsqu'il fut reconnu, saisi, fouillé, et trouvé nanti non-seulement de papiers aristocratiques, mais d'un plan de conjuration écrit de sa main, et dont le but était de faire égorger les patriotes de Lille et la garnison la nuit suivante. » (Même numéro.) Mais revenons à l'assemblée nationale, dont ces détails nous ont éloignés.

Séance du 5 mai. — Elle commença par une assez longue énumération de dons patriotiques. Quelques-uns sont apportés par des députations. Des ouvriers de Chaillot présentent l'un d'eux qu'ils ont armé et habillé, et s'engagent à le remplacer, s'il vient à périr.

Le ministre de la guerre lit une lettre de M. Biron, datée de Valenciennes, du 2 mai :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'en conséquence des ordres que vous m'aviez adressés de la part du roi, j'ai été occuper le 28 avril Quiévrechain, près Quiévrain, avec la division dont je joins ici l'état. Je me suis emparé le 29 du village de Quiévrain, sans obstacle, et j'y ai laissé un bataillon de gardes nationales, et j'ai marché vers Mons sur trois colonnes; celle à droite passant par Quiévrechain, et devant me joindre vers Orun; celle de gauche passant par Crépin, et devant se rallier à moi vers Orun. Je suis arrivé jusqu'à Boussu sans rien rencontrer que quelques voya*geurs, qui m'ont annoncé un grand mouvement de troupes autrichiennes. L'avant-garde des hussards a été fusillée et chargée par des houlans et des chasseurs tyroliens, dans le bout du village de Boussu; quelques hussards ont été tués, et M. Cassanove, lieutenant-colonel du régiment de hussards, ayant eu son cheval tué, a

404 (3 MAI 1702) ASSKMBLÉE I.ÉGISLATIVB.

été pris. J'ai dispersé les houlans par quelques coups de canon, et j'ai continué à marcher. J'en ai trouvé un corps plus considérable, en avant de la barrière d'Orun, appuyé par un corps de chasseurs qui m'a longtemps fusillé, et que j'ai souvent fait taire à coups de canon. J'ai pu voir clairement que les hauteurs en avant de Mons étaient occupées par un corps de troupes fort considérable, et que celle de Berteaumont, par laquelle je devais attaquer Mons, me paraissait retranchée et garnie de batteries,

a Cette position, du plus grand avantage, est très-facile à défendre par des troupes fraîches contre des troupes fatiguées ; et ne trouvant pas dans les miennes, exténuées par la chaleur, toute la force indispensable pour une pareille attaque, je crus devoir les laisser reposer et attendre quelques nouvelles positives de Mons, que j'avais droit d'espérer. L'ennemi, que je pouvais juger beaucoup plus nombreux que moi, faisait des manœuvres qui annonçaient l'intention de tourner ma droite; je m'occupai de la garder et de la rendre très-forte par beaucoup de détachements avantageusement postés. Je pris une position, et M. Berthier, adjudant général, jugea, comme moi, que celle des Autrichiens était inattaquable, que je ne pouvais le risquer sans compromettre entièrement tout le corps qui était à mes ordres. Mais il pensa, comme moi, que je pouvais attendre sans danger des nouvelles du corps français dirigé sur Tournai. Vers cinq heures du soir, les ennemis attaquèrent un poste de ma droite au village de Vannes, gardé par quatre compagnies de grenadiers et un piquet de cavalerie. M. Gigault, capitaine au 49* régiment d'infanterie, manœuvra avec tant d'intelligence et de fermeté, qu'il repoussa vigoureusement les Autrichiens avec perle de dix ou douze hommes, et n'eut, lui, qu'un seul blessé. Quelques-uns de mes postes fusillaient continuellement avec les chasseurs tyroliens; je ne perdais personne; de temps en temps je leur tuais du monde à coups de canon. Je reçus alors information, par M. le maréchal Rochambeau, de la défaite du corps français envoyé vers Tournai, et je pensai me retirer sur-le-champ. Je ne pus exécuter ce dessein, les troupes étant épuisées de fatigue et de besoin.

a On n'avait pu empêcher les soldats, harassés par la chaleur, de jeter presque tout leur pain. Les chevaux de troupes et d'arlillerie n'avaient point eu de fourrage. Je n'avais pas été joint par le détachement de l'hôpilal ambulant qui m'avait été destiné : je voyais les dangers incalculables d'une retraite de nuit tentée par des troupes épuisées devant des troupes fraîches. Je me déterminai donc à donner quelques heures de repos aux miennes, et à clierclier les moyens de faire manger les hommes et les chevaux. Vers

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