DISCOURS DE ROBESPIERRE
et, flangercLisc conlrc régalité et contre les principes ilc notre libei'të. On sait que la coalition qui porte ses mains sacrilèges sur les liases de la constitution s'occupe avec activité des moyens craclitver son ouvrage ; qu'elle domine à la cour, qu'elle gouverne les ministres : vous êtes convenu qu'elle avait le projet d'étendre encore la puissance ministérielle, et d'aristocratiser la représentation ikitionale ; vous nous avez priés de croire que les ministres et la cour n'avaient rien de commun avec elle; vous avez démenti, à cet égard, les assertions positives de plusieurs orateurs et l'opinion générale; vous vous êtes contenté d'alléguer que des intrigants ne pouvaient porter atteinte à la liberté. Ignorez-vous que ce sont des intrigants qui font le malheur des peuples? Ignorez-vous que des intrigants, secondés par la force et par les trésors du gouvernement, ne sont pas à négliger? Que vous-même vous vous êtes fait une loi jadis de poursuivre avec chaleur une partie de ceux dont il est ici question? Ignorez-vous que, depuis le départ du roi, dont le mystère commence à s'éclaircir, ils ont eu le pouvoir de faire rétrograder la révolution, et de commettre impunément les plus coupables attentats contre la liberté? D'où vous vient donc tout à coup tant d'indulgence ou de sécurité?
« Ne vous alarmez pas, nous a dit le même orateur, si cette faction veut la guerre; ne vous alarmez pas si, comme elle, la cour et les ministres veulent la guerre ; si les papiers que le ministère soudoie prêchent la guerre. Les ministres, à la vérité, se joindront toujours aux modérés contre les patriotes, mais ils se joindront aux patriotes et aux modérés contre les émigrants. Quelle rassurante et lumineuse théorie ! Les ministres, vous en convenez, sont les ennemis des patriotes ; les modérés, pour lesquels ils se déclarent, veu^ lent rendre notre constitution aristocratique, et vous voulez que nous adoptions leurs projets? Les ministres soudoient, et c'est vous qui le dites, des papiers dont l'emploi est d'éteindre l'esprit public, d'effacer les principes de la liberté, de vanter les plus dangereux de ses ennemis, de calomnier tous les citoyens, et vous voulez que je me fie aux vues et aux principes des ministres?
« Vous croyez que les agents du pouvoir exécutif sont plus disposés à adopter les maximes de l'égalité et à défendre les droits du peuple dans toute leur pureté, qu'à transiger avec les membres de la dynastie, avec les amis de la cour, aux dépens du peuple et des patriotes, qu'ils appellent hautement des factieux? Mais les aristocrates de toutes les nuances demandent la guerre ; mais tous 1(^6 échos de l'aristocratie répètent aussi le cri de guerre; il ne faut pas non plus se défier, sans doute, de leurs intentions? Pour moi, j'ad-
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mire volic bonliour et ne Teiivie pas. Vous étiez destiné ii déleiidrc la liberté sans déliance, sans déplaire à ses ennemis, sans vous trouver en opposition ni avec la cour, ni avec les ministres, ni avec les modérés. Comme les routes du patriotisme sont devenues pour vous faciles et riantes!
(( Pour moi, j'ai trouvé que plus on avançait dans cette carrièie, plus on rencontrait d'obstacles et d'ennemis, plus on se trouvait abandonné de ceux avec qui on y était entré ; et j'avoue que si je m'y voyais environné des courtisans, des aristocrates, des modérés^ je serais au moins tcntéde me croireen assez mauvaise compagnie...
« Laissez donc, laissez toutes ces trompeuses déclamations; ne nous présentez pas l'image touchante du boidieur, poiu' nous entiainer dans des maux réels; donnez-nous moins de descriptions agréables et de plus sages conseils.
« Épargnez-vous donc au moins toutes les contradictions que votre système présente à chaque instant : ne nous dites pas tantôt qu'il ne s'agit que d'aller donner la chasse à vingt ou trente lieues aux chevaliers de Cohlentz, et de revenir triomphants ; tantôt qu'il ne s'agit de rien moins que de briser les fers des nations. Ne nous dites pas, tantôt que tous les princes de l'Europe demeureront spectateurs indilîérents de nos démêlés avec les émigrés et de nos incursions sur le territoire germanique; tantôt que nous renverserons le gouvernement de tous ces princes.
« Mais j'adopte votre hypothèse favorite, et j'en Ih'c un raisonnement auquel je délie tous les partisans de votre système de répondre d'une manière satisfaisante. Je leur propose ce dilemne : ou bien nous pouvoris craindre l'intervention des puissances étrangères, et alors tous vos calculs sont en défaut; ou bien les puissances étrangères ne se mêleront en aucune manière de votre expédition : dans ce dernier cas, la France n'a donc d'autre ennemi à craindre que cette poignée d'aristocrates émigrés auxquels elle faisait à peine attention il y a quelque temps : or, prétendez- vous que cette puissance doive nous alarmer? Et si elle était redoutable, ne serait-ce pas évidemment par l'appui que lui prêteraient nos ennemis intérieurs, pour lesquels vous n'avez nulle déliance? Tout vous prouve donc que cette guerre ridicule est une intrigue de la cour et des factions qui nous déchirent; leur déclarer la guerre sur la foi de la cour, violer le territoire étranger, qu'est-ce autre chose que seconder leurs vues? Traiter comme une puissance rivale des criminels qu'il suftit de flétrir, de juger, de punir par contumace ; nommer pour les combattre des maréchaux de France extraordinaires, contre les lois, affecter d'étaler Lalayolte aux yeux de l'univers tout entier, qu'est-
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ce aiilro chose que leur donner une illnslriilion, une iinporlancc qu'ils désirent et qui convient aux ennemis du dedans qui les lavorisentV La cour et les factieux ont sans doule des raisons d'adopter ce plan : qaelles peuvent être les nôtres? L'honneur dti nom fmnçots, diles-vous. Juste ciel ! la nation française déshonorée par cette (ourbe de fufiitifs aussi ridicules qu'impuissants, qu'elle [»eut déiiouiller de leurs biens, et marquer, aux yeux de l'univers, du sceau du crime et de la trahison! Ah! "la honte consiste à être lionqié par les artilices grossiers des ennemis de notre liberté. La niaj^nanimilé, la sagesse, la liberté, le bonheur, la vertu, voilà notre honneur. Celui que vous voulez ressusciter est Tami, le soulien du despotisme; c'est Thonneur des héros de Taristocratie, de tous les tyrans; c'est l'honneur du crime; c'est un être bizarre que je croirais né de je ne sais quelle union monstrueuse du vice et de la vertu, mais qui s'est rangé du parti du premier pour égorger sa mèie; il est proscrit de la terre de la liberté ; laissez cet honneur, ou reléguez-le au delà du Rhin ; qu'il aille chercher un asile dans le cœur ou dans la tête des princes et des chevaliers de Goblentz.
