‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 4)Chapitre 7 sur 88 · SÉANCE ROYALE · texte numérisé non relu

SÉANCE ROYALE

Je donnerai également mes soins à la marine, celte partie importante de kl force publique destinée à protéger notre commerce et nos colonies. J'espère que nous ne serons troublés par aucune agression du deiiors. J'ai pris depuis que j'ai accepté la constitution et je continue à prendre les mesures qui m'ont paru les plus propres à fixer l'opinion des puissances étrangères à notre égard, et à entretenir, avec elles, l'intelligence et la bonne barmonie qui doivent nous assurer la paix. (La salle retentit d'applaudissements.) J'en attends les meilleurs effets, mais cette espérance ne me dispensera pas de suivre avec activité les mesures de précaution que la prudence a dû prescrire. (Les applaudissements recommencent.)

Messieurs, pour que vos importants travaux, pour que votre zèle, produisent tout le bien qu'on doit en attendre, il faut qu'entre le corps législatif et le roi, il règne une constante barmonie et une confiance inaltérable. (La salle et les tribunes retentissent des cris de Vive le roil) Les ennemis de notre repos ne chercberont que trop à nous désunir; mais que l'amour de la patrie nous rallie, et que l'intérêt public nous rende inséparables. Ainsi la puissance publique se déploiera sans obstacle; l'administration ne sera pas tourmentée par de vaines terreurs; les propriétés et la croyance de chacun seront également protégées, et il ne restera plus à personne de prétexte pour vivre éloigné d'un pays où les lois seront en vigueur et où tous les droits seront respectés. C'est à ce grand intérêt de l'ordre que tient la stabilité de la constitution, le succès de vos travaux, la sûreté de l'empire, le retour de tous les genres de prospérité.

C'est à ce but, messieurs, que doivent en ce moment se rapporter toutes nos pensées; c'est l'objet que je recomnrande le plus fortement à votre zèle et à votre amour pour la patrie.

M. le président. Sire, votre présence au milieu de nous est un nouvel engagement que vous prenez envers la patrie de maintenir la constitution. Tous les droits étaient violés, tous les pouvoirs étaient confondus. La constitution est née et a étcibli un ordre qui assure le bonheur et l'égalité de tous. Vous devez la chérir cette constitution comme citoyen, vous devez la faire exécuter comme roi; elle vous a donné des amis dans ceux qu'on a[)pelait autrefois vos sujets. (On applaudit.)

Vous avez besoin d'être aimé des Français, disiez-vous il y a quelques jours dans ce temple do la loi. Et nous aussi, sire, nous avons besoin d'être aimés de vous. (Toute l'assemblée et les tribunes retentissent d'anplaudissemenls.) La constitution vous fait le premier monarque de l'Europe. Forts de notre réunion, nous allons

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travailler de concert ù épurer la législation, à ramener l'ordre et le bonheur dans Tempire. Tel est notre devoir, tel est celui de Votre Majesté. Les bénédiclions des Français en seront la récompense. (Les applaudissements recommencent.)

Le roi sort de la salle au milieu des applaudissements de toute rassemblée et des cris de Vive le roi!

Le roi avait été vivement applaudi par les tribunes. Le soir la cour recueillit au spectacle de nouvelles démonstrations de la part des royalistes constitutionnels. Laissons f)arler le Babillard : « La famille royale a été reçue au théâtre italien avec celte ivresse touchanle, ces mouvements impétueux que sa présence inspire partout. Le roi a conservé, pendant le s|)ectacle, un air d'attendrissement et de plaisii'; le jeune prince a paru s'amuser beaucoup pendant la représentation des Chasseurs et de la Laitière^ et Ton a remarqué, dans un passage de la pièce, qu'il singeait le jeu de racteur avec la gaieté naïve de son âge. La salle a retenti d'applaudissements et de cris répétés: Vive le roi! vive le prince royal! Le peuple, dans ses acclamations, a souvent nommé la reine. Madame royale, madame Elisabeth, et le décret de l'assemblée nationale, du 5 de ce mois, n'a pas empêclié de crier à plusieurs reprises : vivent Leurs Majestés! »

