‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 66 sur 88 · LA QUESTION DE LA GUERRE AUX JACOBINS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE LA GUERRE AUX JACOBINS

tles dégoûts et des fatigues dont on les a harcelés, afin de les révolter et de les faire déserter, s'il eût été possible? Et puis quel besoin des Français, qui veulent être libres, ont-ils de la présence et des discours d'un ministre pour être enflammés de la gloire, et jjour savoir vaincre ou mourir? Au reste, supposerait-on même cet encouragement nécessaire, est-ce par la bouclie d'un ministre, d'un de ces hommes qui, fussent-ils vertueux avant d'arriver à ce poste, paiaissent pervertis huit jours après, que les peuples seront jamais instruits à repousser les efl'orts du despotisme, dont tout agent du pouvoir est naturellement le cyclope? Les tours de la Bastille selaient-elles renversées, si l'on eût attendu, pour les bombarder, les conseils d'un Barentin, de ce teneur de lits de justice en présence d'une assemblée nationale, ou d'un Breteuil, qui prétendait soumettre Paris en y employant pour quinze francs de corde.

(( Au surplus, messieurs, quel langage le ministre de la guerre doit-il tenir à notre armée? Il nous prévient lui-même qu'il lui dira que le mot de trahison n'est d'aucun langage. En ce cas, pourquoi, comment sait-il l'articuler? Mais, fût-il vrai (|u'auciin idiome neût admis cette expression, il est certain que la conduite de ses collègues, dès le connnencement de la révolution, nous eût forcés de créer ce mot, pour peindre d'un seul trait leur caractère. Au surplus, j'interpellerai ici ce ministre, pour lui demander à quel propos il ira parler de trahison à nos frères d'armes, quand surtout il prétend avoir besoin de forger cette expression exprès pour la circonstance. Est-ce avec des termes inconnus et insignifiants qu'on éclaire les hommes sur leurs devoirs? Mais que dis-je! le mot est très-énergique; et si le ministre feint de ne le pas connaître, c'est vraisemblablement pour qu'il paraisse autorisé à rendre plus frappante, par un commentaire, l'idée qu'il trace à l'imagination; car je vous l'avoue, messieurs, l'intention du ministre de la guerre me paraît parfaitement prononcée dans le passage du discours que j'analyse, et je désire que tout le monde puisse l'entendre aussi clairement que moi.

« Ce ministre nous prévient également qu'il doit parler aux officiers et aux soldats au nom de leur intérêt. Mais l'intérêt des ol'ficiers particulièrement n'est-il pas une contre-révolution complète, alors que ces ennemis-nés de l'égalité et de la liberté sont encore, malgré leurs menaces et leurs parjures, les commandants de nos cohortes? Mais ne peut-on pas chercher à tenter le soldat par l'intérêt de cpielques gratifications, ainsi que le pouvoir exécutif vient de l'essayer auprès du régiment de la Reine dragons, .'l qui la liste civile a lait distribuer de bcinv smloiils neufs, pour

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engnger co corps ù obéir aveugléinont aux ordres de son digne colonel, M. Gouy-d'Arcy?... »

Sêamr du 30 décembre. — M, Brissol lit un très-long discours, qui est fréquemment interrompu par des applaudissements, sur la nécessité de la guerre d'attaque; il le termine par une exhortation aux vrais patriotes de se soumettre à la loi et de ne jamais se permettre d'attaquer en lien la constitution.

Cette exhortation paraît à MM. Robespierre et Danton une critique et une inculpation faite aux orateurs et écrivains de la société, à cause de Pespèce d'affectation qui leur paraît y être. Ils s'élèvent pour demander le changement de ce passage dans l'impression que l'on arrête du discours. La plus vive chaleur se répand dans toute la société pendant cette discussion, au milieu de laquelle M. Brissot, rendant le plus éclatant témoignage à l'attachement de la société et de M. Robespierre pour la constitution, s'engage à rédiger la fin de son discours de manière à ce qu'elle ne laisse aucun doute sur ses intentions.

Séance chi 2 janvier. — Robespierre prend la parole pour réfuter Brissot. Voici les principaux passages de son discours :

M. Robespierre. « Les plus grandes questions qui agitent les hommes ont souvent pour base un malentendu; il y en a, si je ne me trompe, même dans celle-ci. Il suffit de le faire cesser, et tous les bons citoyens se rallieront aux principes et à la vérité.

« Des deux opinions qui ont été balancées dans cette assemblée, l'une a pour elle toutes les idées qui flattent l'imagination, toutes les espérances brillantes qui animent l'enthousiasme, et même un sentiment généreux, soutenu de tous les moyens que le gouvernement le plus actif et le plus puissant peut employer pour influer sur l'opinion ; l'autre n'est appuyée que sur la froide raison et s\u' la ti'iste vérité. Pour plaire, il faut défendre la première; pour être utile, il faut soutenir la seconde, avec la certitude de déplaire à tous ceux qui ont le pouvoir de nuire : c'est pour celle-ci que je me déclare.

« Ferons-nous la guerre ou ferons-nous la paix? Attaqueronsnous nos ennemis, ou les attendrons-nous dans nos foyers? Je crois que cet énoncé ne présente pas la question sous tous ses rapports et dans toute son étendue. Quel parti la nation et ses représentants doiveivt-ils prendre, dans les circonstances où nous sommes, à l'égard de nos ennemis intérieurs ou extérieurs? Voilà le véritable point de vue sous lequel on doit l'envisager, si on vent l'embrasser tout entière et la disculer avec toute l'exactitude qu'elle exige.

