DISCOURS DE VERGNIAUD
VOUS lîonnn pour vous soustraire à un traité désavantageux, redoutez l'avilissement que vous prépare la haine et de TEurope, et de la France, et du siècle, et de la postérité. (On applaudit.)
Votre comité vous propose de demander des explications ; M. Brissot a observé que ce n'est plus une explication sur les intentions qu'il faut demander, mais une satisfaction sur les faits.
Mais devons-nous nous borner à demander- cette satisfacliun? Il me semble que nous avons d'autres réquisitions à faire. Je propose, par exemple, que Ton requière Tempereur de défendre la cocarde blanche dans ses États. (Il s'élève des murmures.) Apprenez-leur que vous ne regardez pas comme des hochets les couleurs qui sont devenues celles de la rébellion et de la trahison envers la patrie.
Je pourrais proposer encore qu'on requit Tempereur, non-seulement de disperser les émigrés, mais que l'on exigeât l'extradition de ceux qui sont sous la main vengeresse de la justice. En elîet, dans l'ancien régime, toutes les puissances eussent regardé comme un devoir de livrer un criminel de lèse-majesté, et Louis XV, sur la réquisition de l'Angleterre, fut forcé de faire arrêter à Paris le dernier rejeton de l'infortunée famille de Sluart. Je ne vous propose pas cependant de redemander les coupables : s'ils ont été avides de notre sang, ne nous montrons point avides du leur. Leiu' crime est d'avoir touIu détruire leur patrie; eh bien! qu'errants el vagabonds sur le globe, leur punition soit de ne trouver de patrie nulle part. (On applaudit.)
Enfin le comité diplomatique n'aurait pas du se départir du grand moyen que l'on peut tirer de l'acquiescement donné par l'empereur au conclusum de la diète. Remarquez dans quelle posilion nous serons, si nous ne le requérons pas de s'expliquer sur son adhésion à cet acte de la diète. Je suppose qu'il ait envie de nous faire la guerre, et qu'il ne la retarde que pour préparer ses forces; comnje vous lui laissez toujours un prétexte en arrière, il ne refusera pas de vous satisfaire sur les explications que vous lui demandez; et lorsque ses forces seront réunies, alors il partira de ce cnnchisum pour vous attaquer. Il faut donc lui demander dès à présent des explications sur son adhésion, lui demander surtout s'il entend adhérer à la défense, portée par ce conchimm, de recevoir des indemnités de la France. Son refus de donner à cet égard des réponses satisfaisantes équivaudrait à une déclaration de guerre, et vous ne devriez pas balancer. (On applaudit.) Mais surtout il faut que ses réponses soient tellement claires et précises, qu'elles ne donnent lieu à aucime espèce d'échappatoire. Ne pordez pas l'avantage
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de votre situation , attaquez lorsque tout vous fait encore présagei d'heureux succès. Si dans la guerre de Saxe, Frédéric eiit temporisé, son successeur ne serait peut-être que le marquis de Brandebourg. Au contraire il a attaqué, et le roi de Prusse tient aujourd'hui avec Tempereur la balance politique qui a échappé de vos mains.
Jusqu'ici vous n'avez suivi que des demi-déterininations; vous avez vu des émigrés se rassembler, vous avez armé contre eux, sans daigner voir les injures des puissances qui ont envoyé des agents reconnus pour traiter avec ces conspirateurs, comme avec des chefs légitimes; et je puis appliquer à vos mesures le langage que tenait en pareille circonstance Démosthènes aux Alliéniens : a ^'ous vous conduisez à l'égard des Macédoniens, leur disait-il, comme ces barbares, qui paraissent dans nos jeux, à l'égard de leurs adversaires. Quand on les frappe au bras, ils portent la main au bras ; quand on les frappe à la tête, ils portent la main à la tête. Ils ne songent à se défendre que lorsqu'ils sont blessés, sans jamais songer à .parer les coups qu'on leur porte. Philippe arme, vous armez aussi. Désarme-t-il, vous posez les armes; s'il attaque un de vos alliés, aussitôt vous envoyez une armée nombreuse à la défense de cet allié; s'il attaque une de vos villes, aussitôt vous envoyez une armée nombreuse à la défense de cette ville. Désarme-t-il, vous désarmez, sans vous occuper des moyens de prévenir son ambition et de vous mettre à l'abri de ses attaques ; ainsi vous êtes aux ordres de votre ennemi, ainsi c'est lui qui est le général de votre armée. »
Et moi aussi, je vous dirai des émigrants : Enlendez-vous dire qu'ils sont à Coblentz, des citoyens sans nombre volent pour les combattre. Sont-ils rassemblés sur les bords du Rhin ou dans les Pays-Bas, vous garnissez vos frontières de deux corps d'armée. Des puissances voisines leur accordent- elles un asile, vous vous proposez d'aller les attaquer. Entendez-vous dire au contraire qu'ils s'enfoncent dans le sein de l'Allemagne, vous posez les armes. Vous font-ils une nouvelle olîense, votre indignation éclate. Vous amuset-on par de belles promesses, vous désarmez encore. Ainsi, ce sont les émigrants et les cabinets qui leur prêtent un appui qui sont vos chefs, qui disposent de vos armées et de vos trésors; ils sont les^ arbitres de votre tranquillité et de vos destinées. (On applaudit.)
