RAPPORT DE PÉTION. 2S
existe un bail par lequel rentrepreiieur n'est tenu, les jours d'illumination entière, que d'éclairer depuis la chute du jour jusquà trois heures du matin, et les jours de cessation, de n'allumer que de deux réverbères un; encore, ces jours-là, les réverbères des quais et des places publiques ne sont pas allumés.
<( Par un arrêté du 51 octobre dernier, le bureau municipal a décidé que les rues de Paris, jusqu'au 1" mars prochain, seraient éclairées par une demi-illumination, depuis les trois heures du matin jusqu'au jour. Cette dépense extraordinaire monte à 20,000 liv. « Les patrouilles sont rares, peu nombreuses; le service de la garde citoyenne se fait avec tiédeur, et ce grand moyen de surveillance s'est considérablement alîaibli. Le public s'en plaint : les citoyens-soldats dont l'ardeur ne s'est pas ralentie s'en plaignent euxmêmes, et je reçois des réclamations sans nombre.
« Ce refroidissement n'est que momentané, il tient à une cause fort simple : les officiers qui doivent composer la nouvelle garde nationale sont nommés, et cependant ils ne sont pas en activité, et cependant l'organisation n'est pas encore faite : ce sont les anciens officiers qui continuent à coumiandcr. Ceux d'entre eux qui ne sont pas réélus dans la nouvelle organisation, et dont les fonctions vont expirer, plusieurs, du moins, ne remplissent plus leur devdir avec le même zèle.
a Ajoutez à cela toutes les intrigues dont on n'a cessé, dont on ne cesse de faire usage pour dissoudre et anéantir la garde nationale.
t( On va incessamment établir les rapports qui doivent exister entre les gardes nationales et les régiments de ligue qu'on, a placés dans Paris. Je crains bien qu'on ait à se repentir d'avoir arraché du sein des gardes nationales, pour composer des régiments, ces ciloyens soldés qui en étaient l'ùme et la force, sans cependant pouvoir devenir nuisibles ni alarmer la liberté.
« Faire que ces deux corps, aujourd'hui très-distincts, se meuvent sur le même point sans se choquer, qu'ils ne rivalisent que pour le bien du service, qu'ils concourent au même but : le mainlien de l'ordre et de la tranquillité; qu'ils agissent avec unité dans l'exercice habituel et journalier de leurs devoirs, est un problème difficile à résoudre. Puisse-t-il l'être avantageusement! Puisse ce nouvel ordre de choses ne pas troubler le repos du magistrat, ne pas lui causer des embarras !
« 11 n'existe plus de feuilles qui indiquent, dans chaque poste, le nombre des patrouilles, Theure à laquelle elles sortent, l'heure à laquelle elles rentrent, ce qu'elles ont vu, ce qu'elles ont fait dans leurs rondes.
236 (décembre 1701) assemblée législative.
«Autrefois, ces feuilles se tenaieni avec exactitude; chaque jour on en faisait le relevé, et cliaque Jour le résultat était mis sous les yeux du maire et du commandant général de la garde nationale; de sorte qu<' le magistrat civil savait tous les matins ce qui s'était passé dans Paris, et il pouvait concerter avec le commandant général les mesures de prudence ou de précaution à prendre pour maintenir l'ordre et la tranquillité.
« Dans ces derniers temps, cet ordre de choses si utile, je dirai même si indispensable, a été tellement négligé, que le maire de Paris ne connaît les événements que longtemps après qu'ils sont arrivés; qu'il ne les connaît que d'une manière partielle; que l'officier militaire ne lui fait plus de rapport; qu'il ne lui donne plus aucune communication des dispositions qu'il fait.
« Dans les beaux jours de la liberté naissante, M. de Lafayette se rendait lui-môme tous les jours chez M. Bailly ; ensuite il y envoyait un aide de camp ; puis ces démarches sont devenues plus rares, et enfin on s'est abstenu de les faire.
« Je me suis vu forcé d'écrire, et de me plaindre de ce manque de service, de cette indépendance dans laquelle la force armée se mettait insensiblement de l'autorité civile. J'ai demandé qu'on rétabht l'usage et la règle des feuilles dans chaque poste; j'ai reçu de M. Gharton une réponse satisfaisante; mais je pense que, jusqu'à ce que l'organisation de la garde nationale ait un mouvement régulier, j'obtiendrai difficilement ce que je désire, et ce qui est d'une utilité si grande, d'une nécessité si absolue.
