RAPPORT DE NARBONNE
scrupule do hi l'uMlé, et. quand le danger ennoblil, encore une cause, elle n'a plus que des soutiens dignes d'elle !
Brissot disait de ce rapport, dans sa feuille du 12 janvier : « Parmi les éloiies trop nombreux que M. Narbonne a donnés à tous les partis, on a remarqué celui de M. Lafayelte, pour lequel il s'est rendu responsable. La responsabilité d'un ministre n'est-elle donc pas assez grande pour se cliarger si légèrement d'une responsabilité étrangère? M. Lafayette a répondu un jour sur sa tête de Houille et du roi. Il est impossible d'entrer aujourd'liui dans des détails sur ce rapport, qui mérite qu'on y revienne avec quelque attention'. On y a distingué des traits brillants d'esprit, beaucoup trop d'adresse et de pente à flatter les passions des divers partis et à provoquer les applaudissements ; mais ces défauts doivent disparaître devant l'idée, consolante pour des Français, qu'ils ont des forces capables de dompter les despotes qui voudraient attaquer, leur constitulion. — On a ordonné l'impression de ce discours et l'envoi aux quatre-vingt-trois départements. »
« Avant de parler des résultats de son voyage, disaient à leui' tour les RévduHons de Paris, M. de Narbonne a besoin de rendre un éclatant témoignage au patriotisme des garnisons qu'il a visitées, et celle manière de commencer, dit-il, déjoue bien des espérances; elledéjoue spécialement celles du ministre. Mais écoutonsle : il n'a pas encore perdu tout espoir, et il le fonde sur les corps administratifs et sur ses compagnons de voyage. Or, savez-vous quel est le corps administratif vanté par M. de Narbonne? C'est le directoire du département de la Moselle, directoire influencé par Bouille, directoire accusé vingt fois de félonie, directoire qui n'existe encore que par l'éclatante protection de la cour, dont il favorise tous les complots. Savez-vous quels sont les compagnons de voyage de M. de Narbonne? C'est le petit Montmorency, ce prétendu patriote de la minorité de la noblesse, qui n'a plus dit un mot dès que l'assemblée nationale constituante eut sérieusement proscrit l'aristocratie des deux chambres ; c'est un aide de camp de Lafayelte, c'est Desmottes...
(( Nous passerons sous silence tout ce que le uiinistre a dit de l'état de nos placées frontières; il n'a fait que répéter le rapport qui nous a été donné il y a quinze jours (le 27 décembre), par le comité militaire, et cela est tout simple. Le comité militaire a dit n'avoir fait ce rapport que sur les pièces communiquées par le ministre de la guerre. Le ministre de la guerre pouvait-il démentir ce qu'il avait avoué par l'organe du comité militaire? Du reste, il est
376 II JAINVIEU 1792) ASSI-MBLfiE LftlilSI.ATIVE.
hifin affligeant pour la nation de n'avoir que do somlilaldos attp^tations de ses forces. »
loi le rédacteur cite le passage du rapport ofi le ministre, en parlant du grade de maréchal conféré à MM. Luckner et Rocliambeau, dit : Je me félicite d'avoir désiré ce décret^ il associe l'assemblée nationale à la faveur qu'accorde le roi. a Valet insolent ! (jue nous parles-tu d'associer rassemblée nationale aux faveurs de ton maître? Connais-tu bien le degré de bassesse où tu veux faire descendre les représentants du souverain? Apprends que l'assemblée nationale serait à jamais déshonorée, si elle s'associait aux faveurs qu'accorde le roi : à elle seule appartient ce droit d'accorder des faveurs; mais un roi ne doit qu'obéir et les ministres se taire.
