LA QUESTION DK LA GUERRE AUX JACOBINS
bre des ennemis du dedans, la cour et les agenis du pouvoir exécutif? Je ne puis point résoudre celte question; mais j'observerai que les ennemis du dehors, les rebelles français, et ceux qui pourraient être comptés parmi ceux qui veulent les soutenir, prétendent qu'ils ne sont les défenseurs que de la cour de France et de la noblesse française.
« Je voudrais examiner un peu ce qui s'est passé jusqu'ici, depuis le ministre qui a voulu anéantir l'assemblée nationale jusqu'au dernier de ses successeurs. Voyez ce tissu de prévarications et de perfidie; voyez la violence, la ruse et la sédition employées tour à tour. Des actes de trahison formelle suivis de proclamations mensongères destinées à la déguiser mieux. Voyez la conduite de la cour et du ministère... et quand bien même vous pardonneriez à ceux qui ont goûté du despotisme, de ne pouvoir s'accommoder de l'égalité, parce qu'ils se croient au-dessus de la nature humaine; quand même vous croiriez à la conversion des ministres, examinez ce qui s'est passé jusqu'ici, et décidez cette question : Peut-on craindre de trouver des ennemis du dedans contre la révolution française, et de trouver parmi ces ennemis la cour et les agents du pouvoir exécutif? Si vous me répondez affirmativement, je vous dirai : A qui confieriez-vous la conduite de cette guerre? aux agents du pouvoir exécutif? Vous abandonnerez donc la sûreté de l'empire à ceux qui veulent vous perdre. De là résulte que ce que nous avons le plus à^ craindre, c'est la guerre. La guerre est le plus grand fléau qui puisse menacer la liberté dans les circonstances où nous nous trouvons. Je sais qu'il y a des inconvénients dans les deux systèmes, soit que nous attaquions ou non, dans le cas où nous aurions la guerre; mais si nous considérons quels sont les véritables motifs de la guerre, si nous nous approchons des véritables intentions de nos ennemis, nous verrons que le seul parti à prendre est d'attendre. Dans le cas où elle aurait lieu d'abord, je ne me persuade pas que nous puissions présumer dans aucune hypothèse que les puissances de l'Europe s'uniront pour nous faire une guerre sanglante. Ce n'est point une guerre allumée par l'inimitié des peuples, c'est une guerre concertée avec les ennemis de notre révolution, et c'est sous ce point de vue qu'il faut examiner quels sont leurs desseins probables. Quel usage veut-on faire de ces puissances, de ces forces étrangères dont on nous menace? On veut nous amener à une transaction qui procure à la cour une plus grande extension de pouvoir, on veut surtout rétablir la noblesse ; et dès qu'on aura obtenu ces points, quand ils seront arrivés à leur but, la guerre arrivera. Pour obtenir cette capitulation, il ne sera peut-être pas même
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nécessaire de faire la guerre. On croit qu'en nous intimidant, quen tentant une attaque, on nous décidera, et on ne déploiera de puissauce réelle contre nous, qu'autant que cela sera nécessaire pour nous amener à capituler. Kapprocliez ces idées que j'ai entendues prononcer, dans le cours malheureux de l'assemblée constituante, par ces coupables intrigants, qui en ont été le fardeau; rapprochez cette idée de la conduite actuelle. Il y a des rebelles à punir; les représentants de la nation les ont frappés : le veto est apposé à leurs décrets, et au lieu de la punition qu'ils ont lancée contre les rebelles, que vient-on leur proposer? une déclaration de guerre ; au lieu tF un décret sage, on veut engager une guerre simulée, qui puisse donner lieu à une capitulation. Si les rebelles dissipés sont anéantis dans l'oubli, tous les complots sont avortés. Mais une guerre donne lieu à des terreurs, à des dangers, à des efforts réciproques, à des trahisons, enfin à des pertes. Le peuple se lasse. Est-il nécessaire, dira-t-on alors, d'exposer les trésors publics pour de vains titres? En serons-nous plus malheureux parce qu'il y aura des comtes, des marquis, etc.? On se rappioche, on calomnie l'assemblée nationale, si elle est sévère; on lui attribue les malheurs de la guerre. On capitule enfin.