Ces démonstrations en faveur de la cour ne furent pas les seules. On a vu qu'au commencement de la séance du 7, des réclamations s'élevèrent contre des insultes dont plusieurs députés avaient été l'objet de la part de gardes nationaux dans la salle même des séiinces. Cet incident marque le degré d'animosité où était arrivée déjà la dissidence entre les royalistes constitutionnels et le parti plus avancé. Le fait qui s'était passé dans la matinée du 7 octobre fut ainsi raconté le soir, aux .Jacobins, par GoupiUeau :

« 3'étais entré dans la salle quelques moments avant l'ouverture de la séance; j'étais auprès du poêle avec quelques-uns de mes co'lègues à discuter paisiblement sur ledéciet d'hier. Alors un officier de la garde nationale s'est avancé vers moi avec des gestes menaçants et m'a dit : Nous vous connaissons bien; nous savons comme vous vous êtes exprimé sur le compte du roi; nous savons que vous avez blâmé la conduite respectueuse de M. Thouret à son égard. Si vous n'y prenez garde, et si vous contimiez dans de tels sentiments, je vous terai hacher avec mes baïonnettes.

« (Test donc au sein de l'assemblée nationale, au milieu de ce sanctuaire, où les opinions doivent avoir la plus grande liberté, que je me^ vois menacé par un homme revêtu d'un habit respectable. Cette réllexion me lit frémir : plusieurs de mes collègues s'cnaper-

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«•nient; lies huissiers même, indignés, vinrent me dire : 11 faut dénoncer cet homme; c'est M. Dermigny. Dans la séance, plusieurs de mes collègues ont demandé la parole pour parler à ce sujet. L'un d'eux s'est servi d'une expression impropre (il avait appelé satellite le garde national provocateur) ; on a passé à l'ordre du jour. J'ai demandé moi-même la parole pour un fait particulier; M. le président m'a répondu qu'un fait particulier n'était pas à l'ordre du jour. »

« Cette circonstance, dit Bertrand de Molleville, fit présumer (ju'il y avait moins de sincérité que de prudence dans l'adhésion de l'assemblée aux sentiments exprimés par son président en réponse au discours du roi. » Dans la matinée du 8, des députés furent de nouveau injuriés, mais en dehors du manège et par des gens du peuple. Ceux-ci faisaient-ils partie des bandes que salariait toujours la cour? Nous l'ignorons : les journaux ne donnent aucun détail. Mais il résulta de ce fait que l'assemblée revint, dans la séance du 8, sui- l'alîaire de la veille. Dermigny (ut appelé à la barre de l'assemblée nalionale : « Ou causait des affaires publiques auprès du poêle, dit-il, j'entendis parler contre la constitution... Je suis d'un caractère un peu vit. Je dis que si je connaissais quelqu'un qui voulût entamer la constitution, je serais son dénonciateur et son bourreau. Une personne me dit : Vous me menacez; je lui dis : Non ; telle est mon intention; et si je croyais que la constitution ne pût pas tenir, j'irais m'enterrer sous une pierre. »

Après Dermigny, Garran-Coulon, Bazire et Dumas prirent la parole; enfin Goupilleau demanda que, pour terminer cette affaire, l'assemblée déclarât que, satisfaite des explications de M. Dermigny, elle passait à l'ordre du jour. Ce qui fut décrété en effet.

Tels furent les débuts de la législative. Une discussion entamée sur le règlement occupa la plus grande partie des séances jusqu'au 18 octobre. La question de savoir s'il serait établi des comités fut longuement agitée. On objecta que, dans la constituante, les comités s'étaient emparés de toutes les affaires et avaient exercé une sorte de domination. L'assemblée adopta le plan de Condorcet sur l'organisation des comités. Il y en eut vingt-deux composés de douze ou de vingt-quatre membres, élus pour trois ou six mois et renouvelés par moitié à l'expiration du temps déterminé. Les comités des rapports, des recherches et des affaires ecclésiastiques furent supprimés. Le comité de législation remplaça le célèbre comité de constitution de la constituante. Le règlement de celle-ci, pris pour base de la discussion, fut adopté en grande partie. Le 15, un décret avait supprimé l'expression d'honorable membre.

L'assendjlée législative, qui dès les premiers jours avait manifesté,

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