« Je ne parle pas des autres départements, qui n'ont pas fixé autant ma première attention, et sur lesquels le temps ne m'a pas encore permis de prendre des renseignements assez certains. Je ne pourrais pas donner l'état de leurs travaux. Tout ce que je sais, c'(ist que des circonstances impérieuses ont tellement embarrassé et ralenti la marche des affaires ordinaires, qu'elles se sont accumulées; qu'on ne peut pas suffire à leur expédition; que, malgré trois assemblées de bureau par semaine, et trois assemblées du corps municipal, on ne sera de quelque temps au courant.
« La position actuelle de la municipalité, sous le rapport de ses finances, lui donne des embarras de toute espèce, et la met dans la dure nécessité de ne pas pouvoir faire tout le bien qu'elle voudrait opérer.
« L'anéantissement de tous ses revenus, et la nouvelle manière de pourvoir, à ses dépenses, va devenir une source d'inquiétudes, de tourments et de dégoûts.
«. Un article très-important, et qui exigei'a des soins, des peines
et du travail, est celui de la compétence h régler entre le département et la municipalité. Il faut bien prendre garde que ces deuxcorps, qui se touchent, ne se heurtent et ne s'embarrassent dans leur marche. Le département de Paris ne ressemble pas aux autres départements du royaume; il est le seul où il n'existe point de district. Il faut bien cependant que les Jonctions de ces administrations intermédiaires soient remplies. Des entreprises ont pu se commettre , des confusions ont pu s'opérer, faute de s'entendre, et parce que la ligne de démarcation entre ces deux corps n'est pas assez clairement tracée.
« Mais la municipalité et le département, également animés des vues du bien public, pénétrés de la nécessité de vivre dans la meilleure intelligence, d'éviter toute espèce de rivalité, parviendront, j'espère, à s'entendre et à convenir d'un règlement sage, qui établira entre eux une paix solide et durable.
tt C'est dans celte position, et au milieu d'agitations de plus d'un genre, que j'entre dans la place à laquelle les citoyens de Paris m'ont élevé.
c( Cet exposé, quelque incomplet qu'il soit, sufht pour donner une idée de ce que j'ai à faire, de la tâche immense que j'ai à remplir...
« Je trace cette esquisse tellement à la hâte, que je n'ai le temps ni de la revoir, ni de la retoucher. Il y a sans doute des lacunes, des omissions : dans un autre moment je les remplirai, je les réparerai. J'espère que le public voudra bien avoir de l'indulgence, en faveur de l'intention. Signé, Pétion. ^)
Chap. IV. — Les clubs. — Les Feuillants, — Emeutes aux Feuillants. — Les .Tacobins. — C.amille Desmoulins sur la constitution. — L'almanach du père Gérard. — Drapeaux américains et anglais aux Jacobins.
La première affaire, touchant la politique, où Pétion fut appelé à agir en vertu de son nouveau tiire, concernait le club des feuillants. Le lecteur sait que cette société, qui formait comme le centi-e du parti constitutionnel, datait de la scission qui s'était opérée parmi les jacobins et dans le côté gauche de l'assemblée constituante, après l'afl'aire du champ de ^lars.
« Ce fut, dit Charles Lameth dans son Histoire de la constituante, ce fut une grande huilo de la part d'un certain nonibie de membres do cette assemblée d'avoir conçu l'idée d'étahlir un nouveau club politique^ lorstpie eux-mêmes avaient concouru à la loi qui les proscrivait. Ce fut l'ophiionque mes amis et moi nous soutînmes dans
2S8 (décembre 1791) assemblée législative.
une réunion d'une vingtaine de membres, qui eut lieu au moment où l'assemblée constituante terminait ses travaux. Nous représentâmes Tinconvenance de nous mettre comme individus en opposition avec l'opinion que nous avions manifestée comme législateurs, ajoutant que ce serait approuver la résistance coupable dont les jacobins donnaient l'exemple, et que d'ailleurs le nouveau club projeté serait loin d'obtenir jamais l'inlluence de celui des jacobins, composé d'Iiommes pleins d'activité et d'audace, qui n'avaient pour la plupart que peu de cliose à perdre et qui presque tous étaient excités par un vif désir d'acquérir (1) ; tandis que le club des feuillants se composerait dliommes riclies, par conséquent indolents et souvent timides, ennemis h la vérité des désordres, mais qui ne feraient rien pour s'y opposer; enfin, que l'opinion générale ne pourrait que réprouver une détermination qui n'olTraitque peu d'avantages, et présentait au contraire de nombreux dangers.
