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tout à fait, lorsque les querelles politiques dont nous avons parlé eurent éclaté entre les blancs et les hommes de couleur, et qu'on eutopéré le désarmement de ceux-ci. Le marronnage augmenta ; les montagnes se remplirent de nègres rebelles, et des hommes de couleur vinrent même se cacher parmi eux. Leurs chefs, dun autre côté, comptant le petit nombre des blancs, et se tenant pour assurés d'être appuyés par la nombreuse caste des hommes de couleur, préparèrent et réalisèrent, presqu'à coup sûr, la formidable insurrection de 1791.
A la première rumeur de ces désastres, les villes maritimes de France se signalèrent par des offres d'armes, d'hommes et de vaisseaux. On vit alors des armateurs, des négociants, de riches planteurs, proposer spontanément des sacrifices immenses. Ce zèle, trop évidemment intéressé, n'excita nullement la sympathie publique. On se rappela qu'on n'avait vu nulle part, sur les listes des dons patriotiques, les noms de ces hommes si empressés aujourd'hui. Mais les hommes politiques se préoccupèrent vivement de la question. Ils sentaient tout ce que la France avait à y conserver ou à y perdre. Le ministre avait déjà décidé l'envoi d'un corps de troupes de trois mille cinq cents hommes. L'assemblée législative appuya, par un décret, la décision du ministre, et régla l'usage, l'action et la formation de la force armée dans la colonie. On prit pour base le concordat suivant, qui prouve que les colons avaient compris, en face du danger, la nécessité de renoncer à leurs préjuges.
Concordat entre les citoyens blancs et les citoyens de couleur du Port-au-Prince.
« L'an 1791, le M septembre, les commissaires de la garde nationale des citoyens blancs du Port-au-Prince, d'une part, et les commissaires des citoyens de couleur, d'autre part, assemblés à l'eflet de délibérer sur les moyens d'opérer la réunion des citoyens blancs avec les citoyens de couleur, et d'arrêter les suites de l'insurrection ; il a été dit, de la part des citoyens de couleur, que, par I?s suites d'un préjugé ridicule, ils n'ont jamais joui qu'imparfaitement du bénéfice de la loi que l'ancien régime avait portée en leur laveur; qu'ils ont vu avec douleur que les citoyens blancs les sacrifiaient à leur injustice; que, ne pouvant plus supporter leur malheureuse existence, ils se sont réunis sur les montagnes, où ils ont pris les armes pour se préparer à une juste défense; qu'ils voient avec satisfaction le retour des citoyens blancs aux vrais principes de la justice et de l'égalité, et que le moyen de ne plus rompre l'alliance qu'ils se jurent, c'est de n'établir entre eux d'autre différence que
COLONIES. ^Ôl
celle du mérite. En conséquence, ils proposent les articles suivants aux citoyens blancs :
c( 1° Les citoyens blancs feront cause commune avec les citoyens de couleur, ils observeront sans restriction les lois rendues par l'assemblée nationale. Accepté.
« 2° Ils demandent la convocation des assemblées aux termes des décrets, et qu'il soit nommé parmi eux des députés qui auront voix délibéraliveet consultative. Accepté.
« 3*^ Que leur réunion et organisation présentes n'ayant eu pour objet que leur sûreté, ils demandent qu'on ne puisse accuser en aucun cas, pour raison de cette réunion et organisation, aucun des citoyens de couleur, et que les prisonniers, s'il y en a, soient mis en liberté. Accepté.
(( i" Que toute proscription cesse, que tout proscrit soit rap[»elé, qu'il soit pourvu à la réparation des dommages qu'ils ont pu éprouver; se réservant, les citoyens de couleur, de faire toute protestation contre les jugements prononcés par le conseil supérieur du Cap. Accepté.