tt Quel est l'homme qui lira encore sans indignation que le bàlon de maréchal délivré par le roi donne à l'assemblée nationale des droits personnels à la reconnaissance des généraux de l'armée? Pourquoi, au lieu des droits à la reconnaissance, ne pas dire tout d'un coup droits à la protection des généraux? Que ces ministres, ces anciens guerriers, que tous ces hommes de cour et de guerre sont loin des idées de la Uberté ! C'est outrager la nation, c'est offenser l'assemblée nationale, que de lui parler do la reconnaissance de deux individus. Le sénat des Français est au-dessus de tout sentiment individuel ; jamais il n'agit, jamais du moins il n'est censé agir que pour la généralité des citoyens; et celui qui lui exprime de la reconnaissance pour un décret particulier, suppose qu'il a fait une injustice ; car s'il n'a fait que son devoir, on ne lui doit pas de reconnaissance. Les troupes m'ont paru fières de la récompense de leurs chefs. Cela ne peut pas être vrai : l'homme libre n'est fier que de la gloire de la patrie ou des récompenses qu'il en obtieni lui-même. Attacher sa gloire à la gloire d'un autre, c'est tomber dans la dégradation. Des plans de campagne ont été proposés à Metz entre les deux maréchaux, Lafayelte etNarbonne, et le secret est nécessaire à tous ces plans. Oui, voilà le véritable nœud gordien, voilà le sujet du voyage de Narbonne, voilà ce qui a fait donner deux bâtons de maréchal de France, qui a fait nommer Lafayotte général; c'est afin d'arriver à celte conférence à Metz, et pour que tout le monde y soit d'accord. Qui ne voit que les plans adoptés à Metz sont des plans de contre-révolution? Lafayette..". Narbonne... et deux soldats de l'ancien despotisme... dépositaires d'un secret d'où dépendent les destinées de l'empire. Juste ciel ! cette idée fait frémir; et l'on parle encore de faire la guerre? C'est pour l'obtenir que Narbonne promet à rassemblée nationale la rocoimaissance des i/énéraux,
RAPPORT DE NARROINNF. Ci i i
(( Il annonco que les magasins, lanl en vivres qiiVn fourra^os, assurent la subsistance de l'armée pendant six mois; et il n'y a pas vingt jours qu'on nous allestait qu'elle était assurée pour plus d'nne année. Jugez de la foi qu'on doit ajouter à tous ces rapports ministériels. )) {Révolutions de Paris, n» \7y\.)
Malgré tout ce qu'on pouvait dire de Narbonne, ce niinistie plaisait à la majorité de l'assemblée, et même à cette partie de la gaucbe que l'on appela bientôt la Gironde. 11 allait IVéquennnent aux comités de l'assemblée, quoiqu'il eût promis de faire le contraire, assure Bertrand de Molleville; il leur faisait la cour, et cbercbaità capter l'opinion par le témoignage d'un grand dévouement. On disait qu'il aspirait à faire une révolution dans l'organisation du nVinistère, qu'il voulait placer un premier ministre à la tête du conseil et qu'il se destinait à lui-même cette fonction. Dans les salons, l'opinion lui était très-favorable, mais dans le public il n'en était pas tout à fait ainsi. Par exemple, quant à son voyage, presque tout le monde le trouvait bien rapide pour tant de renseignemenis; on trouvait qu'il avait trop vu pour avoir bien vu. Les uns se déliaient ; les autres, en plus grand nombre, accusaient sa légèreté et l'excès de ses prétentions. Ni les uns ni les autres ne croyaient à ses assertions. Cependant personne, pas même les auteurs contemporains, ne semble avoir deviné que le but probable de Narbonne était uniquement d'avoir une armée, et de remettre en vigueur le plan de Barnave et de ^'aublanc, dont nous avons parlé précédemment. Cette intention seule peut expliquer le contraste étrange du brillant tableau présenté à l'assemblée et de la désorganisation trop réelle de nos forces militaires.
Mais tous ces projets devaient disparaître devant le mouvement que les sentiments révolutionnaires de l'assemblée nationale allaient imprimer à la marcbe des affaires diplomatiques. Il fallait enfin conclure sur une discussion entamée depuis plus de deux mois. L'office de l'empereur, du 3 et du 21 décendore, exigeait une mesure définitive. D'ailleurs, ce qu'on apprenait de l'étranger augmentait les inquiétudes.
Le bruit d'un futur congrès était public, depuis plusieurs jours à Paris. Une gazette allemande du 6 janvier y avait apporté cette nouvelle. 'Voici dans quels termes elle s'exprimait : — « Le parti de Breteuil, qui veut deux cliambres à l'assemblée nationale, triomplie, et l'on procédera bientôt à racconunoder les affaires par ce sytème, sur lequel sont d'accord toutes les personnes. Dans très-peu de temps il sera question d'un congrès, et si les jacobins continuent à s'v opposer, il v aura une cuerre sanglante et des scènes de car-
378 (14 JANVIER 1792) assemblék législative,
nage. » — Nous empruntons cette citation à Carra. Gorsas attestait presque en même temps, d'après une autre gazette allemande qu'il avait sous les yeux, « que pour aider ce projet Louis XVÏ s'évaderait de Paris et se rendrait dans ulie place frontière ; ce départ ne devait être clandestin que poin^ la sortie de Paris; car on avait prévu pour la roule tous les inconvénients. » Le comité diplomati(jue fil enfin son rapport le 14 janvier.