« Notre opinion eut beaucoup d'adversaires. Ils représentaient que l'esprit qui commençait à dominer dans l'assemblée législative devait faire craindre que les idées purement républicaines n'y prissent un grand développement, et qu'il était nécessaire de se réunir pour s'opposer à leur triompbe. Les ministres d'alors, quoique sincèrement dévoués au maintien de la constitution, espéraient aussi trouver, dans la nouvelle réunion, des moyens de comprimer la turbulence des jacobins. Les intérêts personnels se joignirent encore à ces inquiétudes patriotiques. La loi qui avait déclaré les constituants inbabiles à obtenir de l'avancement au cboix du roi, dans les différents services, ne les avait pas privés de la faculté d'obtenir des places conférées par les suffrages du peuple. Plusieurs membres aspiraient à celle de maire de Paris, entre autres D'André, qui, pour se concilier la conliance de la classe moyenne, dont se compose toujours la majorité des électeurs, avait acheté un magasin d'épiceries qui fut pillé quelque temps après. Cette intention engagea les députés à combatttre l'opinion que nous avions soutenue ; cela leur ayant obtenu la majorité, on convint de faire tous ses efforts pour attirer à soi toutes les personnes qui pouvaient exercer des influences de différents genres.
«En effet le club des feuillants était une réunion imposante d'illustrations civiques, de puissants fortunés, de talents remarquables;
(1) Ch. Lameth n'est ici ni poli ni juste envers ses adversaires ; son assertion a été démentie en partie, et il est étrange qu'il l'ait oublié. La plupart, des jacobins sont morts pauvres; quelques-uns, sans doute, ont fait leurs affaires dans la révolution, mais ce sont quelques-uns et non presque tous.
mais 11 lui manquail ce dont naturellement il devait être privé, de Tunité, de l'énergie et de cette constante fermeté sans lesquelles on est destiné à devenir victime des révolutions. L'autorité de rassemblée constituante ayant cessé d'exister, les passions se trouvèrent sans frein et se livrèrent à toute leur violence. Quelques jacobins, à la tête d'honnues de la populace, vinrent outrager les feuillants jusque dans le local où ils se réunissaient. La vie de plusieurs de leurs membres aurait été menacée sans l'honorable appui qu'ils reçurent d'un grand nombre de gardes nationaux ; mais la crainte qu'avaient inspirée ces attaques fut assez grande pour que les hommes riches et paisibles qui en faisaient partie s'empressassent de n'y plus paraître. Le club cessa ainsi d'exister, et les jacobins restèrent les maîtres du champ de bataille. » {Lametli, Hisi. de l'ass. const.)
Charles Lameth, l'auteur du passage que Ton vient de lire, était lui-même membre du club des feuillants. Néanmoins il a omis dans sa notice quelques détails importants que Ton trouvera dans le récit qui va suivre.
Le club des feuillants était considéré par les révolutionnaires comme le centre de la seule opposition redoutable qu'ils eussent à craindre dans l'assemblée et dans l'administration ; tout le monde disait qu'il était sous l'influence de Barnave, des Lameth, de Duport, (le Beaumetz, etc. Cependant, quoique le mot feuillant eût passé dans le langage politique pour désigner les constitutionnels amis de la cour, tant que les séances du club restèrent fermées au public, on ne s'en inquiéta point. On s'en occupait si peu, que l'on ignorait la piésence ;\ Paris de quelques constitutionnels très-actifs, a On assure, dit le Patriote français, que M. Barnave est à Paris, et qu'il assiste tous les soirs au coucher du roi. — il se forme des clubs monarchiques dans plusieurs quartiers. Celui de feuillants vient de ressusciter (1).» (50 novembre.) Mais dans le cours de décembre, la société jugea à propos d'avoir des tribunes, comme la législative elle-même, et de les ouvrir à tous venants.
