‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 46 sur 88 · MASSACRE DE LA GLACIÈRE · texte numérisé non relu

MASSACRE DE LA GLACIÈRE

La municipalité n'indiquait pas quelles étaient ces mesures. L'assemblée n'en fut instruite que le 17 novembre.

Séance du 17 novembre. — M. le ministre de l'intérieur présente à l'assemblée une dépêche, du 10 novembre, des commissaires du roi chargés d'eflecluer la réunion du comtat d'Avignon à la France. -Les commissaires rendent compte d'abord de ce qu'ils ont fait à Carpentras. Avignon les attendait avec impatience; mais ils craignaient de nouveaux attentats et attendirent des troupes. Enfin ils firent leur entrée le 10, avec quatre bataillons d'infanterie, trois compagnies d'artillerie et cinq cents chevaux, et réinstallèrent les officiers municipaux chassés le 21 août par les chefs de l'armée. La dépêche continue ainsi :

« Cependant un crêpe funèbre couvrait la ville. Des fennnes, des enfants se jetaient à nos pieds et nous demandaient des parents, des époux arrachés de leurs bras par le parti dominant. Nous crûmes ([ue les personnes qui avaient été arrêtées le 16 existaient encore dans le palais. Nous espérions que ces prisonniers seraient restitués; mais ils avaient tous été égorgés par une barbarie dont il est impossible de se rendre aucune raison, si ce n'est que dans ces instants danarchie, les chefs avides de vengeance crurent devoir abandonner à leurs satellites des victimes. Le nombre des personnes assassinées est de cinquante ou soixante. Ce massacre n'est pas le seul forfait qui ait été connnis dans ces jours de crime ; le père tué sous les yeux de sa famille, la mère égorgée sur son fils, des femmes enceintes éventrées, tel est le tableau des forfaits du parti dominant. Toutes ces victimes ont été hachées et amoncelées dans une fosse très-profonde.

« Nous avons fait entrer les troupes dans le palais pour en faire la visite. Les soldats, dirigés par la curiosité ou par un bruit public, ont ouvert la porte de ce trou qu'on avait appelé Glacière; l'odeur pestilentielle et méphitique qui en est sortie a obligé de le fermer immédiatement. On aurait pu constater le nombre des morts par le nombre des têtes; mais cela eût été trop dangereux. La municipalité vient de nommer des commissaires pour faire la visite de cette fosse de destruction. Nous avons mis provisoirement en état d'arrestation toutes les personnes qui exerçaient quelque autorité à l'époque de ces crimes. MM. Mainvielle, Tournai, Jourdan et plusieurs autres personnes sont arrêtées. Le jeune Mainvielle a tiré un coup de pistolet sur Toflicier qui l'arrêtait; mais heureusement le coup a été sans effet... Jourdan a été arrêté à une lieue d'Avignon par un détachement de hussards. Plusieurs autres personnes ont été arrêtées.

256 (novembre 4791) assemblée législative.

parmi lesquelles se trouve le jeune Lescuyer, qui, à l'âge de seize ans, a tué sept personnes. Le peuple, malgré son désir de vengeance, a respecté la loi et bénit la main puissante de laquelle il attend justice. Il y avait au palais trente-cinq hommes, douze femmes, quatre officiers municipaux, madame Niel et son fils, en tout cinquanletrois personnes ; cinq ont été soustraites et sauvées par leurs amis; le reste a été massacré.

« Quant aux personnes tuées le 16 auprès de Téglise des Cordeliers et fusillées indistinctement par le détachement du palais, nous n'avons pu en constater le nombre, les cadavres ayant été jetés dans la rivière. Ce qui est constant, c'est que M. Lescuyer a été assassiné dans l'église des Cordeliers; que cet assassinat a été suivi d'une fusillade contre tous ceux qui étaient près de l'église ; que des gens armés, débandés'dans la ville, ont arrêté plus de cinquante personnes hommes ou femmes, qu'ils arrachaient du sein de leurs familles; qu'ils les ont conduites au palais; qu'ils les ont massacrées, mutilées et précipitées dans le trou qu'ils appellent Glacière; que le lendemain ils tuèrent encore deux personnes qui étaient restées dans les prisons ; qu'un grand nombre de vols ont accompagné ces crimes ; que le curé Noyon, âgé de soixante-dix-huit ans et regardé comme le père du peuple, à raison des aumônes qu'il faisait, et riche de luimême autant que par les effets dont il était dépositaire, a été égorgé et volé. Les églises ont été dépouillées ; on a enlevé jusqu'aux cloches. » Les commissaires terminent en rendant compte de diverses mesures qu'ils ont prises. La dépêche est signée Champion, Dal- BiGNAC et Lescène des Maisons.

Nous rendrons compte des discussions qui eurent lieu dans l'assemblée, à l'occasion de ces faits, au mois de mars 1792.

Chap. III. — État de l'opinion. — Inquiétudes sur les subsistances. — Démission de Bailly. — Élections départementales et municipales. — Élection de Pétion, Manuel et Danton. — Coup d'oeil sur Paris par Pétion.

Malgré les protestations qui, dans une partie de la presse et de la part de quel<iues sections, avaient accueilli l'apposition du veto aux décrets contre les émigrés et les prêtres réfractaires, le parti patriote était inquiet de l'état de l'opinion, et, comme il arrive toujours en France, il s'en prenait aux pouvoirs. « Plus l'assemblée rrationale s'avance dans la carrière, disaient les Révolutions de Paris, plus elle se montre inférieure à ce qu'elle devrait être. Toutes les séances se passent en clameurs, en oppositions ; le temps se consume, le peuple souffre, et l'assemblée plonge sans cesse entre

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