C'est à vous de voir si ce rôle humiliant est digne d'un grand peuple.
Une pensée échappe dans ce moment à mon cœur, et je terminerai par elle. Il me semble que les mânes des générations passées
viennent se presser dans ce temple pour vous conjurer, au nom des maux que l'esclavage leur a fait éprouver, d'en préserver les générations futures, dont les destinées sont entre vos mains. Exaucez celle prière; soyez à l'avenir une nouvelle Providence; associezvous à la justice éternelle qui protège les Français; en méritant le titre de bienfaiteurs de votre patrie, vous mériterez aussi celui de bienfaiteurs du genre humain. (Les applaudissements recommencent avec plus de force, et se renouvellent à plusieurs reprises.) Je me borne à demander la priorité ppur le projet de décret de M. lirissot, sauf quelques amendements.
L'assemblée ordonne Timpression de ce discours.
M. Ilamond. Nous arrivons à la seconde époque de notre révolution. A mesure qu'elle s'achève dans l'intérieur, et que nous tournons nos regards sur ce qui nous environne, nous sommes avertis qu'elle est à faire à l'extérieur.
Les peuples ne peuvent se connaître, dans toutes leurs relations |)olitiques, que par l'action de ceux auxquels est confié le gouvernement. Tant que le gouvernement français est demeuré dans un é(at d'indécision, tant que le roi n'avait pas accepté la royauté constitutionnelle, la France n'avait pas lixé, à l'égard des étrangers, Texisfence de son gouvernement; il n'y avait point de France proprement dite, il n'y avait point de rebelles. Ce n'est qu'à l'instant où le nouveau gouvernement a été notilié à toutes les puissances, qu'elles ont pu reconnaître aussi l'existence d'une révolte contre ce gouvernement. 11 résulte de là que ces deux époques, celle qui a précédé et celle qui a suivi la notilication de la constitution, doivent être soigneusement distinguées, et qu'il est nécessaire de ne pas confondre les actes postérieurs avec ceux qui sont antérieurs à cette notification.
Or, que voyons-nous depuis la notification? que le gouvernement a été reconnu, que la souveraineté du peuple français a été méconnue. Cette importante distinction me rappelle à mon premier mot : il faut noliher aux puissances étrangères, non plus seulement le gouvernement, mais la souveraineté de la nation, qu'elles ne connaissent pas encore. (On applaudit.) Et c'est de cette reconnaissance solennelle que datera l'époque de notre révolution dans r Europe.
Il faut faire à cet égard à l'empereur des questions telles que toute léponse illusoii'e soit équivalente à un refus véritable. En effet, la circulaire de Padoue et le traité de Piluitz l'ont placé entre les deux branches d'un dilemme, d'où il lui sera impossible de sortir : ou il renoncera foi'niellemeut aux conséquences de ce traité et de cette
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circulaire, et alors, par cela même, la souveraineté de la nation française est reconnue par le plus absolu despote; ou il persisteni, conformément à Tesprit de ce traité, à reconnaître votre f^ouvernement, sans reconnaître votre souveraineté; alors il faut l'établir par la force des armes. (On applaudit.)
Répondra-t-il qu'il reconnaît la liberté du roi; qu'il est attaché à cette constitution que Louis XVI a acceptée; qu'il veut n'eu point traverser l'exécution, môme la garantir et la maintenir dans son intégrité? Alors nous lui dirons que nous ne voulons pas de sa garantie ; que le maintien de la constitution dans son intégrité dépend de notre seule volonté : que la nation a en tout temps le droit de changer sa constitution. (On applaudit.) Et que la légitimité de cette constitution, que l'obligation qu'il a de la respecter résulte, non pas de l'acceptation du roi, mais de la volonté du peuple français. (On applaudit.)
