‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 3)Chapitre 64 sur 69 · MESURES DE DISCIPLINE · texte numérisé non relu

MESURES DE DISCIPLINE

^voîT, de préférence, ajouter foi aux nouvelles qui leur ont été distribuées... Après cet exemple d'obéissance de ma part, il résulte, sire, de toutes ces mesures échouées, que si vos ministres, et celui des affaires étrangères particulièrement, veulent jouer toutes les pièces de Técliiquier, et que je ne doive rester qu'un être passif, contrarié et obligé de jouer tous les coups d'après les courriers réitérés et contradictoires, je supplie Votre Majesté d'accepter ma démission. Signé Rochambeau. »

Après la lecture de cette lettre, Jaucourt et Beugnot demandent que les ministres déposent sur le bureau toute la correspondance avec les généraux. [Oui! oui! — Une voix. Quon y dépose aussi le bâton du maréchul.)

Math. Dumas. Il Ta mérité en combattant pour la liberté. (Tumulte.)

Vaublanc propose d'envoyer des commissaires de rassemblée à Lille et à Valenciennes. Il faut se hâter! dit-il.

Th. Lameth propose qu'il soit fait un message au roi pour le prier de ne point accepter la démission de Rochambeau.

Girardin et Laricière s'opposent à cette proposition. Il y a eu, dit ce dernier, erreur ou crime, fatalité ou fjuite ; mais ce qui doit nous occuper, c'est de mettre à profit ce malheur. Il demande le dépôt des pièces et un prompt rapport des comités. (Adopté.)

Séance du 5 mai. — Dumas fait un rapport sur les mesures de discipline à prendre. L'orateur établit qu'il est important de résoudre d'une manière liénérale la question de responsabilité des généraux d'armée, et que ce n'est pas de la circonstance d'un grand désordre que naît la loi que proposent les comités réunis. Il insiste sur la nécessité d'une discipline sévère, et ci(e un passage de Montesquieu sur les usages des Romains à cet égard.

Si vous n'établissez dans les armées une forme de jugement milifaire qui prévienne le danger des délais dans la punition des délits, la force morale du général est détruite... Songez que le génie du général de l'armée est une propriété nationale; c'est un instrument auquel il faut laisser tout, son ressort; et dans ce métier difficile, où toutes les connaissances humaines et toutes les vertus réunies seraient souvent encore au-dessous des circonstances, celui-là sert le mieux son pays qui commet le moins de fautes et profite le plus habilement de celles de son adversaire. Mais dans celte multiplicité de combinaisons que le moindre événement peut changer, si, sous prétexte d'une surveillance inutile, injurieuse et destructive, les soupçons erraient sans cesse dans nos camps, quel

général pourrait appliquer toutes ses facultés et donner tous ses soins aux vastes conceptions de l'art des combats?

Le caractère de la défiance est de se furlilier par ses propres ravages; elle vole avec rapidité, et, parcourant les frontières, les armées, el!e se grossit des bruits les plus vagues, des rumeurs les plus incertaines : un soupçon lancé par un ennemi secret devient une probabilité au second rang ; au troisième, c'est une certitude. Après avoir accablé un général, après avoir détruit son successeur, y la défiance cberche encore quelle est la victime qu'elle doit immoler. Je vous le demande, oii s'arrêtera- t-elle? Est-ce la vertu, la probité, de longs et éclatants services qui pourront la faire reculer? Eb! n'a-t-e!le pas à côté d'elle la calomnie pour noiicir^ la vertu, pour suppose des crimes? la calomnie, à laquelle des écrivains pervers ont su donner, depuis quelque temps, une marche régulière et systématique. Voyez dans ce moment un général blanchi dans la carrière des armés, plus de cinquante ans de valeur et de fidélité,, de nombreux exploits gueniers, l'armée sauvée par lui et rendue victorieuse à Clostercamp, l'Améiique rendue indépendante et libre par ses talents et ses succès ; eh bien ! le maréchal Rochambeau lui-même n'est pas soustrait par sa vie entière aux attaques de la calomnie et aux désastreux eliels de la déliance. (On applaudit.) Le génie de Turenne n'eût point soutenu de telles épreuves, et l'opération la mieux conçue et la mieux conduite yteut toujours être interprétée, par d'artificieuses suppositions si facilement accueillies par l'ignotance, d'une manière contraire à son but. Cette austèie discipline qui assure les succès n'est, chez nos voisins, qu'une obéissance servile; mais elle doit, parmi nous, prendre sa source dans les sentiments les plus généreux et produire les plus mfUes vertus. Si tous les peuples libres poussèrent cette austéi ilé à un point qui nous paraît rude jusqu'à la férocité, combien, à plus forte raison, dans l'agitation de la plus entière révolution morale qui soit arrivée parmi les hommes, devons-nons nous prémunir contre les dangers de l'indiscipline? Oui, c'est à ce qui nous reste encore de l'esprit servile qui tourne si facilement à la licence qu'il faut a'tiibuer l'indiscipline qui a désolé noire armée — Il faut mûrir les fruits de cette régénération; il faut deviner l'avenir, et, pour nous empêcher de détruire notre ouvrage de nos propres mains, il faut atteindre à cette discipline qui, sans doute, est une contradiction avec rindé|.endance primitive : comme les plus belles et les meilleures fortifications sont prisées et admirées, encore que leur dessin et leurs formes choquent et contrarient les formes de la nature. Or, cette discipline ne peut être produite

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