‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 68 sur 88 · DISCOURS DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

DISCOURS DE ROBESPIERRE

patriciens, \e sénat déclarait la guerre ; et le peuple, oubliant ses timits et ses oulrages, ne s'occupait (jue tle la guerre, laissant au siMiat son empire, et préparant de nouveaux triomphes aux patriciens. La guerre est bonne pour les officiers militaires, pour les ambitieux, pour les agioteurs qui spéculent sur ces sortes d'événements ; elle est bonne pour les ministres, dont elle couvre les opérations d'un voile plus épais et presque sacré; elle est bonne pour la cour ; elle est bonne pour le pouvoir exécutif, dont elle augmente Pautorité, la popularité, l'ascendant; elle est bonne pour la coalition des nobles, des intrigants, des modelés qui gouvernent la France, dette faction peut placer ses héros et ses membres à la tète de l'armée; la cour peut confier les forces do l'État aux hommes qui peuvent la servir dans l'occasion avec d'autant plus de succès, qu'on leur aura travaillé une espèce de réputation de patriolisme; ils gagneront les cœurs et la confiance des soldats pour les attacher plus fortement à la cause du royalisme et du modérantisme : voilà la seule espèce de séduction que je craigne pour les soldats; ce n'est pas sur une désertion ouverte et volontaire de la cause publique qu'il faut me rassurer. Tel homme qui aurait horreur de trahir la patrie peut être conduit par des chefs adroits à porter le fer dans le sein des meilleurs citoyens; le mot perfide de républicain et de factieux, inventé par la secte des ennemis hypocrites de la constitution, peut armer l'ignorance trompée contre la cause du peuple. Or, la destruction du parti patriotique est le grand objet de tous leurs complots; dès qu'une fois ils l'ont anéanti, que reste-t-il, si ce n'est la servitude ? Ce n'est pas une contre-révolution que je crains; ce sont les progrès des faux principes de l'idolâtrie, et la |)erte de l'esprit public. Or, croyez-vous que ce soit un médiocre avantage pour la cour et pour le parti dont je parle, de cantonner les soldats, de les camper, de les diviser en corps d'armée, de les isoler des citoyens pour substituer insensiblement, sous les noms imposants de discipline n)ilitaireet d'honneur, l'esprit d'obéissance aveugle et absolue, l'ancien esprit militaire enfin, à l'amour de la liberté, aux sentiments populaires qjji étaient entretenus par leur communication avec le peuple? Quoique l'esprit de l'armée soit encore bon en général, devez-vous vous dissimuler que l'intrigue et la suggestion ont obtenu des succès dans plusieurs corps, et qu'il n'est plus entièrement ce qu'il était dans les premiers jours de la révolution? Ne craignez-vous pas le système, constamment suivi depuis si longtemps, de ramener l'armée au pur amour des rois, et de la purger de l'esprit patriotique qu'on a toujours paru regarder comme une peste qui la désolait ? Voyez-vous sans quelque

