‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 65 sur 88 · LA QUESTION DE LA GURIUIE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA GURIUIE AUX JACOBINS

fînpo (l'iioiiimes don égorger des millions! Je le demande, messieurs, esl-ee [h le moment où l'on doil; hésiter de dire la vérité (jnelle qu'elle soit, de mettre an grand jour les manœuvres des malveillants, de les montrer aussi fourbes, aussi odieux qu'ils peuvent l'être? Si tout le monde se tait, si le vrai patriote marchande avec le zèle, si un excès de pusillanimité peut, dans cette circonstance critique, étoutîer sa conscience, qui léveillcra le corps de la nation, languissamment endoimi dans les bras de l'inertie quand sa tête l>araît sommeiller? Que toute la France soit avertie dans un temps utile, qu'elle soit frappée de terreur, en apprenant, en constatant les dangers qui l'environnent! qu'elle recule d'effroi à l'aspect de l'abîme qu'on veut entr' ouvrir sous ses pas ! qu'enfin elle reconnaisse <|ue, pour s'y soustraire, il n'est pas un instant à perdre, et que le seul moyen d'en réchapper est de s'occuper sans délai à se mettre sur la défensive, et à se pourvoir elle-même d'armes et de munitions nécessaires, puisque depuis deux ans entiers que des ministres, notoirement ennemis de son salut, sont chargés de lui en fournir, elle est encore sans en avoir.

« Certes, messieurs, Gicéron ne passa jamais, ni parmi ses contemporains, ni aux yeux de la postérité, pour ce que les ministériels contre-révolutionnaires et les modérés hermaphrodites appellent une tMe chaude. On sait même que Brutus et Cassius ne lui crurent pas assez d'énergie pour l'inscrire sur la liste des vengeurs de la liberté. Cependant la mâle éloquence de ce philosophe tonna contre la conspiration encore méconnue du traître Catilina; et si le consul n'eût pas éclaté dans ce moment décisif, Rome eût été mise aux fers dixhuit ans plus tôt.

ce Dès le jour même que le roi est allé à l'assemblée nationale, on s'est empressé de venir vous persuader que son discours exprimait les sentiments les plus dignes de la confiance publique. Mais depuis le commencement de la révolution, Louis XVI n'a fait en ce genre (jue des chefs-d'œuvre d'admiration. Rappelez-vous seulement celui dont les phrases les plus saillantes furent exposées par l'académicien Bailly, qui s'y connaît sans doute, dans une belle illnmin;itioii en couleur sur la façade de l'hôtel de ville ! Cependant, à peu [)rès à la même époque, on essayait le connuencement d'une contre-révolution, sous les ordres du ministre Latour-du-Pin, en égorgeant à Nancy les meilleurs patriotes, et en opposant avec tant de scélératesse les citoyens armés aux troupes de ligne. Cependant, depuis ce beau discours, la loi martiale a été réclamée au nom du pouvoir exécutif, pour lui faciUter, disciit-on, une promenade à Saint- Cloud. Cependant ce discours a été suivi, et de la fuite du mois de

318 (décembre 1791) ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

juin, ot de la protestation explicative, qui fort heureusement n'a pas permis de faire prendre le change au peuple sur cet événement.

« On nous invite à la confiance pour donner, dit-on, plus de force aux moyens d'exécution. Mais que ceux qui veulent obtenir cette confiance sachent donc au moins la mériter. Le ministre de la guerre a dit à l'assemblée nationale qu'on ne défendait pas la liberté avec de simples discours. Eh ! à quoi doit-on s'en prendre, si nous ne sommes pas aujourd'hui à l'abri de toute atteinte? quand ses prédécesseurs ont constamment laissé nos frontières dégarnies de forces suffisantes; quand, dans les villes les plus exposées, ils n'ont placé que des troupes étrangères, ou dont le civisme était le plus suspect ; quand ils ont fait fabriquer hors du royaume des fusils qui n'arrivent point, pour que, sans doute, il nous soit impossible d'en trouver sous notre main dans l'occasion ; quand ils ont négligé d'armer et d'équiper un si grand nombre de gardes nationales dévouées à la défense de la liberté ; de quel front, l'agent qui remplace de pareils traîtres, ose-t-il rappeler à l'assemblée nationale qu'on ne maintient pas celte liberté avec des mots? et c'est encore après des faits aussi positifs, après une succession de perfidies aussi évidentes, que ces i^^ens-là se plaignent qu'on entoure toutes leurs démarches de défiances ! qu'ils ont l'impudence d'élever la voix pour accuser ceux ([ui réclameraient contre une déclaration de guerre, faite lorsque, loin d'être en état d'attaquer, c'est tout au plus si le courage invincible qu'inspire l'amour de la liberté nous permettrait de repousser une provocation de nos ennemis !

« Au rapport de ce ministre, cent cinquante mille hommes doivent être assemblés avant un mois sur les frontières. Il est bien temps, lorsqu'il s'est déjà écoulé près d'une année depuis que l'assemblée constituante a ordonné la formation de cette armée ! Quoi qu'il en soit, que feront ces cent cinquante mille hommes, si la plupart sont sans armes, si les munitions de guerre manquent, si les canons, si les boulets qu'on aura ne sont pas de calibre? Et cependant, quand tel est l'état actuel des choses, sera-ce dans un mois, et surtout au cœur de l'hiver, où les transports deviennent plus difficiles, que le ministère pourra réparer une négligence de deux ans consécutifs?

<( Le ministre de la guerre nous apprend, j'ignore, messieurs, si c'est dans l'intention de nous mieux rassurer, qu'il part pour aller parler aux officiers et aux soldats de l'armée, et pour inspirer l'amour de la discipline aux braves gardes nationaux. Eh ! si nos frères d'armes ont un tort aux yeux de ses pareils, n'est-ce pas d'à* voir constamment persévéré dans leur noble résolution, en dépit

Page 1