‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 17 sur 132 · TO.ME V · texte numérisé non relu

TO.ME V

oO (avril 1791; ASSEMBLÉE NATIONALE.

la résulution de faire partir le roi à force armée. La section concluait (jif il n'y avait lieu à délibérer. — La presque totalité des autres sections fut de cet avis, et, en conséquence, l'aflaire en resta là. Mais elle n'est cependant pas encore Unie pour nous; il nous reste à enregistrer une dernière démarche qui donna lieu à une réponse du roi que Fliistoire doit recueillir.

Le département et la municipalité se rendirent successivement chez le roi, comme on l'a vu. Voici la réponse du roi qui fut transcrite sur les registres du département et qui fut affichée, sous cette forme, dans Paris.

Réponse du roi au directoire de Paris, du 22 avril 1791. — «Le directoire s'est présenté chez le roi pour lui oH'rir ses remerciments de la nouvelle preuve qu'il venait de donner de son atlachement à la constitution.

« Le roi a recommandé au directoire de veiller avec soin à la tranquillité publique; il a ajouté que l'on avait osé afficher aux portes de son palais qu'il y avait des relais établis sur la route de Saint-Cloud à Compiègne pour favoriser son départ; que cette assertion était de la plus insigne fausseté; qu'il chargeait le directoire, non-seulement de délrom[)er le public de celte imputation calomnieuse, mais même de découvrir s'il n'y avait pas eu des projets criminels pour lui donner l'apparence de la réalité. »

Le but du roi, en donnant cette réponse, est évident. Il voulait, en révélant le projet de Mirabeau, détourner l'atteniion de son projet réel. (Juant au bruit (pii courut que le roi n'avait désiré aller à Saint-Cloud que pour s'ouvrir une route vers la frontière, on en sait maintenant assez pour être assuré qu'il n'était nullement fondé. D'ailleurs, l'exécution d'un plan semblable eût été très-possible. Aiu'ii madame de Campan nous apprend qu'un projet de se transporter de Saint- Cloud à Metz avait été présenté au roi en 1790 pendant qu'il séjournait dans ce château; mais le roi repoussa le proposition [Mém. cit., p. 114); rien alors n'était encore prêt» ni Bouille, ni la diplomatie, et les troupes françaises n'étant pas sûres, il fallait pouvoir compter au besoin sur un appui étranger.

Revenons à Paris et à la situation de l'opinion publique à la suite de Ions ces événements. On faisait tout pour la calmer. On lit, en effet, dans le Moniteur du 20 :

M. le maire, instruit des inquiétudes de l'armée parisienne, a fait mettre à l'ordre, le 2i, que le corps municipal avait revu, dans la journée du 23, le vœu de cinquante-quatre bataillons ; (ju'il recevrait sans doute le vœu dos autres le lendemain, et qu'il s'empres-

SITUATION DE PAKIS. 51

serait de prendre les mesures qui peuvent satisfaire, et l'armée, et la capitale, et le corps municipal.

M. le major général a été chargé par M. le maire d'inviter MM. les chefs de division et commandants de bataillon à veiller particulièrement à la tranquillité publique pendant les fêtes de Pâques.

Tous les bataillons de la garde nationale parisienne ayant renouvelé le serment d'obéissance à la loi, le résultat de leurs délibérations a été remis à la municipalité cl communiqué à M. Lafayette, qui a repris les fonctions de commandant général, et a assisté ce matin à la parade de la garde de la réserve de l'hôtel de ville.

Le roi et sa famille ont assisté hier à l'oftice à Saint-Germainl'Auxerrois.