« Les feuillants, disent les Annales patriotiques du 15 décembre, ont été enfin forcés de se soumettre au vœu du peuple : leurs séances seront publiques et leurs intentions seront connues ; ils ont inspiré «le la méfiance, parce qu'on les croit beaucoup plus amis de la cour
(1) Il paraît que Barnave menait une vie fort retirée, et quoiqu'il s'occupât beaucoup des affaires publiques, il évitait avec soin tout ce qui pouvait attirer l'attention sur lui. Il s'en fallait qu'il allât publiquement aux Tuileries. D'après ce que nous apprend à cet égard madame de Campan, toutes les entrevues qu'if eut avec le roi et la reine furent secrètes: madame de Campan se flatte ménaQ d'avoir été seule dans la confidence.
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et des ci-devant grands que de la déclaration des droits ol de Pégalité, bases de la constitution. Si leurs opinions et leur conduite " surtout viennent à démentir ces justes soupçons, tant mieuxj les patriotes se réjouiront d'avoir trouvé des frères là où ils craignaient de trouver Tintrigue et les chefs d'une faction accusée de vouloir ressusciter la noblesse, et de j)roriter de la guerre pour établir par une médiation année une seconde cliandjre législative, une chambre de nobles, un sénat à la Mounier. »
Le Patriote français du même jour renferme Tarticle suivant : Sur la tactique des feuillants. « Les ennemis de la liberté sont parvenus à ressusciter la société dos Feuillants, et à y attirer un grand nombre de membres de l'assemblée nationale. Cette société n'a pour objet que d'assurer au château des Tuileries un corps d'armée aux ordres des comités corrompus qui les dirigent. Quelques intrigants bien connus sont à la tête de ces feuillants ; ils trompent les pauvres d'esprit qu'ils y rassemblent, en leur faisant entendre que les jacobins veulent renverser la constitution, qu'ils veulent brûler tout, détruire tout. Le but de ces honnêtes gens est d'avoir l'air de commander un parti, pour se vendre plus sûrement au ministère, et en obtenir argent ou places. Ils disposent des élections aux assemblées nationales; ils donnent le mot du guet, et voilà pourquoi on a vu et on verra tant de feuillants présidents ou vice-présidents. Parmi eux il n'y a pas un homme de génie ni même de talent : c'est que le génie et le talent n'habitent point avec l'intrigue. Il faut blâmer le zèle maladroit de quelques jacobins ; mais il faut exécrer la perversité des intrigants feuillantins. »
Les premières personnes que la curiosité amena aux Feuillants furent naturellement leurs adversaires politiques. Aussi les séances furent-elles aussitôt troublées par le tapage des tribunes, et bientôt interrompues par un attroupement bruyant, qui envahit la partie même de la salle réservée aux membres du club et dispersa la réunion. Celte petite affaire amusa beaucoup les royalistes.
« La meute des jacobins, dit VAmi du Roi du 29 décembre, semble avoir quitté la piste des aristocrates pour se jeter à la poursuite d'im autre gibier : elle donne maintenant la chasse aux feuillants. On a remarqué que la haine des sectes rivales s'augmente eu raison de l'eltiracité et de la liaison qui devrait les réunir. Les partisans iVAbubeker et les sectateurs (ÏAli, quoique tous musulmans et adorateurs de Mahomet, se détestent cependant beaucoup plus entre eux qu'ils ne haïssent les chrétiens. Les jacobins et les feuillants militent sous les mêmes étendards de la liberté ; ils se disent tous également amis de la constitution ; ils ont tous à peu près la même
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dévotion pour le grand Mirabeau, qui est. le IMaliomet de ce nouvel \lcoran politique ; ils afficljent la même haine contre la noblesse et le clergé, la même horreur du despotisme; et cependant ils sont encore plus acharnés les uns contre les autres que Brissot contre les blancs et Fauchet contre les ministres. Les jacobins ne veulent pas même le nom et l'ombre d'un roi ; les feuillants voudraient au moins conserver un fantôme de royauté, pour être peloté ym' les orateurs démagogues et servir de plastron à l'assemblée nationale. Quoique les désordres qui affligent le royaume naissent évidemment d'un vice radical dans la constitution, quoique l'expéi'ience démontre chaque jour combien cette forme de gouvernement est absuide, impraticable, contraire à l'esprit et au caractère de tous les hommes, et surtout des Français, ils demandent l'observation