‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 17 sur 88 · COMITÉ DE SURVEILLANCE · texte numérisé non relu

COMITÉ DE SURVEILLANCE

sonl en grand nombre, l'étrilleront; et que les provinces ne tarderont pas à rentrer sous la protection du roi. L'assemblée est dans le plus grand discrédit, et n'attendra pas que nous la cliassions pour se diviser. Continuez, mon ami, je suis, etc. Varnier. »

J'aurais pu, avec une pareille lettre, faire poursuivre par l'accusateur public ; mais l'instruction aurait été lente ; j'ai mieux aimé donner à un coupable le moyen d'échapper au châtiment, que d'exposer une foule d'individus à être victimes de sa perfidie. On, cherche à faire partir les employés en leur faisant accroire qu'ils marchent à la défense des frontières. Je dépose la letlre sur le bureau. Je demande que l'assemblée établisse un comité de surveillance pour arriver à la connaissance des faits indiqués par cette lettre, et moi je prends l'engagement de dire, lorsqu'il en sera besoin, comment et par qui elle m'est parvenue. (On applaudit.)

M. ***. Je demande que M. Bazire veuille bien nous le déclarer sur-le-champ.

M. Bazire. Je n'ai pas besoin dédire en ce moment à l'assemblée comment cette lettre m'est parvenue. La justice a des moyens assurés pour obtenir la vérification que je demande. Il suffit actuellement que je dépose la lettre sur le bureau. Ceux qui doutent de son authenticité sont les maîtres de faire les démarches nécessaires pour s'en convaincre. Il y a des experts pour cette partie ; qu'ils examinent si la signature qui est au bas de cette lettre n'est pas celle de M. Varnier. (On applaudit.)

— Quelques députés soupçonnèrent tout de suite Bazire d'avoir imaginé toute cette aflaire. Néanmoins, sans désemparer et séance tenante, l'assemblée ordonna que Varnier fût amené pour être interrogé devant elle. Par un hasard malheureux pour le pauvre accusé, il fut trouvé chez lui et amené à la barre ; en sorte que quelques heures après avoir été dénoncé par Bazire, il se trouva appelé à se défendre. C'était Vergniaud qui tenait le fauteuil et qui l'interrogea. Varnier nia tout; il n'avait jamais vu M. Tardy. On le fit éciire, et on trouva que son écriture ne ressemblait point à celle de la lettre. Il n'avait été jamais que receveur principal. Enfin il étai depuis six mois à Paris. L'assemblée commença à douter; elle hésitait; cependant elle décréta Varnier d'accusation, ce qui fut peutêtre heureux pour celui-ci : car il avait été suivi et était attendu par un rassemblement qui n'avait cessé de le poursuivre des menaces les plus violentes.

Malgré le décret d'accusation, les doutes sur la vérité de l'accusation et sur la franchise de Bazire subsistèrent, et VAmi du Bol l'accusa positivement d'avoir supposé la lettre. Bazire se crut obligé

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lie se jll^^tifier. Il déclara, séance du 2.1 novembre, que son correspondant était un maître serrurier d'Auxonne nommé Volon, et il lut une lettre d'envoi qui n'était nullement propre à éclairer Taffaire. La voici :

« Mon compagnon courtise la lille de M..., aubergiste à Auxonne. Il a été la voir hier; et en faisant le lit de M. Noireau, il a vu sur une table une lettre. S'apercevant qu'elle était pour la contre-révolution, il Ta mise dans sa poche sans rien dire. Cette lettre est écrite par M. Varnier, receveur de notre grand bureau, qui loge à Paris, à riiôtel du Grand-Louis. Je n'en ai pas parlé à nos officiers municipaux, dans la crainte qu'ils n'en avertissent M. Noireau, qui est receveur de notre district. J'affranchis la lettre, afin qu'elle vous parvienne plus sûrement, etc. »

Enfin, comme pour achever de confondre Bazire, dans la même séance, le secrétaire lut un procès-verbal de la municipalité d'Auxonne, constatant que Yolon avait déclaré n'avoir jamais écrit à Bazire, et qu'il avait déposé entre les mains du magistrat une lettre de ce député, par laquelle celui-ci le remerciait de ces mêmes communications , qu'il assurait ne pas lui avoir faites. — Le même secrétaire lut encore une lettre du sieur Poupard-Beaubourg, ex-administrateur et inspecteur général du doublage de la marine, récemment impliqué dans une affaire de falsification d'assignats :

Lettre de la dernière importance, affaire Varnier. « Monsieur le président, je vous déclare, du fond du sépulcre constitutionnel où je suis plongé, que c'est moi qui suis le coupable dans l'affaire du sieur Varnier; je me suis servi de son nom. J'ai fait écrire mes lettres par un jeune homme dont j'ai guidé la main.

