MARIAGE DES PRÊTRES
prêtres pensionnés jouiront de leur pension, quel que soit l'état civil qu'ils embrassent. (On applaudit.)
M. Quesnay. Du moment que la loi a déclaré qu'elle ne connaissait plus de vœux contraires à la nature, la question est décidée, et je demande qu'on passe à l'ordre du jour.
M. Lequmio. C'est précisément par les paroles mêmes de l'opinant que je combats son opinion. S'il est une matière importante, c'est celle qui se présente à votre décision; il faut enfin ramener les choses à l'état de nature et de raison, et c'est précisément parce qu'il n'existe qu'une loi vague et obscure, et qu'elle ne nous empêche pas de suivre les abus anciens, qu'il faut en faire une plus précise. Je demande le renvoi au comité de législation.
M. Girardin. J'appuie la proposition du renvoi au comité, mais j'y propose un amendement infiniment pressant; il consiste à ce que les traitements des ecclésiastiques qui se marieront leur soient provisoirement conservés.
M. Taille fer. Les raisons déduites par les préopinants sont absolument les mêmes que j'avais à présenter. Je ne crois pas que la loi doive çtre faite dans ce moment; mais comme ces citoyens jouissent du bienfait de la constitution et ne contreviennent à aucune loi, il serait injuste de les priver provisoirement de leur traitement.
M. Goupilleau. Comme les administrateurs sont dans l'incertitude, il est essentiel de décréter que les ecclésiastiques qui se marieront recevront provisoirement leur traitement.
M. ***. Il n'est point question de faire une loi, il est seulement question de déclarer qu'il n'y a pas de loi contraire.
M. Lecoz^ évéque du département de l'Ille-et-Vilaine. Ceux qui ont dit que le célibat était contraire à la nature, ont avancé une grande erreur. (On murmure.) D'ailleurs vous vous occupez en ce moment d'éteindre ce feu qui consume l'empire, et par l'impolitique motion qui a été faite, vous l'alimenteriez de plus fort. (Quelques membres applaudissent.)
M. **". Il n'existe point de loi qui empêche les ecclésiastiques pensionnaires, qui se marieront, de toucher leurs pensions; donc les administrateurs n'auront pas le droit de les en priver ; donc il est inutile que l'assemblée nationale s'occupe par provision de cet objet. Je demande en conséquence que l'assemblée passe à l'ordre du jour sur l'amendement de M. Girardin.
M. ***. Ceux qui insistent pour que la question soit ou décidée «\ linstant ou préjugée, ne sentent pas la différence énorme qu'il y a entre un principe et son application. Je demande qu'attendu qu'il
2!22 (décembre 1791) assemblée législative.
n'existe point de loi contraire à la pétition qui a été faite, il soit passé à l'ordre du jour.
L'assemblée passe à l'ordre du jour.
— Le o décembre, Tabbé Mulot lit une motion sur un sujet qui regardait plus l'administration que le corps législatif. Il proposa des mesures contre les maisons de jeu. « Il est impossible, dit-il, que l'assemblée laisse subsister plus longtemps des repaires de brigands, où les antirévolulionnaires s'engraissent. C'est au nom des mœurs que je demande la destruction des deux ou trois mille maisons de jeu qui infectent la capitale, et que je prie l'assemblée d'ajourner à jour fixe le rapport du comilé de législation sur cet objet. »
L'assemblée ajourna cette délibération au 15 décembre; mais la question fut complètement oubliée jusqu'à 19 février 1792, jour où l'officier nnmicipal Cliaron vint solliciter une loi de répression contre les jeux. Il cita l'exemple d'un domestique qui venait de tuer son maître, après avoir perdu au jeu un remboursement qu'il avait touché.
— A la séance du 10 décembre, un secrétaire donna lecture de la lettre suivante d'un citoyen de Paris.
«J'ai été hier à l'Abbaye, une voix plaintive s'est fait entendre; un prisonnier m'a chargé de mettre une lettre à la poste, en me disant qu'elle était adressée à son frère, pour lui demander des secours. Il a exigé que je fisse serment de m'acquitler avec fidélité de sa commission : je me rendis à ses prières, et lui promis de remettre la lettre à la poste. Mais le patriotisme dans un citoyen veille toujours. J'allais à la poste, un repentir m'arrêta: une force invincible me détermina à décacheter ladite lettre... » (11 s'élève un mouvement d'indignation. — On demande de toutes parts l'ordre du jour.)
M. Vergniaud. L'assemblée ne' peut délibérer sur le délit dont le particulier qui vous envoie la lettre s'est rendu coupable. Je demande qu'elle décrète sur-le-champ la suppression et le brûlement de la lettre.
M. Bazire. Le particulier peut être coupable ; il est un seul cas où il trouverait son crime lavé : c'est celui où il aurait sauvé sa patiie. Il fîiut examiner les faits que la lettre contient : j'en demande le renvoi au comité de surveillance.
M. Çambon. La lettre du prisonnier est sa propriété; elle doit lui être renvoyée.
M. Garran. L'assemblée ne doit point laisser passer cette affaire sans témoigner sa souveraine indignation contre cette violation de