SfiA>'CE DU 14 JANVIER. — Brissot analyse ainsi le rapport de Gensonné. « Le rapporteur a tracé un tableau rapide et fidèle de tous les griefs de la France contre Tempereur; protection ouverte accordée aux émigrants ; faveurs à la cocarde des révoltés, tandis que la couleur nationale était proscrite ; refus d'interposer ses bons offices et d'employer ses troupes, suivant le traité de 1736, pour faire cesser les rassemblements dans lès électorals; protection accordée à rélecteur de Trêves; traités faits avec diverses puissances contre la révolution française, et sous prétexte de défendre la dignité du roi de France et le maintien de sa couronne. M. Gensonné n'a rien omis. Il a conclu de ce tableau qu'il était temps que la nation française vengeât son indépendance outragée par tant d'actes d'hostilité, et prévînt surlout ce congrès ridicule dont l'objet était de modifier la constitution française. »
Gensonné terminait en proposant le décret suivant :
L'assemblée nationale décrète ;
1° Que le roi sera invité, par un message, de demander à l'empereur, au nom de la nation française, une explication claire et précise sur ses dispositions à l'égard de la France ; de faire connaître (ju'il s'engage à ne rien entreprendre contre la nation française, sa constitution, sa pleine et entière indépendance dans le règlement de son gouvernement; et si, dans le cas où la France serait attaquée, il lui fournirnit les secours qu'il lui doit en vertu de l'article 9 du traité de mai 175G.
' "h Que le roi sera invité à demander que ces explications soient données avant le 10 février prochain, et de déclarer à l'empereur qu'à défaut d'une réponse entièrement satisfaisante, son refus sera considéré par la nation comme une rupture du traité de 17S6 et comme un acte d'hostilité envers elle.
3" Décrète que le roi sera également invité de donner les ordres les plus précis pour continuer et accélérer autant qu'il sera possible les préparatifs de guerre et les rassemblements de troupes aux frontières; de manière qu'elles soient en état d'agir dans le plus J^ref délai
SERMENT PRÊTÉ PAR I.'àSSEMBI.ÉK. 579
Après la leciurp du rapport, GiukIpI, vice-président, quitta le fautouilet demanda à faire une motion. « Parmi les faits, dit~il, sur lesquels le comité appelle 1 attention de rassemblée, celui qui m'a le |.!us frappé, c'est la formation d'un congrès, dont l'objet serait d'apporter des modilications à la constitution fi-ançaise... On ne peut douter que ces bruits aient quelque consistance... Apprenons donc à tous les princes que la nation fiançaise est résolue de maintenir la constitution tout entière ou de périr tout entière avec elle. (Applaudissements.) Apprenons aux étrangers qu'ils peuvent bien essayer d'égarer le peuple, de répandre des soupçons sur la pureté, les intentions de ses représentants, mais que nous, cliargés de défendre sa constitution, nous en garderons le dépôt avec une inviolable fidélité, et que nous remplirons avec le zèle et l'énergie d'hommes libres la tâche honorable que la nation nous a confiée. En un mot, marquons d'avance une place aux traîtres, et que cette place soit l'échafaud. (On applaudit.)
'u.Ie propose de décréter à Tinstantmême que la nation française regarde comme infâmes, traîtres à la patrie, coupables du crime de lèse-nalion, tout agent du pouvoir exécutif, tout Français {plusieurs voix, tout législateur) qui prendrait part, soit directement, soit indirectement, à un congrès dont l'objet serait d'obtenir une modification à la constitution, soit à une médiation entre les Français et les rebelles, soitenfinàune composition avec les princes possessionnés en Alsace. (On applaudit à plusieurs reprises.) Je propose qu'à l'instant même cette déclaration soit portée au roi, avec invitation d'en donner connaissance à tous les princes de l'Europe, et de leur déclarer qu'il regarderait comme ennemi de la France tout prince qui manifesterait l'intention de porter atteinte à la constitution. » (Les applaudissements recommencent avec plus de force.)