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iiKIiiiéliide le voyaye du miiiisire «'I la norninalion d«> l,»^l j^éiu^al fameux par les désasii «s des réginienls les plus palrioles? Comptezvous pour rien le droit de vie et de mort arbitmire <lont la loi va investir vos patriciens militaires dès le moment où la nation seia constituée en guerre? Comptez-vous pour rien rantorité de la police qu'elle remet aux chefs militaires dans toutes nos villes frontières? A-l--on répondn à tous ces fuits par la dissertation sur la dictature des Romains, et par le parallèle de César avec nos généraux? On a dit que la guerre imposerait aux aristocrates du dedans et tarirait la source de leurs manœuvres : point du tout; ils devinent trop bien les intentions de leurs amis secrets pour en redouter Tissue; ils n'en seront que plus actifs à poursuivre la guerre sourde qu'ils peuvent nous faire impunément en semant la division, le fanatisme, et en dépravant l'opinion. C'est surtout alors que, revêtu des livrées du patriotisme, le parti modéré, dont les chefs sont des artisans de cette trame, déploiera toute sa sinistre influence; c'est alors qu'au nom du salut public, il imposera silence à quiconque oserait élever quelques soupçons sur la conduite ou sui' les intentions des agents du pouvoir exécutif, sur lequel il se reposera, et des généraux qui seront devenus, comme lui, l'espoir et l'idole de la nation. Si l'un de ces généraux est destiné à remporter quelque succès apparent, qui, je crois, ne sera pas fort meurtrier pour les émigrants, ni fatal à leurs protecteurs, quel ascendant ne donnerat-il pas à son parti! quels services ne pourra-t-il pas rendre à la cour ! C'est alors qu'on fera une guerre plus sérieuse aux véritables amis de la libiTlé, et que le système perfide de l'égoïsme et de l'intrigue triomphera. L'esprit public une fois corrompu, alors jusqu'où le pouvoir exécutif et les factieux qui le serviront ne pourront-ils pas pousser leurs usmpations! 11 n'aura pas besoin de compromettre le succès de ses projets par une précipitation imprudente ; il ne se pressera- pas peut-être de proposer le plan de transaction dont on a déjà parlé : soit qu'il s'en tienne à celui-là, soit qu'il en adopte un autre, que ne peut-il pas attendre du temps, de la langueur, de l'ignorance, des divisions intestines, des manœuvres de la nombreuse cohorte de ses affidés dans le corps législatif, de tous les ressorts enfin qu'il prépare depuis si long-temps. « Vous avez dit encore que j'avais outragé les Français en doutant de leur courage et de leur amour pour la liberté. Non, ce n'est point le courage des Français dont je me défie, c'est la peifidie de leurs ennemis que je crains ; que la tyrannie les attaque ouvertement, ils seront invincibles, mais le couiage est inutile contre l'intrigue.

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« Vous avi'/, élé éloiint's, avpz-vous dit, tl'ciUonilre un défonsour (lu peuple calomnier et avilir le peuple. Celles, je ne m'attendais pas à un pareil reproche. D'abord, apprenez que je ne suis point le délenseur du jjeuple; jamais je n'ai prétendu à ce titre fastueux : je suis du peuple, je n'ai jamais été que cela, je ne veux être que cela; je méprise quiconrpie a la prétention d'être quelque chose de plus. S'il faut dire plus, j'avouerai que je n'ai jamais compris pourquoi on donnait des noms pompeux à la fidélité constante de ceux qui n'ont point trahi sa cause ; serait-ce un moyen de ménager une excuse à ceux qui l'abandonnent, en présentant la conduite contraire comme un effort d'héroïsme et de vertu? Non, ce n'est rien de tout cela; ce n'est que le résultat naturel du caractère de tout homme qui n'est point dégradé. L'amour de la justice, de l'humanité, de la liberté, est une passion comme une autre; quand elle est dominante, on lui sacrifie tout ; quand on a ouvert son àme à des passions d'une autre espèce, comme à la soif de l'or et des honneurs, on leur immole tout, et la gloire, et la justice, et l'humanité, et le peuple, et la patrie. Voilà le secret du cœur humain; voilà toute la dilïérence qui existe entre le crime et la probité, entre les tyrans et les bienfaiteurs de leur pays.

« Que dois-je donc répoudre au reproche d'avoir avili et calomnié le peuple? Non, on n'avilit point ce qu'on aime, on ne se calomnie pas soi-même.