M. Brissot a, au contraire, proposé ses réquisitions dans des termes trop déterminés, qui favoriseraient cette distinction qui a été faite entre la légalité de notre gouvernement et notre souveraineté. Dans les termes que je propose de demander à l'empereur une déclaration, il est évident que toute évasion serait une négation formelle et absolue.
On a fait deux hypothèses : la première suppose le cas où les puissances étrangères voudraient se réunir pour modifier à leur gré notre constitution. On a pensé qu'il fallait exiger des explications à regard du congrès projeté, .l'avoue que quelque idée que j'aie de l'appareil de forces, de l'amas de troupes qui doivent appuyer ce congrès, des séductions extérieures et intérieures, desquelles on attend son succès, je ne conçois pas un congrès en F.urope qui ne soit dissous par le serment que vous avez fait samedi. (Ou applaudit.)
La seconde hypothèse qu'il tst permis de former, c'est que quelques puissances n'ont pas osé tenter d'apporter des modifications à notre constitution, mais nous otTrir une espèce de garantie de notre gouvernement, tel qu'il subsiste à présent, garantie que nous ne devons pas, que nous ne voulons pas recevoir. (On applaudit.)
C'est la première hypothèse qui a fait la base de l'opinion de M. Brissot. Pour nous préparer à cette lutte de la liberté contre le despotisme, lutte qu'aucun peuple n'a encore soutenue sans payer par de longues calamités le triomphe de son courage, il a pensé, et personne ne le lui a encore contesté, que des alliés nous sont nécessaires. Il a tourné ses regards vers f Angleterre; je pense aussi que l'alliance de cflle jouissance nous serait utile; mai-; csl-«'ile
Disconns de ramond. 50r»
pos^ildo'Mt' vous supplie de me permettre à ret égard quelques ré- IlexioHs.
Je suis loin de penser défavorablement des dispositions du peuple anglais; je crois qu'il est d'autant plus disposé i\ approuver noiïe révolution, qu'il a la pratique de la liberté civile, et qu'il connaît par rexpérience les inconvénients du despotisme politique. Mais je sais aussi que Tintérêt personnel, que les liassions dominantes trouvent bien plus leur conq)te à nos divisions qu'à l'union (jiie nous leur proposons. Et faites attention que cette union se présente sons des formes bien singulières et bien étranges. Car vous n'avez point oublié que le cabinet anglais a depuis longtemps l)rotégé l'aristocratie dans toute la spbère de sou activité ; vous n'avez point oublié qu'en Hollande surtout la puissance de l'Angletei-re a protégé raristociatie dans toute son étendue ; que la contre-révolution de la Hollande a été le succès de ralliance des puissances du Nord; que Tétat alarmant de l'Irlande doit exciter sa vigilance, et lui fait un intérêt de mainteuir son alliance avec les fitats généraux.
Voilà cependant la puissance pour laquelle on nous propose de faire des sacrifices, et aux pieds de laquelle on veut nous faire prosle.rner. (11 s'élève de violents murmures.)
Au reste, il n'existe plus de traité qui puisse subsister dans l'état actuel de notre constitution. Notre diplomatie à cet égard ne doit plus avoir la moindre relation avec le passé.
Le traité de 1730 dépérit naturellement depuis les nouvelles alliances de l'empereur, sans que nous nous en mêlions. Il va devenir dans peu l'objet d'une égale indifférence, et pour lui qui n'y trouve plus les mêmes avanlages, et pour nous qui n'y trouvons plus les mêmes inconvénients. Je demande donc que le traité de 1756 et tous les autres traités soient la matière d'un rapport et. d'une discussion approfondie, et que sur cet objet nous prenions une détermination générale, conforme aux principes de notre constitution. (Il s'élève quelques murmures.)
Je récapitule le projet du comité. Avons-nous à craindre qu'un congrès cherclie à nous gagner de vitesse pour s'emparer des avantages de l'agression? Votre comité vous a proposé de demander ù l'empereur des explications tellement claires et précises, qu'elles nous fassent connaître dans le plus court délai ses véritables intentions; et je crois avoir prouvé qu'il ne pourra pas donner de réponse évasive qui ne soit pas en même temps négative.