Tous les membres se lèvent par une impulsion subite et simultanée. Tous, dans l'attitude du serment, expriment par des acclamalions réitérées l'adhésion de toutes les volontés à la proposition de M. Guadet, — Les tribunes mêlent leurs applaudissements, leur enthousiasme, leurs serments à ceux de l'assemblée. — On entend un grand nombre de voix : Oui, oui, la constitution ou la mort!
Après quelques observations du ministre de la justice, l'assemblée rend un décret conforme aux conclusions de M. Guadet. M. Delessart, ministre des alîaires étrangères, comnnuiique une note de l'électeur de Trêves. « .l'ajouterai, dit-il, relativement aux soupçons jetés sur les agents politiques du gouvernement, que je ne connais rien qui puisse faire suspecter leur fidélité; quant à moi, je répé-
580 14 JANVIER 17^)2) ASSFMBLfiP: Ltr.lSI.ATIVF
terai ce que j'ai déjà dit, au nom de mes collègue>> el an niion : la constitution ou la mort ! »
MM. Duport et Delessart lèvent tons deux leurs mains, en sijiue d'union an serment que vient de prêter l'assemblée.
— Voici le compte rendu de VAmi du Roi de cette séance :
« On a essayé, dans cette séance, d'agiter les sens engourdis de ce pauvre peuple qui périt de faim, de froid, de misère de tout genre ; M. Guadet a imaginé une nouvelle parade. Déclarons, dit-il, infâmes et traîtres à la patrie tous ceux qui pourraient prendre part à un congrès qui aurait pour objet de modifier la constitution, à une transaction avec les émigrés, ou au rétablissement des droits (|ue nous avons enlevés à des étrangers dans deux de nos provinces (les princes possessionnés). Que ce décret soit porté au roi, communiqué aux puissances étrangères, en leur déclarant que nous regarderons comme ennemies toutes celles qui n'y obéiront pas. M. Guadet écumait, criait, hurlait; Oui, pour défendre la constitution nous mourrons tous ici. Oui, s'écria M. Isnard, en levant la main vers le ciel indigné, dont il fait profession de méconnaître le créateur. Aussitôt toutes les mains de la salle et des sans-culottes des tribunes sont en l'air. M. le garde des sceaux (Duport) fait Tedort de jurer foi et fidélité à une constitution qui l'a tiré d'une piètre posture et d'un cabinet fort solitaire pour le placer dans un palais, avec cent mille francs de rente. Du matin au soir le roi a sanctionné, sans la moindre objection, ce décret qui lui a été apporté en pompe par vingt-quatre ambassadeurs.
« La joie a été un peu troublée par un office de l'empereur que le ministre Cahier, surnommé Gerville, a fait connaître à l'assemblée. Et l'empereur, qui ne fait pas de phrases, ou du moins qui n'en fait pas d'inutiles, a donné ordre au général Bender, la terreur des révolutionnaires, de marcher au secours de l'électeur de Trêves, si, après qu'il a fait exécuter le règlement de Sa Majesté Impériale dans sçs États, et satisfait à toutes les lois du voisinage, les jacobins osent l'inquiéter. {L'Ami du Roi confond l'office de l'empereur, du 21 décembre, avec une note de l'électeur de Trêves. L'office auquel il fait allusion avait été communiqué dès le 51 décembre. V. p. 34o.) Voilà un mauvais office, a-t-on dit, et la joie qu'avait répandue dans les tribunes la petite singerie de la farce du Jeu de Paume s'est évanouie à l'instant. Cette misérable parodie n'a produit dans Paris aucune sensation, et ne sert qu'à déprécier de plus en plus nos pauvres constitutionnels. Imitatores servum pecus! disent les écoliers. Les aboyeurs de journaux du soir s'égosillent à crier : Grand serment ih l'dssi'mlili'i' n(itU>i\ah> fout cmmw relui du Jeu de Paume.
gUKSTION DE LA (iLKRRK. Ô8I
Personne ne s'arrêle ponr les écouler et poiu^ nclieler la coméilii^ du serment. »
Gorsas s'exprime ainsi sur cette séance : « ÎM. Delessarl a notifié, samedi 14, à l'assemblée nationale des dépêclies qu'il avait depuis huit jours. M. Delessart, électrisé ou plutôt entraîné par l'enthousiasme universel quavait inspiré M. Guadet, s'est mis à crier: Oui! oui! oui! et moi aussi je jure !... oui! oui! oui! la constitution ou la mortl M. Delessart enfin s'est échauffé
« Tant qu'à la fin, tombant en défaillance, Son teint pâlit et sa gorge s'enfla.