stricte et rigoureuse de celte extravagance politique ; ils veulent réaliser une chimère; ce sont les puritains de la constitution, n'en déplaise aux grands hommes, aux ex-rois, aux héros de la révolution qui composent le nouveau club des feuillants : ils me paraissent moins raisonnables, moins conséquents que les jacobins, en faveur desquels on ne m'accusera pas d'être trop prévenu. C'est du moins ouvertement et franchement que les jacobins veulent abolir la royauté et détruire la monarchie. En affectant d'en respecter les titres, les fendants en dégradent en effet et en anéantissent la nature; ils gardent un roi pour s'en moquer : il vaut mieux n'en point avoir. Du reste, les principes des deux clubs tendent également à la licence et à l'anarchie ; ils sont également destructifs de toute saine politique, de tout bon gouvernement; ils sont également ennemis de la société et de l'humanité; et les feuillants ne se distinguent de leurs adversaires que par les contradictions grossières de leur système. Les jacobins, dont rétablissement a déjà une antiquité de trois ans, les jacobins, qui, depuis le commencement de la révolution, ont joui du privilège exclusif des insurrections, des pillages, des massacres et des incendies, qui sont en possession de vexer, de tyranniser, d'opprimer les honnêtes gens dans toute l'étendue du royaume, enorgueillis d'ailleurs par des intelligences qu'ils entretiennent dans le sein de l'assemblée et par l'influence qu'ils ont sur les décrets, n'ont, pu voir sans indignation se former dans le voisinage un nouvel ordre de patriotes, qui n'ont ni le même nom, ni la même règle, ni la même observance ; ils ont pressenti les suites funestes que pourrait avoir pour leur crédit et pour leiu^ autorité cette communauté naissante, qui menaçait de renverser toutes les jacobinières du royaume. De même que Rome, dès les premiers moments de sa fondation,, païuL annoncer la ruine de toutes les républiques de l'Italie, le des-
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sein a été pris dans le club dominateur (Vétoufler dès le berceau cette puissance ennemie. Ils se souvenaient avec quelle facilité ils avaient expulsé de son asile et entièrement exterminé la mallieureuse société des Amis de la constitution nymarchique, et persuadés que le même bonbeur couronnerait leur expédition contre les feuillants, ils sont venus fondre sur ces rebelles, qui, étourdis de ce choc imprévu, se sont dispersés, abandonnant aux jacobins le champ de bataille. Mais revenus d'une alarme si chaude, les vaincus se sont ralliés, ils ont repris courage, et implorant contre leurs ennemis la protection de la loi, ils ont placé à l'entrée de leur salle une garde capable de faire fuir tous les jacobins du royaume, lesquels ne sont pas à beaucoup près aussi braves que séditieux, et n'attaquent jamais que ceux qui ne se défendent pas. Le maire de Paris s'est fait beaucoup d'honneur en cette occasion. Nouveau Brutus, il a fait taire ses entrailles paternelles qui lui parlaient en faveur des jacobins, ses enfants, pour n'écouter que la justice et la loi; quant à la garde nationale, elle n'a eu aucune violence à se faire pour réprimer l'audace des jacobins, qui sont sérieusement brouillés avec elle depuis la fameuse journée du champ de Mars. »
A la suite des premiers tumultes, le député Ghéron, président des feuillants, écrivit en etîetau maire, pour lui demander l'autorisation de requérir un commissaire civil d'assister aux séances de la société. Cette lettre, datée du 21 décembre, porte que quelques brouillons paiiés très-vraisemblablement^ viennent les troubler. « Deux cent soixante-quatre députés, continue Chéron, et environ huit cent quatre-vingts autres citoyens qui ont prêté le serment civique et payé leurs impositions, composent, pour le présent, cette société dont tous les membres sont prêts à mourir pour la constitution. »
Pétion lui répondit le même jour : il espérait que les troubles ne se renouvelleraient pas, si tous les membres des feuillants étaient amis de la constitution, en prêchaient les maximes et en propageaient les principes. Il disait qu'il était impossible d'obliger un commissaire à assister aux séances de la société ; qu'il y en avait à peine un assez grand nombre pour le service des spectacles ; que s'il y avait du tumulte, la garde et le commissaire de la section s'empresseraient d'aller rétablir l'ordre. Telle est la substance de sa lettre.
