‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 64 sur 88 · LA QUESTION DE LA GUERRE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA GUERRE AUX JACOBINS

r.iiirons cello guerre, mais nous avons le droit de scruter la conduile des agents qui seront employés. Il existe deux factions: Tune qui lient à tous les préjugés de Tancienne barbarie; ce sont ces mêmes hommes qui, en voulant figurer au commencement de la révululion, ont fait confédération entre les Saint-Priest, les Breteuil, les aristocrates de l'Europe. Ceux-là veulent la contre-révolution absolue.

a Examinons maintenant quel est Tautre parti à redouter. Cette faction est la plus dangereuse; c'est celle de ces hommes qui n'ont pas déguisé leur opinion, que j'ai accusés dans cette assemblée face ii face, qui ont dit que l'on pouvait faire rétrograder la révolution, que Ton pouvait reproduire un système équivalent à celui de .M. Mounier.

« Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient, comme je l'ai déjà dit, nous doimer la constitution anglaise, dans l'espérance de nous donner bientôt le gouvernement de Constanlinople. .le veux que nous ayons la guerre, elle est indispensable; nous devons avoir la guerre; mais il fallait avant tout épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner. Comment se fait-il que ces mêmes ministres n'aient pas senti qu'ils sont plus que suspects, quand ils viennent nous dire que le moyen de rendre à la France sa préponth'rance dans l'Europe, c'est une déclaration de guerre? Et que poiurait dire ce pouvoir exécutif qui reproclie à l'assemblée nationale de ne pas seconder ses intentions, quand il aurait dû faire luimême disperser les forces des émigrants? Quand j'ai dit que je m'opjtosais à la guerre^ j'ai voulu dire que l'assemblée nationale, avant de s'engager par cette démarche, doit faire connaître au roi qu'il doit déployer tout le pouvoir que la nation lui a confié, contre ces mêmes individus dont il a disculpé les projets, et qu'il dit n'avoir élé entraînés hors du royaume que par les divisions d'opinion. »

Séance c?w 19 décembre. — M. Billaiid-Varennes. a Ce n'est pas contre la nécessité cruelle d'une guerre inévitable que je viens m'élever. Quand on s'applaudissait, en i789, en disant que jamais une révolution n'avait coûté aussi peu de sang, j'ai toujours répondu qu'un peuple qui brisait le joug de la tyrannie, ne pouvait sceller irrévocablement sa liberté qu'en traçant l'acte qui la consacre avec la i)ointe des baïonnettes. Mais au moins c'est dans le sein de ses ennemis qu'il faut les plonger : c'est pour s'en débarrasser à jamais, qu'on doit se décider à les rechercher pour les combattre. C'est donc en prenant toutes les précautions propres à assurer la victoire, que

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riionneur luilioiial, que la sùrelé du [h^hiIc, vculcnl, qu'on ombouolie la trompette martiale; car il n'est de triomphe à espérer, qu'autant que le soldat, plein de confiance, marche (ièrement à reunemi, tandis que ce dernier, frappé de terreur ù son a)>proclie imposante, revient à moitié vaincu avant la première décharge.

« Cependant, messieurs, il serait difficile sans doute, en portant un cœur embrasé du feu sacré de la liberté et de la patrie, de se défendre d'un violent mouvement de suspicion, lorsqu'on voit le pouvoir exécutif venir brusquement proposer à l'assemblée nationale une déclaration de guerre aux princes d'Allemagne pour le 15 janvier prochain, à une époque où le pays qui en doit être le théâtre est impraticable, et dans un temps où notre armée est sans officiers, les régiments incomplets, les gardes nationales sans équipement pour la plupart, nos villes frontières sans munitions de guerre, et nos places fortes ouvertes à l'ennemi, par un défaut de garnison, ou suffisante, ou sûre. A-t-on jamais plus formellement mis en évidence un plan de contre-révolution, dont assurément l'exécution deviendrait aussi facile que le succès en serait certain ?

C'est pourtant, messieurs, dans une position si pénible, si inquiétante, si dangereuse, qu'il se trouve des hommes, se disant patriotes, et (jui prêchent, à mon grand étonnement, une circonspection trompeuse et apathique ; des hommes qui veulent nous inspirer une confiance sans bornes, une sécurité qui n'a déjà que trop nui à la cause du peuple;, des hommes qui prétendent que de vaines considérations doivent l'emporter sur la prudence, et qui, pour nous le persuader, substituent des saillies brillantes à des raisonnements solides, et des espérances vagues à des preuves.

« Non, messieurs, ce n'est pas le moment de s'abaisser à de lâches condescendances, de garder de perfides ménagements, quand la libei'té est menacée, quand la patrie est en danger, quand le salut de la nation, qui est la loi suprême, se trouve imminemment exposé. Cai' vous y touchez à la fin, après tant d'oscillations et d'incertitudes, à cet instant redoutable où la détermination que l'assemblée nationale doit prendre va décider si nous serons définitivement libres, ou s'il faut redevenir esclaves pour toujours; si, en un mot, oubliant 1(! serment que nous avons fait d'employer tous les etïorts moraux et physiques à la défense de notre liberté, nous n'opposerons à nos ennemis qu'une armée dénuée de tout, et commandée par des chefs non moins indignes de la confiance du soldat que de l'estime de la nation ; qu'une armée qui, pareille à ces légions innombriibles de Péruviens, ne sachant suivre aucune tactique et n'ayant que des llèt'hes contre la foudre de l'artillerie espagnole, a permis ù une poi-

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