On vous a proposé en dernier lieu de demander quelques autres explications. Je m.'arrête à la {première qui paraît avoir quelque ini-
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portance; c'est celle qui est relative aux cocardes blanches. Je crois qu'on l'a conçue dans des ternies qui donneraient lieu à des interprétations assez singulières. 11 faudrait, par exemple, désigner ce que c'est que les cocardes blanches, ci-devant françaises, que vous voulez proscrire; car vous n'ignorez pas qu'on porte, dans les États de l'empire, des cocardes blanches de dilTérenles espèces, de différents diamètres. J'ajouterai que je ne sais pourquoi Ton a voulu plus particulièrement attacher les regards de l'assemblée sur une cocarde que sur la protection accordée à tous les autres colifichets dont il peut plaire aux hommes d'orner leurs chapeaux. (On murmure.) Il convient de faire respecter la cocarde nationale, mais il n'est pas de la dignité de l'assemblée de chercher parmi un grand nombre de cocardes, celles dont elle voudrait demander la suppression.
Pour justifier le dëiai que votre comité vous propose d'accorder, je n'ai qu'à vous rappeler le motif déjà énoncé, la nécessité de nous mettre en mesure. Un délai est nécessaire pour que nos forces nationales soient en état de se succéder et de se soutenir en cas d'échec, et qu'enfin nous ne négligions aucun des préparatifs nécessaires pour faire une incursion. Il faut encore ce délai pour faire percer chez les peuples qui vous environnent la justice de votre cause. La discussion des questions que vous voulez faire à l'empereur sera un superbe manifeste, qui percera dans les pays que l'on avait cherché à fermer à notre révolution. Il faut enfin ce délai pour que l'assemblée nationale prenne de grandes mesures de finances, et établisse partout des moyens d'ordre et de force.
Je vous supplie de ne point regarder cette guerre comme une guerre ordinaire. Elle marquera l'époque d'une suite d'événements bien extraordinaires. Elle peut être bien sanglante. Vous avez le choix, ou de porter à tous les peuples de l'Europe la liberté et le bonheur, ou de les livrer aux horreurs d'une longue anarchie. Si vos troupes ne sont pas parfaitement disciplinées lorsque vous entrerez en campagne... (Il s'élève des murmures.) il est possible que la philosophie de la constitution périsse pour les peuples au milieu des calamités de la guerre ; il est possible que vous ne marquiez pour ces peuples qu'une époque de désastres et de carnage. Des troupes qui seraient encore peu accoutumées à la discipline se-r raient trop accessibles à des suggestions perfides. Vous en avez eu la preuve à Saint-Domingue, et vous avez vu dans le Comtat la liberté portée par des mains impures dégénérer en licence et en anarchie. Certes, il n'est pas indifférent que les prêtres de la liberté soient purgés du levain de la discorde; certes, il n'est pas inutile
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(|iÙMi iiiumcDt uù vous porterez le glaive en Europe, vous l'ayez préparé par de longs, de grands et de sublimes exemples. (On applaudit.) Je propose deux amendements au projet du comité : !*> La demande d'une explication positive sur le traité de Pilnitz et la circulaire de Padoue; 2" je demanderai que l'on fonde en un seul les articles II et 111; 5° enfin, que le roi soit invité à accélérer les mesures nécessaires pour que l'on puisse être prêt à entrer en campagne à la lin de février, en cas de dilation de la part de l'empereur.
— La discussion fut interrompue par un rapport du ministre de la guerre, et le reste de celte séance, ainsi que celle du lendemain, fut occupé par des questions militaires. Le 11) au soir, Dumas, au nom du comité militaire, fit un rapport sur les moyens de porter l'armée au complet. 11 proposa, pour faciliter le recrutement, de fixer à deux ou trois ans au plus la durée des engagements. Comme plusieurs membres réclamaient contre la grandeur des dépenses qu'entraîneraient les dispositions développées par Dumas, Lacombe s'écria : « N'épargnez rien ; avec de l'argent on obtient la victoire, avec la victoire on ramène l'argent ; ne marchandons pas avec la liberté ! » Le projet fut ajourné ainsi que celui que présenta le même jour Lacroix pour l'augmentation du nombre des lieutenants généraux et des maréchaux de camp.