« Je vous tairai son nom. Déclarer son nom, ce serait une lâcheté ; et un homme de mon caractère, qui a attaqué la constitution, est incapable d'une lâcheté. Cessez donc de balancer le fer de la justice et de la vengeance sur des têtes innocentes; je suis le seul coupable.

a Que l'on me frappe; bien des personnes apprendront de moi comment on doit mourir. — A Paris, le 25 novembre. — Signé Poupard-Bealbourg , détenu aux prisons de l'Abbaye- Saint-Germain. »

« Après ces lectures, il n'est pas douteux, s'écria un député, que les grands coupables impliqués dans cette affaire ne tentent tous les moyens de sauver M. Varnier ! » — « Cet incident ne change pas l'état de la question, ajouta Guadet, puisque le prisonnier de l'Abbaye annonce qu'en effet il y a eu une correspondance entre Varnier ot Noireau. Je demande le dépôt des pièces, afin qu'elles soient re-

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mises ;iu {^relTe de la haute cour natiouale. » L'assemblée décréta cette mesure, et entendit ensuite un projet de proclamation pour annoncer la formation de la haute cour nationale et Tacte d'accusation contre Varnier, Tardy et Noireau. Elle renvoya le tout à l'examen du comité de législation.

L'affaire dont nous venons de parler était assez obscure, assez douteuse, et avait assez compromis la sagesse de l'assemblée, pour démontrer la nécessité d'un comité destiné à l'empêcher de tomber dans de pareils embarras. L'affaire Delastre acheva la démonstration.

A la séance du 2i, Merlin demanda la parole pour une dénonciation.

M. Merlin. Je viens vous proposer de renvoyer à la haute cour nationale la lettre dont je vais vous faire lecture. Elle a été trouvée dans un bateau qui allait à Trêves. Elle est datée de Paris, le 22 octobre, et adressée à M. de Galonné, conseiller d'État à Coblentz.

« Monsieur, oserais-je me flatter que, malgré l'importance des affaires qui vous occupent, vous voudrez bien vous souvenir d'un professeur en droit qui, lié à Paris par son état, encore subsistant, (fuoique ruiné, et qui ne pouvant, à cause de son âge, aller servir la cause de son roi, vous envoie son fils unique, jeune homme de vingt-cinq ans, plein de zèle et d'ardeur, et pour lequel je sollicite votre protection. Ce lils était contrôleur des fermes; il a servi sous M. de Neuilly, fermier général, qui vous en rendra bon témoignage. 11 a de plus Thonneur d'être connu de M. Gilbert de Voisins, auquel il vous serait plus facile encore de demander des renseignements sur son compte. Puissent les projets que vous avez conçus s'effectuer bientôt pour la délivrance de notre auguste monarque, et le rétablissement de l'ordre et de la tranquillité publique dans le royaume! Signé, Delastre, professeur en droit. »

Traduit à la barre immédiatement, Delastre avoua tout, reconnut sa lettre, et fut, par les ordres de rassemblée, incarcéré à l'Abbaye pour de là être envoyé par-devant la haute cour nationale.

Ces faits devaient paraître suflisants à l'assemblée pour justifier le rétablissement du comité des recherches, sous le nom de comité de surveillance. Bazire en fit la proposition. Voici comment le Patriote français rend compte de la séance du 2o, où cette mesure fut décrétée. Après avoir parlé des abus qui infectaient dans les derniers temps le comité des recherches de l'assemblée constituante, et de Futilité d'un comité de ce genre, purgé de tous ses vices, ramené à son objet naturel, il continue ainsi :

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