« J'ai avili le peuple! Il est vrai que je ne sais point le flatter pour 'le perdre; que j'ignore l'art de le conduire au précipice par des routes semées de fleurs : mais en revanche, c'est moi qui sus déplaire à tous ceux qui ne sont pas du peuple, en défendant, presque seul, les droits des citoyens les plus pauvres et les plus malheureux, contre la majorilé des législateurs; c'est moi qui-op- \)osai constamment la déclaralion des droits à toutes ces distinctions calculées sur la quotité des impositions, qui laissaient une distance enlre des citoyens et des citoyens ; c'est moi qui défendis, nonseulement les droits du peuple, mais son caractère et ses vertus ; qui soutins, contre l'orgueil et les préjugés, que les vices ennemis de l'humanité et de l'ordre social allaient toujours eu décroissant, avec les besoins factices et l'égoïsme, depuis le trône jusqu'à la chaumière; c'est moi qui consentis à paraître exagéré, opiniâtre, orgueilleux même, pour être juste. » {Révoluf. de Paris.)

Nous verrons bientôt la dissidence qui venait de se prononcer devenir de plus en plus profonde et deux partis se dessiner au sein des jacobins. Brissot a encore de nombreux adhérents : parmi eux, un des plus actifs est Louvet, l'auteur de Faublas; mais le club

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penchf évidemnienl pour lo système de Roljespierre; il s'y range (le plus en pins, ainsi que raUesle l'accueil unanime qu'il fait à tous les discours écrits pour la guerre défensive.

La presse la plus révolutionnaire, Prudhomme, l'Orateur du Peuple, Marat, et bientôt Desmoulins, dans la Tribune des Patriotes, se déclarent également [)our Robespierre, et parlent de Brissot, dé ses projets et de ses adbérents, comme ils parlaient naguère de Barnave et des Laineth.

Marat s'explique ainsi sur Brissot dès le 10 décembre d791 : « Vous fûtes toujours loin de mériter les éloges dont les badauds payèrent vos grimaces patriotiques; ils peuvent donc à leur aise crier sur vous à l'apostat ; quant à moi, qui vous connais à fond, je m'attendais bien à voir un jour tomber votre masque, quoiqu'en prédisant votre défection dans mon numéro DCXII, je n'eusse pas cru être si près du terme. Vous voilà donc aujourd'hui un ministériel mitigé; si vous avez plus d'énergie, au train dont vous y allez, je ne désespère pas de vous voir, sous quelques mois, une des plus viles créatures du cabinet des Tuileries, w

L'Orateur du Peuple dit de son côté : « Si tous les Français étaient éclairés, s'ils étaient tous vertueux, M. Brissot se serait bien gardé de produire une opinion dangereuse. C'est parce qu'il y a des coquins, une infinité de coquins, et de coquins en crédit, que M. Brissot s'est hasardé à le faire. Quoi! un homme que j'ai cru patriote, que j'ai préconisé comme tel, s'avise aujourd'hui qu'il a tout ce qu'il désire, de nous ôter ce que nous avons de plus cher, l'honneur! Après un faux expo.<é de la situation de l'Europe, il nous amène insensiblement à déclarer la guerre à nos voisins, sous prétexte de la faire à des brigands dont la France est purgée; il entre dans les vues du ministère. Qu'on ne vienne pas me dire que chacun a son opinion; quand un homme est aussi éclairé que l'est M. Brissot, on ne pèche pas par ignorance. Aussi est-il à mes yeux le plus criminel de nos assassins d'outre-Rhin. Je vais le lui prouver en peu de mots : » Suit une longue démonstration qui aboutit à ce dilemme : a De deux clioses l'une, ou le crime de lèse-nation est avéré, ou il ne l'est pas : s'il l'est, vous êtes coupable de ne point faire des lois pour sauver la patrie. Sans avoir recours à la guerre, il est possible, et vous le savez bien, de nous tirer d'embarras. Vous savez bien qu'en saisissant leurs biens, qu'en les mettant en vente an profil de la nation, qu'en les exilant à jamais de nos murs, qu'en leur ôtant le nom de Français, qu'en armant purement et simplement tous le^ citoyens, et en dressant des échajauds autour du royaiune iiour lousc(H\ niii. fatigués d'errer, commiMles v^t^a-

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