« Voilà, si je ne me trompe, les vues de l'intrigue ministérielle. Voilà le véritable nœud de cette intrigue, qui nous perdra, si nous nous environnons de ces terreurs; si nous donnons une consistance aussi funeste que ridicule à ces factieux, qui ne méritent que le mépris de la nation, et qui n'auraient pas dû fixer deux jours son attention. Je suis si convaincu par les plus simples réflexions que le bon sens suggère à ceux qui sont instruits des intrigues de la cour, que je crois être aussi sûr de ne pas me tromper que si j'étais membre du club de Richelieu, de l'hôtel Marsillac et de tous les cabinets conspirateurs. « (Ici le discours est interrompu ; le journal en promet la suite, et ne la donne pas.)
Séance du 16 décembre. — M. Brissot. « La question soumise à l'examen est de savoir si on doit attaquer les princes allemands qui soutiennent les émigrants, ou s'il faut attendre leur invasion. Celte question ne paraissait pas d'abord devoir entraîner parmi les patriotes une diversité d'opinion, et cependant il en existe une. Les esprits sont armés de préventions, jle préjugés; nous voulons arriver à la vérité; nous devons les bannir; nous devons examiner dans le calme les opinions de l'un et de l'autre parti ; nous avons à nous défendre de tout système et à ouvrir les yeux, car autrement on n'agit qu'en aveugle. Défiez-vous de la vue des hommes
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dont le zèle vacillant a laiilot soutenu, tantôt abandonné la cause du patriotisme. Mais gardez-vous d'inculper par des soupçons les ennemis du despotisme. J'ai reproché au ministre de la guerre d'avoir élevé d'injustes préventions contre les patriotes qui voulaient combattre la proposition de la guerre, et je viens ici défendre non toutes les propositions du ministre, je les crois trop étendues; mais je viens détendre la proposition de la guerre contre les petits princes allemands.
« J'ai médité depuis six mois, et même depuis la révolution, le parti que je vais soutenir. Une magie bien adroite de nos adveisaires ne me le fera point abandonner. C'est par la force des raisonnements et des faits que je me suis persuadé qu'un peuple qui a conquis la liberté après dix siècles d'esclavage avait besoin de la guerre. H faut la guerre pour la consolider, il la faut pour la purger des vices du despotisme, il la faut pour faire disparaître de son sein les hommes qui pourraient la corrompre. Bénissez le ciel des soins qu'il on a pris, et de ce qu'il vous a donné le temps d'asseoir votre constitution. Vous avez à châtier des rebelles, vous en avez la force ; prenez-en donc la résolution. J'aime à rendre hommage aux intentions droites et patriotiques de ceux qui soutiennent ici un système contraire; mais je les conjure d'examiner mes arguments et de les réfuter. Si je me suis trompé, je défendrai leur opinion, je la défendrai à l'assemblée nationale ; mais s'ils se sont égarés, je prends l'engagement de détruire jusqu'à la dernière de leurs objections. Tous les députés qui sont ici doivent avoir un même sentiment; quel malheur si nous étions divisés d'opinion sur cet objet qui doit décider du bonheur de la France ! Depuis deux ans la France a épuisé tous les moyens pacifiques pour ramener les rebelles dans son sein ; toutes les tentatives, toutes les réquisitions ont été infructueuses; ils persistent dans leur révolte ; les princes étrangers persistent à les soutenir; peut-on balancer de les attaquer? notre honneur, notre crédit public, la nécessité de moraliser et de consolider notre révolution, tout nous en fait la lui; caria P'rancene serait-elle pas déshonorée si, la constitution étant achevée, elle tolérait une poignée de factieux qui insultât à ses autorités constituées? ne seraitelle pas déshonorée si elle souffrait des outrages qu'un despote n'aurait pu souffrir pendant quinze jours? Un Louis XIV déclara la guerre à l'Espagne, parce que son ambassadeur avait été insulté par celui d'Espagne; et nous qui sommes libres, nous balancerions un instant!
« Que voulez-vous qu'ils en pensent? que nous sommes dans l'impuissance d'agir envers les puissances étrangères, ou que les rebelles