‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 38 sur 88 · MINISTÈRES · texte numérisé non relu

MINISTÈRES

l'envoya comme ambassadeur à Constantinople. On pensa alors au comte (le Ségur; il avait accepté; mais ayant assisté à une séance où Duportail, le ministre de la guerre, eut à défendre son administralion dans l'assemblée, il se récusa. Sur ce refus, on s'adressa à Barthélémy, ministre plénipotentiaire à Londres. Celui-ci se récusa encore. Enfui, de guerre lasse, on obtint de Delessart qu'il gardât le portefeuille des alïaires étrangères. Quant à Duportail, il donna sa démission à la fin de novembre, comme on le verra bientôt. Il fut remplacé, à la guerre, par M. de Narbonne, qui assista pour la première fois au conseil, le 6 décembre.

Quant à Bertrand de Molleville, il resta parfaitement tranquille au milieu de ces changements. 11 avait adopté, avec l'assemblée, une tactique qu'il voulait essayer jusqu'au bout. 11 s'était fiiit une clientèle personnelle. Il donnait de grands dîners et des concerts, auxquels il invitait beaucoup de monde. Il avait aussi une police particulière et des moyens secrets d'influence dont on trouvera plusieurs preuves dans le cours de cette histoire.

Il était nécessaire de présenter, ainsi que nous venons de le faire, le travail de remaniement qui eut lieu, en quelques jours, dans le conseil des ministres, avant même d'en faire connaître les causes occasionnelles ou le })rétexte, afin de faire bien comprendre ce que l'on va lire.

« Les ministres, dit Ferrières, ne mettaient aucune bonne foi dans leur conduite avec l'assemblée. Tous cherchaient à rejeter sur elle l'embarras des choses et les frottements qu'éprouvait la constitution ; espérant rebuter l'assemblée par des détails, s'imaginaut qu'elle négligerait cette surveillance minutieuse, qui dans une forme de gouvernement nouvelle et sujette à une foule de contradictions, est le seul moyen de prévenir les résistances. Ainsi, par une politique adroite au premier aperçu, mais qui devint funeste à ses auteurs, les ministres laissaient tout désorganiser, et accusaient ensuite de cette désorganisation la constitution elle-même, assurant qu'elle ne fournissait aucun moyen d'exécution de ses propres lois.

« Le point essentiel était de tenir les forces de terre et de mer dans un état de délabrement, en paraissant néanmoins s'occuper avec beaucoup d'activité de les mettre sur un pied respectable, afin que si, d'après les mouvements de l'intérieur, l'occasion se présentait d'entrer en France, les puissances étrangères s'ofirissent tout à coup sous l'appareil le plus formidable et inspirassent une telle terreur, que le peuple épouvanté se remît volontairement entre les mains du fji et le conjurât de dissiper l'orage prêt à fondre sur lui. C'était à <^noi trî^vaillaient le ministre de la guerre et celui de la marin*^. Ainsi,

212 (novembre 1791) assemblée législative.

tandis que le ministre Tarbé exagérait le désordre des finances et se plaignait à rassemblée de la non perception des impôts, le ministre Duportail rendait le compte le plus satisfaisant des armées, des approvisionnements, de fétat de défense où étaient les places frontières. — Les constitutionnels et les girondins démêlèrent aisément ces manœuvres coupables et se réunirent un moment pour les déjouer. » {Mém. cit. t. III.)

Nous rapporterons, à Tappui d'une partie des assertions de Ferrières, le passage suivant de Bertrand de Molleville, qui est d'ailleurs intéressant encore à d'autres titres :

(c La nomination de M. de Lajaille au commandement d'un des vaisseaux destinés à porter du secours à Saint-Domingue excita de grands troubles à Brest. Cet officier distingué fut assailli par un attroupement de plus de trois mille persoiyies. Il reçut plusieurs blessures et dut la vie au courage d'un vigoureux et lionnête cbarcutier, qui, pour le défendre, s'exposa à partager ses dangers. Leurs efforts réunis donnèrent à la garde le temps de venir les délivrer tous deux. » L'auteur raconte ensuite que la municipalité de Brest ne vit d'autre moyen pour sauver M. de Lajaille, que de le mettre en prison; qu'elle l'y retint malgré les ordres donnés par le roi, et que les membres du tribunal criminel, auquel le ministre de la justice avait enjoint de poursuivre les auteurs de l'émeute craignaient d'exposer leur vie et n'osaient se hasarder à commencer le procès, a Je représentai inutilement au conseil et à l'assemblée que fimpunité de pareils crimes était la véritable cause qui empêchait les officiers de la marine d'accepter aucun commandement. Le jour où je parlai au conseil de ce refus des officiers, M. de Narbonne m'entreprit en ces termes :

« Quoi ! tous les officiers refusent, c'est donc à dire que si nous avions quelque inquiétude relativement aux dispositions de l'Angleterre et que je vous demandasse une frégate pour croiser sur nos côtes, vous ne pourriez la fournir !

« — Ce ne sont pas les frégates qui nous manquent, répondis-je ; mais dans ce moment je serais fort embarrassé pour trouver un officier qui voulût se charger d'en commander une. »

« Dans la même séance du conseil, je sollicitai vivement le garde des sceaux de prendre des mesures rigoureuses contre les juges de Brest. Faites-les punir, lui dis-je, ou du moins renvoyez l'affaire à un autre tribunal s'ils refusent plus longtemps de rendre justice àM. de Lajaille. Il répondit que dans les circonstances présentes nous devions user de la plus grande circonspeclion et de la plus grande adiesse. — Si nous voulons, ajouta-t il, nous en tenir strictement à la lellro

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