DISCOURS DE ROBESPIKRRE. 7)21

Cp (jui iniporlo par-dessus loiU,, quel que puisse êiro le IVuil de nos elTorls, c/est d'éclairer la nation sur ses véritables intérêts et sur «•eux de ses ennemis ; c'est de ne pas ôter à la liberté sa dernière ressource, en donnant le change à Tesprit public dans ces circonstances critiques. Je tâcherai de remplir cet objet en répondant principalement à l'opinion de M. Brissot.

« Si des traits ingénieux, si la peinture brillante et prophétique des succès d'une guerre terminée par les embrassements fraternels de tous les peuples de l'Europe, sont des raisons suffisantes pour dicider une (juestion aussi sérieuse, je conviendrai que M. Brissot l'a parfaitement résolue ; mais son discours m'a paru présenter un vice ((ui n'est rien dans un discours académique, et qui est de quelque importance dans la plus grande de toutes les discussions politiques : c'est qu'il a sans cesse évité le point fondamental de la queslion, pour élever à côté tout son système sur une base absolument ruineuse.

« Certes, j'aime tout autant que M. Brissot une guerre entreprise pour étendre le règne de la liberté, et je pourrais me livrei îuissi au plaisir d'en raconter d'avance toutes les merveilles. Si j'é lais maître des destinées de la France, si je pouvais à mon gré diriger ses forces et ses ressources, j'aurais envoyé dès longtemps une armée en Brabant; j'aurais secouru les Liégeois et brisé les fen des Bataves : ces expéditions sont fort de mon goût. Je n'aurai^:^ point, il est vrai, déclaré la guerre à des sujets rebelles ; je leur aurais ôté juscju'à la volonté de se rassembler; je n'aurais pas permis à des ennemis plus formidables, et plus près de nous, de les protéger, et de nous susciter au dedans des dangers plus sérieux.

« Mais, dans les circonstances oia je trouve mon pays, je jette un regard inquiet autour de moi, et je me demande si la guerre que l'on fera sera celle que l'enthousiasme nous promet ; je me demande qui la propose, comment, dans quelles circonstances, et pourquoi?

« Vous nous avez appris qu'il fallait bannir la défiance, parce qu'il y avait eu un changement dans le ministère. Quoi ! c'est vous qui avez de la philosophie et de l'expérience; c'est vous que j'ai entendu vingt fois dire, sur la politique et l'esprit immoral des cours, tout ce que pense là-dessus tout homme qui a la faculté de penser; c'est vous qui prétendez que le ministère doit changer avec un ministre! C'est à moi qu'il appartient de m'expliquer librement sur les ministres, 4° parce que je ne crains pas d'être soupçonné de spéculer sur leur changement, ni pour moi, ni pom- mes amis; ^^ parce que je ne désire pas de les voir remplacer par d'autrfs.

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convaincu que ccun qui aspirent ù leurs plaees ne vaudraient pas mieux. Ce ne sont point les ministres (jue j'atlaque, ce sont leurs principes et leurs actes. Qu'ils se convertissent, s'ils le peuvent, et je combattrai leurs détracteurs. J'ai le droit, par conséquent, d'examiner les bases sur lesquelles repose la garantie que vous leur prêtez. Vous blâmez le ministre Montmorin qui a cédé sa place, pour attirer la confiance sur le ministre Lessart, qui s'est chargé de son rôle ! A Dieu ne plaise que je perde des moments précieux à instituer un parallèle entre ces deux illustres défenseurs des droits du peuple ! Vous avez expédié deux certificats de patriotisme à deux autres ministres, par la raison qu'ils avaient été tirés de la classe des plébéiens; et moi Je le dis franchement, la présomption la plus raisonnable, à mon avis, est que, dans les circonstances où nous sommes, des plébéiens n'auraient point été appelés au ministère s'ils n'avaient été jugés dignes d'être nobles. Je m'étonne que la confiance d'un représentant du peuple porte sur un ministre que le peuple de la capitale a craint de voir arriver à une place municipale; je m'étonne de vous voir recommander à la bienveillance publique le ministre de la justice, qui a paralysé la cour provisoire d'Orléans en se dispensant de lui envoyer les principales procédures; le ministre quia grossièrement calomnié, à la face de l'assemblée nationale, les sociétés patriotiques de l'État, pour provoquer leur destruction; le ministre qui, récemment encore, vient de demander à l'assemblée actuelle la suspension de rétablissement des nouveaux tribunaux criminels, sous le prétexte que la nation n'était pas mûre pour les jurés; sous le prétexte (qui le croirait!) que l'hiver est une saison trop rude pour réaliser cette institution, déclarée partie essentielle de notre constitution par l'acte constitutionnel, réclamée par les principes éternels de la justice et par la tyrannie insupportable du système barbare qui pèse encore sur le patriotisme et sur l'humanité; ce ministre oppresseur du peuple avignonnais, entouré de tous les intrigants que vous avez vousmême dénoncés dans vos écrits, et ennemi déclaré de tous les patriotes invariablement attachés à la cause publique. Vous avez encore pris sous votre sauvegarde le ministre actuel de la guerre. Ah! (le grâce, épargnez-nous la peine de discuter la conduite, les relations et le personnel de tant d'individus, lorsqu'il ne doit être question que des principes et de la patrie. Ce n'est pas assez d'entreprendre l'apologie des ministres, vous voulez encore les isoler des vues et de la société de ceux qui sont notoirement leurs conseils et leurs coopérateurs.

« Personne ne doute aujourd'hui qu'il existe une ligue puissante

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