a Est-ce donc avec cette légèreté qu'il faut traiter des plus grands intérêts de rÉIat?
« Avant de vous égarer dans la politique des Étals et des princes de l'Europe, commencez par ramener vos regards sur votre position intérieure : remettez l'ordre chez vous avant de porter la liberté jiijjeurs. Mais vous prétendez que ce soin ne doit pas même vous occuper, comme si les règles ordinaires du hon sens n'étaient pas faites pour les grands politiques. Remettre l'ordre dans les finances, en arrêter la déprédation, armer le peuple et les gardes nationales, faire tout ce que le gouvernement a voulu empêcher jusqu'ici, pour ne redouter ni les attaques de nos ennemis ni les intrigues niinistériclles; ranimer par des lois bienfaisantes, par un caractère soutenu d'énergie, de dignité, de sagesse, l'esprit public et l'horreur de la tyrannie, qui seule peut nous rendre invincihies contre tous nos eimemis, tout cela n'est que des idées ridicules : la guerre, la guerre, dès que la cour la demande ; ce parti dispense de tout autre soin, on est quitte envers le peuple dès qu'on lui donne la guerre. La guerre contre les justiciabhis de la cour nation.'de, ou contre des princes allemands; confiance, idolâtrie jinui' les ennemis du <ledans. Mais, que dis-je? En avons-nous, des ennemis du dedans? Non, vous n'en connaissez pas ; vous ne connaissez que Goblentz. N'avezvous pas dit que le siège du mal est à Coblenlz?II n'est donc pas à Palis? Il n'y a donc aucune relation entre Cobleidz et un autre lieu qui n'est pas loin <l.- n.ni ,' «Juoi \ v^us o:^ez diie que ce qui u fait
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rétrograder la révolution, c'est la peur qu'inspiient à la luiliou les aristocrates fugitifs qu'elle a toujours méprisés, et vous attentiez de cette nation des prodiges de tous les genres! Apprenez donc qu'au jugement de tous les Français éclairés, le véritable Coblentz est en France; que celui de Tévêque de Trêves n'est que l'un des ressorts d'une conspiration profonde tramée contre la liberté, dont le foyer, dont le centre, dont les chefs sont au milieu de nous. Si vous ignorez tout cela, vous êtes élrangeis à tout ce qui se passe dans ce pays-ci. Si vous le savez, pourquoi le niez-vous? Pourquoi détourner l'attention publique de nos ennemis les plus redoutables, pour la lixer sur d'autres objets, pour nous conduire dans le piège où ils nous attendent?
« D'autres persomies, sentant vivement la profondeur de nos maux et connaissant leur véritable cause, se trompent évidemment sur le remède. Dans une espèce de désespoir, ils veulent se précipiter vers la guerre étrangère, connue s'ils espéraient que le mouvement seul de la guerre nous rendra la vie, ou que de la confusion générale sortiront enfin l'ordre et la liberté. Us commettent la plus funeste des erreurs, parce qu'ils ne discernent pas les circonstances et confondent des idées absolument distinctes. Il est dans les révolutions des mouvements contraires et des mouvements favorables à la liberté, comme il est dans les maladies des crises salutaires et des crises mortelles.
« Les mouvements favorables sont ceux qui sont dirigés directement contre les tyrans, comme T insurrection des Américains, ou comme celle du 14 juillet; mais la guerre au dehors, provoquée, dirigée par le gouvernement dans les circonstances où nous son'imes, est un mouvement à contre-sens ; c'est une crise qui peut conduire h la moi t du corps politique. Une telle guerre ne peut que donner le change à l'opinion publique, faire diversion aux justes inquiétudes de la nation, et prévenir la crise favorable que les attentats des ennemis de la liberté auraient pu amener. C'est sous ce nipport que j'ai d'abord développé les iiiconvénients de la guerre. Pendant la guerre étrangère, le peuple, comme je l'ai déjà dit, distrait par les événements militaires des délibérations politiques qui intéressent les les bases essentielles de sa liberté, prèle une attention moins sérieuse aux sourdes manieuvres des intrigants (jui les minent, du pouvoir exécutif qui les ébranle, à la faiblesse ou à la coiruption des représentants qui ne les défendent pas. Cette politique fut connue de tout temps; et quoi qu'en ail dit M. Ibissot, il est applicable et fj-appant, l'cxeniple des aristocrates de Kume, que j'ai cité. Quand je peuple réclamait ses dioits contre les usuiitatious du sénat et des