« 5*^ La liberté de la presse sous la responsabilité établie par les décrets de l'assemblée nationale. Accepté. — Après quoi l'assemblée a accordé aux femmes des citoyens de couleur les mêmes droits qu'aux femmes des citoyens blancs, et a arrêté que copies de ce concordat seront envoyées à l'assemblée nationale, au roi et aux quatrevingt-trois départements; qu'en mémoire de celte heureuse réunion il sera chanté un Te Deum où les habitants de la paroisse de la Croixdes-Bouquets seront invités. Fait entre nous de bonne foi, les jour et an que dessus. »
Voici maintenant le décret, proposé par Brissot et amendé par Gensonné, que l'assemblée adopta :
« L'assemblée nationale, considérant que l'union entre les blancs et les hommes de couleur libres a contribué principalement à arrêter la révolte des nègres à Saint-Domingue ;
« Que cette union a donné lieu à divers accords entre les blancs et les hommes de couleur et à divers arrêtés pris à l'égard des hommes de couleur les 20 et 25 septembre dernier par l'assemblée coloniale séante au Cap ;
« Décrète que le roi sera invité à donner des ordres ahn que les forces nationales destinées pour Saint-Domingue ne puissent être employées que pour réprimer la révolte des noirs, sans qu'elles puissent agir directement ni indirectement pour protéger ou favoriser les atteintes qui pourraient être portées à l'état des hommes de cou-
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leur libres, tel qu'il a été lixé à SHint-Doniingue, à l'époque du mois
de septembre dernier. »
Ainsi que nous le verrons, ce décret ariiva trop tard.
A ce moment, le décret de la constituante du 24 septembre parvenait aux colonies, et rompait de nouveau la bonne liarmonie entre les blancs et les hommes de couleur.
Avignon. — A Tépoque où l'assemblée constituante discutait la réunion du Comtat venaissin à la France, les corps qui avaient assiégé Carpentras rentraient à Avignon. (Voir t. Y, p. 521.) Les soldats portaient écrit sur leurs chapeaux : Braves brigands de l'armée de Vaucluse. Ces mots indiquaient assez la disposition des esprits et pouvaient taire prévoir les scènes épouvantables dont cette malheureuse contrée allait prochainement être le théâtre. La dissidence qui existait entre les chefs de Tarmée et la municipalité d'Avignon ne pouvait tarder à éclater : les partis étaient en présence. Bientôt, en effet, des assemblées électorales ayant eu lieu, les chefs du parti de l'armée, dont les principaux étaient Jourdan, les frères Mainvielle, les frères Duprat, Mendoz, Lescuyer, Tournai, et d'autres, s'emparèrent de l'autorité municipale (21 août), moitié par force, moitié par l'appui de leurs partisans. S'il faut en croire leurs ennemis, des arrestations arbitraires, des vengeances individuelles, le gaspillage des deniers publics, le pillage des églises, n;arquèrent les débuts de leur administration.
Cependant on était peu instruit à Paris de ce qui se passait à Avignon. L'ancienne municipalité, qui faisait cause commune contre les chefs de l'armée avec les partisans du pape, était considérée comme représentant le parti aristocratique et feuillant, tandis que ses adversaires passaient pour patriotes. Ce ne fut que bien plus tard que les jacobins firent traduire Jourdan devant le tribunal révolutionnaire. L'abbé Mulot, l'un des commissaires envoyés dans le Comtat par la constituante, le même qui avait été si vivement attaqué par Maury dans les dernières discussions qui eurent lieu à ce sujet dans cette assemblée, l'abbé Mulot, devenu député à l'assemblée législative, était alors dénoncé par Rovère et accusé vivement par les jacobins. On lui imputait d'avoir favorisé en plusieurs circonstances les adversaires des patriotes, et notamment de s'être rais en opposition avec l'assemblée électorale, qui siégeait à Biturides et qui représentait toujours le gouvernement de l'État, le décret de réunion n'ayant pas encore été mis à exécution. Mulot se justifia longuement dans la séance du 19 novembre. Cette affaire occupa souvent et passsionna l'assemblée et les jacobins. Mais ces