— A la séance du 20, la discussion se rouvrit sur le projet du comité diplomatique. Quatre orateurs furent entendus : Beugnot, Fauchet, Becquet et Isnard.— Beugnot combattit les vues de Brissot, et insista pour faire demander des explications à Temperôur. — Fauchet voulait que la France n'eût désormais pour alliés que les peuples libres, et ne s'alliât à l'avenir avec les autres, que lorsqu'ils auraient conquis la liberté ; il vota pour la déclaration de guerre. — Becquet, tout en craignant que si les troupes françaises enti'aient sur le territoire étranger, le contact de l'aristocratie ne leur fit perdre de leur amour pour la liberté, opina néanmoins pour le projet du comité. — Isnard redoutait la réunion de l'empereur et de la Prusse ; il termina ainsi :
« Trois choses peuvent mettre obstacle à nos succès : l'une, si les citoyens étaient désunis; l'autre si nos ministres nous trahissaient; la troisième, si le roi se laisse égarer par des conseils perfides. Mais quant à la désunion, j'espère qu'au premier son de la trompette tous les Français se réuniront, et j'en ai pour augure le jour oij soudain l'assemblée se leva tout entière pour jurer de mourir plutôt que d'effacer un mot de la constitution, et pour déclarer infâme tout Français qui voudrait capituler avec nos ennemis ; et le joui'
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encore où la garde nationale vint jurer dans ce lemple la victoiie ou la mort. Que n'étaient-ils présenis à. ce spectacle les rois qui veulent nous asservir; une juste crainte eût détruit leurs vains projets 1
« Pour ce qui est des ministres, il est des moyens pour les Ibrccr au devoir. 11 Tant d'abord, par un code nouveau sur la resi)onsabilité, bien aiguiser pour eux le glaive des lois : ensuite les rassembler Ions dans ce lieu, et leur déclarer solennellement, au nom du peu^ile, que nous comblerons de gloire ceux qui feront bien, et que nous ferons décapiter celui qui voudra nous trahir. Car il ne faut pas qu'un sevd individu s'avise déjouer toute une nalion.
« Quant au roi, son cœur est bon, et je me persuade qu'il fera ce qu'il doit. Certes, il est le plus intéressé; il doit bien voir que la nation, qui a déjà oublié deux fautes, n'en oubliera pas trois. Enlin, que chacun apprenne que nul citoyen, prêlre, général, nrînistre, roi, ou autre, ne nous tronqierait impimément. Le sort en est jeté; nous voulons l'égalité, dussions-nous ne la trouver que dans la tombe; mais avant d'y descendre, nous y précipiterons tous les traîtres. Il faut que l'éuaiité et la liberté triomphent en dépit de l'aristocratie, de la théocratie et du despotisme, ])arce que telle est la résolution du peuple français, et que sa volonté ne reconnaît de voloritc supérieure à la sienne, que celle de Dieu.
« .le conclus donc non-seulement à ce que l'assemblée adopte le projet de décret présenté par M. Brissot, mais encore que le roi soit prié de réclamer de l'empereur ({u'il fasse retirer une partie des tbrces militaires qui menacent nos frontières, et qu'il ne laisse dans la Belgique que le nombre de troupes qu'il doit y avoir d'après les traités. » (On applaudit.)
— La discussion sur le projet du comilé diplomatique, interrompue le 21, fut reprise le 23 et terminée enlin par un décret qui ajourna momentanément la question de la guerre.
Si-AXCK DU 25 JANVIER. — Daverlioult cliercba à établir que ce n'était ni contre la France ni contre la constitution, mais contre la philosophie que Léopold dirigeait toutes ses mesures. « Soyons vrais, dit-il; les amis de la liberté voudraient venir au secours de la philosophie; ils voudraient former une ligue pour répandre dan» Ions les États de l'Europe une sainle insurrection. Laissez à la philosophie le soin d'éclairer l'univers, et plaignez le sort de l'bumanité soulfrante, s'il faut que la lumière sorte des malheurs et de la destruction des peuples. » Il vota }»our le projet du comité diplomatique, avec quelques amendements, et demanda la question préa-
