‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 54 sur 88 · JACOBINS · texte numérisé non relu

JACOBINS

Le Journal de Paris du 31 décpiribre commente ainsi la lettre de Pétion à l'assemblée nationale. « M. le maire de Paris, dans sa lettre sur le tumulte des Feuillants, dit que sa position le plaçait entre Topinion du peuple et la loi. Est-il possible que M. Pélion, qui doit connaître et estimer le peuple de Paris, le reconnaisse dans une viii;^taine d'iionnnes grossiers et de jeunes écervelés, évidemment ameutés pom* venir troubler et insulter une société qui déplaît à une autre! Et si M. Pétion se trouvait jamais placé entre le peuple et la loi, balancerait-il un moment à se ranger du côté de la loi?

(( L'auteur d'une feuille où l'on trouve souvent beaucoup de traits ingénus et piquants, s'élève contre la partialité que montra par cette phrase un magistrat dont le premier caractère doit être t impartialité la plus sévère. « Les cordéliers importunaient souvent Sixte-Quint par des sollicitations intéressées; il leur répondit un jour : Mes pères, que vos demandes soient justes, et je me souviendrai que j'ai été cordelier. » De grâce, monsieur le maire, traitez les jacobins comme Sixte-Quint traitait les cordéliers, et tout ira bien. »

Pendant que les feuillants subissaient ainsi une espèce de persécution et que le maire de Paris, oubliant qu'il avait été leur adversaire décidé, montrait, quoi qu'en disent ses adversaires, n ne suffisante impartialité, les jacobins poursuivaient paisiblement le cours de leurs séances. Ils eurent successivement pour présidents, de quinze en quinze jours, dans le cours d'octobre, novembre et décembre, Brissot, F'aucliet, Condorcet, Coutlion, Isnard, Grangeneuve. Sauf la correspondance, les occupations du club continuent d'offrir une sorte de répétition de celles de la législative. Seulement, il n'y a point d'orages, parce que tout le monde est a peu près d'accord, et que les orateurs y sont du même parti.

Il n'y eut, dans la période où nous sommes, qu'un discours remarqnable. Desmoulins, n'ayant plus de journal, parlait aux Jacobins. Le 21 octobre, il lut un véritable article de journal, où il exprimait assez exactement toutes les défiances du parti révolutionnaire. Cet écrit fut imprimé et mis en vente comme cela se pratiquait alors pour la plupart des discours. Il n'avait pas cependant reçu l'approbation de tout le monde, même aux Jacobins. Le Journal des Débats des Amis de la Constitution dit que le discours de Camille Desmoulins fut interrompu par les applaudissements réitérés des tribunes, d'une partie de l'assemblée, et par les signes les moins équivoques de désapprobation d'une autre portion de la société. Ce même journal, n" LXXXI, en cite deux morceaux détachés, que voici :

M. Pesmoulins, « En mhw temps que comme citoyen j'adhère à

ceiie constitution, comme citoyen libre de manifester mon opinion et qui n'ai point renoncé à l'usage du sens commun, à la fticulté de comparer les objets, je dis que cetle constitution est inconstitutionnelle, et je me moque du secrétaire Cérutti, ce législateur PanglosSy qui propose gravement de la déclarer par arrêt ou par un décret la meilleure constitution possible ; eulin comme politique, je ne crains point d'en assigner le terme prochain. Je pense qu'elle est composée d'éléments si destructeurs Tun de l'autre, qu'on peut la comparer à une montagne de glace qui serait assise sur le cratère d'un volcan. C'est une nécessité que le brasier fasse fondre et se dissiper en fumée les glaces, ou que les glaces éteignent le brasier. Ce n'est point là protester contre la constitution ; je me soumets à nrembarquer sur le fameux vaisseau construit par les Chapelier, Dandré et compagnie; mais quelle liberté reste-t-il aux passagers s'ils ne peuvent vous faire remarquer à vous, messieurs, qui en êtes aujourd'hui les pilotes, qu'il fait eau de toutes parts, alin que s'il vous est défendu de le calfeutrer, vous puissiez du mohis tenir prête la chaloupe pour le moment du naufrage. »

Dans le second morceau, Desmoulins se suppose conspirateur, et il dit :

« Jusque-là nous n'avons encore que la minorité ; mais voyez ici, je ne dis pas la profondeur de mon génie qui invente, mais la stupidité de cette nation qui me laisse faire. Les nobles ont encore tous les commandements, toutes les grandes places, et je n'élève que d'autres nobles à celles qui ont été abandonnées. Au lieu de mettre la royauté en séquestre, jusqu'à l'achèvement de la constitution, je laisse le roi disposer encore du trésor; j'accorde au ministre tous les mois 20 et 50 millions, et je décrète une contribution patriotique qui s'élève à des sommes immenses. Le pouvoir exécutif ne perd point de temps, car avec son or il corrompra, et avec la corruption il aura de l'or; il sème de tous les côtés l'argent, surtout les promesses. Bientôt pour le mettre en état de tenir ses promesses infinies, c'est une émulation dans le corps législatif à qui fera du roi la source de toutes les grâces. Bientôt je proclame Louis XVI le pouvoir exécutif suprême, le législateur suprême, qui a le veto, le juge suprême au nom de qui se rendront tous les jugements; le chef suprême de l'armée et des gardes nationales, et jusqu'à l'archiviste suprême ; et pour soutenir le rang de toutes ces suprématies, je lui donne 50 à 40 millions de revenus, tandis que l'entretien du corps législatif tout entier ne va pas à 7 millions. Par cette seule mesure, j'efface le corps législatif devant le pouvoir exécutif; car aux yeux du vulgaire celui-là vaut un million à qui l'on doime im million.

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