Le 22, le commandant général de la garde parisienne, de Belair, prévint ternaire qu'il y avait eu, la veille, du tumulte chez les feuillants, et lui demanda des ordres en cas qu'il se renouvelât.
Le 23 au matin, Pétion répondit à de Belair qu'il valait mieux prévenir que réprimer. En conséquence, il l'autorisait à tenir à proxi-
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mité des forces nécessaires. En outre, Pétion écrivit au commissaire de la section qu'il serait prudent que le soir il assistât à la séance des feuillants.
Le lendemain 24, le commissaire de police envoya au maire le procès-verbal de ce qui s'était passé le 25 aux Feuillants. Il résulte de celle pièce que les citoyens des tribunes s'étaient plaints d'avoir été provoqués par un membre de la société, et de ce (jue plusieurs membres étaient armés et affectaient de provoquer en duel; qu'ils ont accusé les sociétaires de professer des principes anticonstitutionnels.
Le 2o, le conmiissaire écrivit à Pétion pour relever une circonstance qu'il avait oubliée dans le procès-verbal. « M'étant annoncé au nom de la loi, tous les citoyens rassemblés, soit dans les tribunes, soit dans l'intérieur de la salle, où ils s'étaient introduits quoique non sociétaires, ont manifesté leur respect pour la loi, en disant presque d'une voix unanime : Messieurs, chapeau bas.
« Signé, Prestat. »
Pétion écrivit, le 24, au commandant général et au commissaire de police, pour inviter l'un à prendre des mesures de prudence, afin d'éviter de nouveaux désordres, et l'autre à assister encore à la séance des feuillants. — Il n'y en eut cependant ni le 24, ni le 23.
Le 26, Gliéron informa le maire que rien ne pourrait lasser le patriotisme et le courage de ses co-sociétaires ; qu'ils se rassembleraient le soir à 6 beures, et que les séances continueraient d'être publiques tant que leur publicité serait jugée utile.
Réponse de Pétion (le 26, 9 heures du matin). « Monsieur, aussitôt la réception de votre lettre, j'ai donné des ordres pour prévenir les troubles (jue vous craignez. J'ai appris hier que beaucoup de membres de la société que vous présidez doivent se rendre armés au lieu des séances; que le public, instruit de ces dispositions, devait également se l'endre en armes tant dans les tribunes qu'à l'extérieur de la salle. Je crois l'un et l'autre bruit également faux ; mais s'ils étaient vrais, voyez combien cette position serait cruelle I Je frémis d'y penser. Il paraît qu'à la dernière séance le tunuillc a recommencé par la provocation d'un lieutenant des canonniers, qui, de rinlérieur de la salle, a nargué le public. Il parait que plusieuis sociétaires étaient armés, et que cela a beaucoup déplu ; je vois bien (|u'ensuite les spectateurs se sont portés à des excès répréhensibles. En grâce î qu'on évite jusqu'au moindre prétexte d'agitation, et je ne négligei-airien pour vous procurer paix et tranquillité. Secondez mes elïorts. Je vais vous parler avec toute franchise : il est parmi
ii6i (l)ÉCEMBUE J79J; ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.