— La presse révolutionnaire, pendant cette période , commenta les événements dans le sens d'une opposition complètement anticonstitutionnelle. Elle applaudit aux émeutes du 17 et du 18 avril, età la démission de M. Lafayette. Brissol fut le seul qui prit ouvertement le parti du commandant général. Cette opinion le lit classer par Marat au nombre des ennemis publics. On approuva liantement la délibération des sections; mais on blâma non moins vivement la démarche de la garde nationale auprès de son général, ainsi que celle de Bailly. Marat, furieux de voir celui qu'il avait pris pour son ennemi personnel revenu au pouvoir par la volonté du peuple armé, publia un pamphlet dont le tilie fera juger le style :

Histoire curieuse, véritable et remarquable des plus beaux traits de la rie de Marie-Paul-Joseph-Roch-Yces-Gilbcrt Moftié, marquis de Lafayette, maréchal de camp, député de la noblesse de Riom aux états généraux, fondateur du club des Monarchiens et du club des Fédérés, instituteur des mouchards de l'état-major, président du comité autrichien, généralissime des contre-révolutionnaires, conspirateur en chef du royaume de France, et général de l'armée parisienne , et grenadier à moustaches du bataillon des Théalimt; offerte it V admiration des Français, amis de la vertu et de la liberté. — Tout ce qui reluit n'est pas d'or.

En même temps, les journaux patriotes se disputaient entre eux. Choderlos de Laclos, dans son Journal des Amis de la constitution, attaquait Brissot sur son républicanisme, et lui demandait comment, avec cette opinion, il se trouvait si souvent d'accord avec d'Esprémenil et Linguet. Brissot se défendait; puis, repieiiant l'offensive : « J'ai l'ail mes preuves, disait-il ; où sont celles de V. Choderlos? Nous citora-t-il ses romans, son apparition si récente aux Jacobins et l'extrait des lettres d'afliliation qu'il intitule Journal?...

S2 (avril 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.

Non, le secrétaire de la calomnie ne peut être le secrétaire des vrais jacobins! »

Mais la presse n'avait pas en ce moment nn auditoire aussi bienveillant qu'autrefois. 11 y avait une réaction dans l'opinion. On lisait moins ; on achetait peu. Les colporteurs étaient quelquefois maltraités et leurs feuilles déchirées. 11 arrivait même aux écrivains les plus révolutionnaires de subir des avanies assez désagréables dans les lieux publics, lorsqu'ils étaient reconnus. Camille Desmoulins en éprouva particulièrement quelques-unes, qu'il raconte d'ailleurs foit gaiement.

Quant aux clubs, ces autres agents des déterminations publiques, nous avons vu que celui des Cordeliers ne se ménagea pas dans le cours de ce mois. L'arrêté que nous avons ciîé ne fut pas le seul dont il fut l'auteur. Ce club se confondait avec la section du même nom, qui s'était ainsi transformée depuis que la permanence des seclions avait été interdite. Son zèle révolutionnaire lui valut d'êlre dénoncé par l'accusateur public, et, ce qui est curieux, le bataillon de cette section ne voulut plus porter le nom des Cordeliers ; il demanda à changer son nom en celui de bataillon de l'Observance, ce qui lui fut accordé.

Le nom des Jacobins est souvent prononcé dans les écrits et surtout dans les mémoires contemporains. On avait pris l'habitude de les considérer comme les meneurs de la révolution; mais, à l'époque où nous sommes, leur club est évidemment placé en seconde ligne; il est dépassé par les Cordeliers. D'ailleurs, en ce moment, il s'opérait une révolution dans le soin de la société ; le personnel en était grandement modifié et tendait à se modifier davantage par les nouvelles admissions. « Ce fut la cour, dit A. Lametli, ce fut la cour elle-même qui employa tous ses soins à vicier la composition de la société et qui la poussa aux excès, lorsque les ministres eurent adopté le dép'orable système du pessimisme, système appuyé sur la dangereuse résolution de n'attendre le bien que de l'excès du mal.

« Cette fatale pensée décida la cour à faire entrer dans les jacobins des hommes naturellement exagérés, d'autres qui feignaient de l'être, et auxquels on fit suivre, à l'égard des chefs de cette société, la tactique qu'avait employée le tribun Duilius contre les Gracques. Elle consistait à taxer de modérantisme et de faiblesse les propositions même énergiques, mais réfléchies, que faisaient les députés les plus accrédités du parti populaire, et à leur en substituer de violentes, qui devaient avoir plus de faveur auprès de la multitude. Par cette maureuvre, on plaçait les chefs de la société dans la fà-

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