« Au point qu'il n'a pu dire que la mort. La nuit même un courrier de M. Noailles lui avait apporté des dépêches extraordinaires auxquelles il avait répondu sur-le-champ. Nous nous empressons de consigner cette omission du ministre intègre qui avait protesté sur son honneur, à l'assemblée nationale, qu'il ne savait pas cela. »
A la séance du 'J6 l'assemblée renvoya au comité militaire une lettre adressée au député Loustalot, annonçant une attaque prochaine de la part des Espagnols. Immédiatement après, sur la proposition de Jean Debry, on décréta que Louis-Stanislas-Xavier était déchu de son droit à la régence. A cette même séance Delessarl communiqua des dépêches de Sainte-Croix, d'où il résultait tjue la dispersion des rassemblements formés par les émigrés dans félectorat de Trêves était positive.
Séance du 17 janvier. — Au commencement de cette séance Koch, au nom du comité diplomatique, fit un rapport sur la déclaration pacifique de l'électeur de Trêves et de quelques autres princes de l'empire. Il rendit compte de nouveaux ordres donnés par l'empereur à l'ancien évêque de Strasbourg de dissiper les rassemblements des réfugiés.
A ce rapport succéda la lecture d'une lettre du roi, qui appelait l'attention de l'assemblée sur un nouveau mode de recrutement propre à mettre Ijrmr e au complet, et sur la nomination de quelques officiers généraux.
Après cette lettre, le ministre de la guerre prit la paiole pour faire quelques remarques sur divers objets. Helalivement aux craintes manifestées à l'égard de l Espagne, il dit qu'il répondait de vingt et un mille hommes toujours prêts à se porter où le besoin les appellerait.
L'ordre du jour appelait la discussion du projet de décret [irésenté par Gensonné, le 14, Le ministre Delessarl présenta quel-
382 (17 JANVIER 179-2) assemblée législative.
ques observations dont Tobjet principal était d'engager les orateurs à de grands ménagements, parce que le défaut déménagements pourrait blesser Tamour-propre et rompre des traités; il insista surtout contre le terme fixe porté par le projet, et finit par des réflexions sur les calamités qui suivent la guerre la plus heureuse.
Comme il cessait de pailer, Brissot parut à la tribune; on demanda que la discussion lut ajournée; l'assemblée passa outre, et Brissot lut un discours qui occupa huit colonnes du Moniteur, numéro du 19 janvier. Dans cet immense mémoire, Brissot s'attache à prouver deux points principaux : d'abord, que l'empereur est en état d'hostilité ouverte avec la France, et qu'il faut l'attaquer en lui fixant un délai convenable s'il ne veut donner la satisfaction que la France a droit d'exiger; ensuite, que l'empereur a violé le traité de 1756, que d'ailleurs ce traité est inconstitutionnel, et qu'il faut le rompre.
Voici les articles de ce traité que cita Brissot :
« Art^^ S. M. l'impératrice reine promet et s'engage de garantir et défendre tous les États, provinces et domaines actuellement possédés par Sa Majesté Très-Chrétienue en Europe, tant pour elle que pour ses successeurs et héritiers, sans exception, contre les attaques de quelque puissance que ce soit, et pour toujours...
L'article IV porte réciprocité de la France à l'empire.
« V. Par une suite de cette garantie réciproque, les deux hautes parties contractantes travailleront toujours de concert aux mesures qui leur paraîtront les plus propres au maintien de la paix, et emploieront, dans le cas où les États de l'une ou de l'autre d'entre elles seraient menacés d'une invasion, leurs bons offices les plus efficaces pour rempecher.
« Mais comme les bons offices qu'elles se promettent pourraient ne point avoir l'elTet désiré, Leurs Majestés s'obligent dès à présent à se secourir mutuellement avec un corps de 24,000 hommes, au cas que l'une ou l'autre d'entre elles vînt à être attaquée par qui que ce soit, et sous quelque prétexte que ce puisse être...