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lable sur celui de liiis^d. — Comlorcet lui Micceda. u Aucun écrivain, dit le Vdtnoic français du !2() janvier, ne connaît mieux que lui le secret d'applifjuer avec linesse la philosophie à la politique. 11 s'est attaché à poser les bases qui devaient soutenir la diplomatie d'un peuple libre; il a prouvé surtout qu'il nous convenait de nous allier avec la Pologne, l'Angleterre et l'Amérique. » Pour compléter celte analyse du discoui's de Condorcel, nous ajouterons (|u'il signala la mdlité de nos négociations comme la cause des projets malveillants formés contre la France. « Annonçons à l'Europe, s'écriat-il, que nous sommes toujours disposés à la paix, toujours prêts à faire une alliance digne d'un peuple libre; que la liberté et l'égalilc, bases de notre constitution, le soient aussi de nos traités ; et qu'entre les peuples et nous, elles deviennent les liens d'une éternelle fraternité, w II demanda que le roi fut prié d'envoyer auprès des puissances des hommes dignes de la confiance du peuple français, et de les charger de proposer et de négocier des traités d'alliance, de commerce et de garantie, capables d'assurer la paix et la prospérité de l'empire. — llérault-Séchelles prit la parole après Condorcet; il voulait qu'on interpellât posilivement l'empereur pour qu'il déclarât s'il entendait demeurer ami et allié de la nation française; que le roi continuât de prendre les mesures les plus vigoureuses pour la défense des frontières, et qu'il lut fait un rapport sur le traité de 17o6. Rouyer,Mailhe et Gensonné appuyèrent celte proposition. Barennes demanda qu'il y lut ajouté la protestation formelle de ne déposer les armes qu'après avoir donné la liberté à tous les peuples. Les tribunes applaudirent avec transport. L'assemblée adopta en ces termes le projet d'Hérault-Séchelles :
« L'assemblée nationale, considérant que l'empereur, par sa circulaire du 25 novembre 1791, par la conclusion d'un nouveau traité arrêté entre lui et le roi de Prusse le 25 juillet 1791 et notifié à la diète de Uatisbonne le (3 décembre, par sa réponse au roi des Français sur la notification à lui faite de l'acceptation de l'acte constitutionnel, et par l'office de son chancelier de cour et d'État, en date du 21 décembre 1791, a enfreint le traité du l" mai 175(), et cherché à exciter entre diverses puissances un concert attenlatoire à la souveraineté et à la sûreté de la nation;
u Considérant que la nation française, après avoir manifesté sa résolution de ne s'immiscer dans le gouvernement d'aucune nation étrangère, a le droit d'attendre pour elle-même une juste réciprocité, à laquelle elle ne soutîiira jamais qu'il soit porté la moindre atteinte;
roML VI. .34
598 (28 JANVIER 1792; AS^hMBLhh LLOISLAIlVli.
« Applaudissant à la lermetc avec laquelle le roi des Fran^ai^ a répondu à l'oftice de Tempereur ;
a Après avoir entendu le rapport de son comité diplomatique, décrète ce qui suit :
« Art. 1er. Le roi sera invité par une députation à déclarer à Fempereur qu'il ne peut traiter avec aucune puissance qu'au nom de la nation française, et en vertu des pouvoirs qui lui sont délégués par la constitution.
(c II. Le roi sera invité de demander à Tempereur, si, comme chef de la maison d'Autriche, il entend vivre en paix et bonne intelligence avec la nation française, et s'il renonce à tout traité et convention dirigés contre la souveraineté, Tindépendance et la sûreté de la nation.
« III. Le roi sera invité de déclarer à l'empereur qu'à défaut [lai lui de donner à la nation, avant le l^"" mars prochain, pleine etentière satisfaction sur tous les points ci-dossus rapportés, son silence ainsi que toute réponse évasive ou dilatoire seront regardés comme une déclaration de guerre.
« IV. Le roi sera invité à continuer de prendre les mesures les plus promptes pour que les troupes françaises soient en état d'entrer en campagne au premier ordre qui leur en sera donné. »
— Ce décret fut transmis le jour même au pouvoir exécutif. Louis XVI y répondit par le message suivant :
Paris, le ^S janvier 1792. — « J'ai examiné, messieurs, l'invitation en forme de décret que vous m'avez fait présenter le 25 de ce mois. Vous savez que par la constitution c'est à moi seul qu'il appartient d'entretenir les relations politiques au dehors, de conduire les négociations, et que le corps législatif ne peut délibérer sur la guerre que sur ma proposition formelle et nécessaire. Sans doute vous pouvez me demander de prendre en considération tout ce qui intéresse la sûreté et la dignité nationide ; mais la forme que vous avez adoptée est susceptible d'observations importantes. Je ne les développera point aujourd'hui : la gravité des circonstances exige que je m'occupe encore plus de maintenir l'accord de nos sentiments, que de discuter continuellement mes droits. Je dois donc vous faire connaître que j'ai demandé depuis quinze jours à l'empereur une explication positive sur les principaux articles qui font l'objet de votre invitation. J'ai conservé avec lui les égards que se doivent respectivement les puissances. Si nous avons la guerre, n'ayons à nous reprocher aucun tort qui l'ail i)rovoquée ; cette cer-