VOUS un grand nombre d'amis de l'ordre et de la constitution; il en est aussi, je puis me tromper, mais je le pense, qui sont ennemis de cette constitution, qui ne veulent que du bruit, pour avoir occasion de se plaindre, qui ne désirent que du scandale, de l'éclat, pour paraître persécutés. »
Chéron lui répondit aussitôt : « Monsieur, j'ai frémi, en lisant votre réponse, du danger auquel des citoyens seraient exposés, si Ton ajoute loi aux bruits qui vous sont parvenus. Je puis répondre du patriotisme de mes collègues; je répondrais de tous, si Fexpérience n'apprenait trop malheureusement qu'il est des parjures comme il, est des parricides, et qu'il se glisse dos faux frères dans les sociétés tant soit peu nombreuses, quelles que soient d'ailleurs leur intimité et la pureté de leurs intentions. Mais, monsieur, je ne répondrais pas que, si la loi se montrait encore une fois insufiisante à protégei' notre liberté constitutionnelle, il n'arrivât quelque malheur. Ma conscience est pure, mes vues droites-, mon patriotisme ardent, mon courage inaltérable. S'il ne s'agissait que de moi, je m'immolerais à la constitution. Oportetunummori pro populo^ serait ma dernière devise. Mais ici j'exposerais mes collègues, que je ne puis prévenir assez à temps, quoique rien ne me donne le droit de mettre leur prudence en doute; j'exposerais mes concitoyens, et j'en frémis. Je prends donc sur moi, d'après l'avis de quelques-uns de mes collègues qui m'entourent en ce moment, de vous prier de vouloir bien donner des ordres pour que personne ne soit admis ce soir à notre société qu'en justifiant de sa carte de député ou de celle d'affilié. Il suffirait que vous nous permissiez de faire placer une sentinelle à la porte du couloir qui conduit à notre salle, et de lui en faire donner la consigne la plus expresse. Je vous prie aussi de faire donner des ordres pour qu'aucun attroupement ne puisse obstruer l'entrée de la salle.
f( Il est à désirer que vos ordres soient donnés avant 4 heures.
« C'est sous la protection de la loi que je remets, monsienr, la liberté de mes collègues et la mienne.
« Gomme nous ne voulons pas échapper à la pul)licité, toute.'i personnes adressées par vous, monsieui', seront admises. »>
11 reçut de Pétion le billet suivant :
« A l'instant, M. le commandant de la garde nafionale se rend chez vous; il va conférer sur les mesures prises pour prévenir toute espèce de trouble et de désordre. » [Mairie de Pétion, p. 51-4 i.)
Les mesures d'ordre prises pour assurer la séance des feuillants donnèrent lieu à une séance orageuse de rassemblée législative. Le
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lociil des t'cuillants iïiisail partie en elïet dos édilices miî^ à l'usage de l'assemblée.
Assemblée nationale. — Séance du 20 décembre au soir.— M. ***. J'annonce à l'assemblée qu'il y a du trouble aux Feuillants. Je demande qu'on y envoie des commissaires de la salle pour savoir ce qui s'y passe. (On murmure.)
M. Chéron. Je demande, moi, qu'on passe à Tordre du jour.
M, Manteau. Je prends la parole pour dénoncer un fait qui vient de m'arriver. En passant près des Feuillants, la sentinelle m'a demandé ma carte. J'ai montré celle de déiiuté. La sentinelle m'a dit que sa consigne ne lui permettait pas de laisser entrer avec cette carte, et qu'il fallait avoir celle de la société des feuillants. (On murmure.) Je demande si nous avons la police de notre enceinte ou si nous ne l'avons pas. Si nous l'avons, il est bien extraordinaire qu'on donne de telles consignes aux sentinelles.
M. *'*. lime semble que le membre qui a été arrêté aurait dîi se faire conduire par la sentinelle à l'oflicier qui a donné cette consigne. (On murnmre.)
On demande qu'il soit passé à Tordre du jour.
M. ***. Je fais la motion que le commandant du poste soit à Tinstant appelé à la barre, pour déclarer les raisons qui l'ont engagé à donner cette consigne.
Il s'élève des débats tumultueux, au milieu desquels on entend plusieurs voix réclamer Tordre du jour.
M. Ducos. Il est indécent de faire perdre dans une pareille scène une séance destinée à des objets très-importants.
M. Cambon. Je réclame Tordre du jour.
M. Maillot. Je demande que Tassemblée interdise à tous ses membres la faculté de s'assembler dans aucune société particulière. (On nmrmure.)
M. Daverhoult. Je suis étonné qu'on fasse une motion qui ne peut en aucune manière regarder rassemblée, car l'assemblée n'a rien à connaître dans la vie privée de chacun de ses membres.
M. Lacroix. Je m'étonne avec le préopinant qu'un membre ait pu proposer à Tassen.bléc de prononcer sur ce qui se passe hors de son sein. Je demande non-seulement que sur cette motion on passe à Tordre du jour, mais que celui qui Ta faite soit rappelé à Tordre. Cette proposition a été faite pour donner le change sur un délit commis par un membre de cette assemblée, président de la société des feuillants ^les tribunes applaudissent avec transport) : c'est lui qui a me. Je demande queTofOcier de garde soit mandé