« VIL Le secours sera composé de 18,000 hommes d'infanterie, et de 6,000 de cavalerie, et il se mettra en marche six semaines, ou deux mois au plus tard, après la réquisition qui en sera faite par celle des deux parties contractantes qui se trouvera attaquée ou menacée d'une invasion dans ses possessions. »
Brissot proposait de remplacer le projet du comité diplomatique par le décret suivant :
(( Art. I"". Le roi seia invité à notifier à l'empereur, au nom de la nation française, qu'elle regarde le traité du 1" mai 17o6, comme
biSCOLRS DE DUMAS. o8$
aueaiili, el [uucc que remporeur Ta violé, el. paice qu'il est incompatible avec la constitution française ;
« A lui notifier en même temps que la nation française lui olTre, s'il donne satisfaction sur les griefs ci-après, de conserver avec lui la bonne intelligence, l'amitié, la fraternité qu'elle a juré de maintenir avec tous les peuples.
« II. Le roi sera pareillement invité à notifier à Tenqjereur, au nom de la nation française, qu'elle regarde comme acte d'hostilité son refus d'interposer ses bons offices et d'employer ses troupe^ pour faire cesser les rassemblements dans les électorals, la protection et les secours qu'il a accordés aux électeurs, son accession à la coalition formée entre diverses puissances contre la nation française.
«En conséquence, les mesures militaires vont être prises pour être en état d'agir offensivement contre lui, au 10 février prochain, à moins qu'avant cette époque fempereur n'ait domié à la France une satisfaction qui lui ôle toute inquiétude.
« III. Le roi sera pareillement invité à donner les ordres les plus précis pour que les troupes soient en état d'entrer en campagne dans le plus l3ref délai possible. » ^
Séance l>u 18 janvier. — La discussion est ouverte sur le rapport du comité diplomatique.
M. Damas. Pour avancer utilement dans cette discussion, je vais marquer positivement le point où nous sommes, et resserrer la question dans les limites posées par la constitution.
Nous prenons en ce moment en considération la notification qui nous a été faite par le roi, mais nous ne délibérons pas sur la guerre, parce qu'il ne nous en a pas fait la proposition formelle. Les pièces principales à examiner sont le décret de ratification du conclusum de la diète, la lettre de fempereur au roi des Français, sa réponse à f électeur de Trêves et les deux offices de cet électeur. La protection accordée aux réfugiés français par certains princes est une infraction manifeste aux traités de Munster et de Riswick. Ce dernier traité porte : article premier, que les parties contractantes ne pourront rien faire au préjudice f une de f autre, ni accorder aucuns secours à ceux qui trameraient contie une des parties contractantes, ni recevoir des sujets rebelles dans leurs États. Nous n'avons fait éclater nos plaintes que lorsqu'il n'y avait plus de prétexte pour les traiter de provocation, que lorsque les réfugiés constataient leur rébellion par la dénomination de leurs troupes, et 1 liistoire n'oflre pas d'exemple qu'une (elle violiitinn ait été soulîerle impunément.
581 ^IS JANVIER 171)4; ASSKMlJLftK LliGL^LATI Viî.
La iTauce et. rempirc ne 'se sonl.-ils pas récipi'0(]iienieiit iiiairileiiu leurs possessions, et la Suède, n'a-t-elle pas garanti ce traité? Il faut ici faire parler la justice et la vérité, il faut exiger l'expulsion des rebelles et demander non pas seulement que les puissances ne leur prêtent pas leur territoire, mais qu'aux termes du traité, elles s'opposent à tout ce que pourraient tenter contre nous des ennemis qu'elles doivent regarder comme leur étant communs.
L'empereur, comme chef de l'empire, doit veiller à ce que ces clauses soient rigoureusement remplies, et opérer lui-même, s'il le faut, la dispersion de ceux qui trou\eraient asile auprès des co- États. L'Espagne n'a pas avec nous moins d'obligations à remplir. Vainement on a voulu nous dénoncer à l'Europe comme des furieux révoltés, aujourd'hui nos vrais sentiments sont connus, et ceux qui ont fait tant d'elTorts pour les dénaturer ont eux-mêmes provoqué la commotion dont ils paraissent épouvantés. Si nous sommes contraints à faire la guerre, ce ne sont pas les peuples que nous traiterons en ennemis. Ne sont-ils pas eux-mêmes lésés par l'infraction des traités, et devons-nous attendre d'eux autre chose que de la reconnaissance? Partout la prudence du magistrat ou la crainte du prince a mitigé les excès de la féodalité sous laquelle ils gémissaient.
Je vais maintenant examiner l'état de nos forces et l'emploi général qu'il convient d'en faire. Si on nous force à la guerre, nos armées seront incessamment en état d'agir en masse, et lorsque vous aurez rendu un décret sur les moyens de nietlre au complet l'armée de ligne, nous n'aurons plus rien à désirer à ce sujet. Chaque frontière a ses moyens particuliers de défense, et cependant correspondant entre eux : elles sont bordées par des places fortes, soutenues par divers entrepôts de guerre; tandis que l'armée qu'on pourrait nous opposer, formée du contingent de chaque partie de l'empire, n'aurait pas cet ensemble nécessaire à une action soutenue. La nature du pays lui offrirait d'ailleurs tant de dilTicultés, que cette invasion dont nous ont tant menacés ceux qui pienaient leurs vœux pour leurs espérances, ne pourrait être tentée qu'après avoir battu notre armée. On sait d'ailleurs que c'est moins avec une armée nombreuse qu'on peut entreprendre une campagne d'hiver, qu'avec un petit nombre de troupes bien aguerries et résolues de vaincre ou mourir.
Je pa^se maintenant aux moyens de préparer le dénoûment de cette scène que nos ennemis ont trop d'intérêt à prolonger, et de rompre toutes les trames. Je ditïèie là-dessus d'opinion avec le comité et avec le membre de cette assemblée qui a parlé hier sur la
IHSCUIKS DK DUMAS. 585
(jiicslioii. .le lU' pillerai point la justice tle notre cause par d'inulilos j)iovocatious, par le refus de croire à tout ce qui nous sera comuiuiiiqué de la part des puissances, et je n'irai pas fonder un système de guerre sur la présomption de nouveaux alliés; car je ne vois là ni forces réelles, ni prévoyance. Il faut faire cesser toute tergiversation, il faut que les puissances reconnaissent la souveraineté du peuple fiançais, ou bien il faut traiter en ennemis ceux qui s'y refuseront. Nous aurions pu tenir ce langage dès le lendemain de Tacceptation du roi; mais alors environnés de tous nos mécontents, les monarques de Vienne et de Madrid ont pu ne pas suivre le cours rapide de nos événements. Aujourd'hui tout doute est injurieux : l'heure est arrivée où le roi des Français doit leur dire : Voulez-vous gaider vos alliances, faites exécuter les traités qui les garantissent; répondez : toute hésitation nous ferait plus de mal que vos forces réunies. La dissimulation est plus dangereuse pour nous que la guerre ouverte. C'est ainsi qu'en nous montrant toujours les premiers fidèles à nos engagements, nous pourrons espérer de trouver des alliés. Qu'on cesse donc d'entraîner l'opinion publique vers un système sans base : il ne faut pas voir dans la guerre une mesure de patriotisme, il ne faut pas la rendre inévitable pour la faire. Nous avons pris dans la nature les principes fondamentaux de notre liberté; nous saurons bien y prendre ceux de notre politique. La nature, la justice et l'intéièt même de nos voisins doivent nous lassurer assez.
L'empereur a besoin que ses ennemis soient les nôtres. Vainement a-t-il cherché l'alliance de la Hollande et de la Prusse; ces contre-sens politiques ne nous en imposent point. Si, malgré toutes ces vraisemblances, les puissances voisines persistaient dans le système qu'elles ont paru adopter d'abord, si les projets de ce congrès de têtes couronnées venaient à se réaliser, laissez former ce tribunal, qu'ils y traduisent la constitution française; mais qu'ils se rappellent la ligue d'Augsbourg; qu'ils se rappellent le serment des Français, de mourir plutôt que de souffrir qu'aucun prince étranger vienne se mêler de leurs débats politiques. Pour nous, soyons convaincus qu'il n'est pas plus au pouvoir humain d'arrêter l'extension de la liberté et de la vérité que celle de la lumière. Je conclus à ce que, religieux observateurs de racle constitutionnel qui réserve au roi la faculté de signer tous les traités, sauf la ratilication du corps législatif, nous ne délibérions sur cet objet que lorsque le roi nous proposera des tiaités pour les ratifier. (On murmure.) Que la question préalable soit adoptée sur les deux premiers articles du projet du comité ; que le message au roi n'ait d'autre objet que la