‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 20 sur 132 · BREFS DU PAPE · texte numérisé non relu

BREFS DU PAPE

Le premier bref éliiit du 10 mars, et adressé spécialement aux évèques qui faisaient partie de l'assemblée nalionale. Le pape y discutait plusieurs articles de la constitution civile du clergé; il répondait à ceux qui prétendaient que l'assemblée avait eu le droit de statuer sur la discipline, comme étant susceptible de cliangements. D'aboid, disait-il, plusieurs des nouveaux décrets s'écartent de l'enseignement de la foi. Celte liberté absolue, que l'on proclame et que l'on exagère, cette doctrine qui ne voit plus dans le souverain le ministre de Dieu même, cette soustraction foimelle à l'autorité du saint-siége, ne sont-elles pas contraires aux principes de l'Église catholique? D'ailleurs, ia discipline a souvent une liaison intime avec le dogme; elle contribue à en conserver la pureté. On a vu les conciles prononcer des censures contre des personnes qui n'étaient coupables ijue contre la discipline : le concile de Trente en offre plusieurs exemples. — Le mode d'élection décrété était plein de nouveautés. Le pape rappelait à ce sujet plusieurs élections d'évêques faites par le souverain pontife seul, et faisait remarquer que le changement introduit dans la discipline généralement suivie autrefois (l'élection par le peuple) avait été nécessité par les troubles et les dissensions qui résultaient très-fréquemment des élections populaires. Mais si on avait été forcé d'exclure le peuple, lorsque tous étaient catholiques, que dire du décret qui, privant le clergé du soin de concourir aux élections, y admettait les hétérodoxes et même les inhdèles ? Le pape se plaignait ensuite des entraves mises à l'autorité des évè(jues, de l'abolition des ordres religieux, delà destruction de tant d'établissements utiles, et des autres plaies faites à l'Église. Il comparait ce qui se passait en France avec ce qui était arrivé en Angleterre sous Henri II et sous Henri VIII, et demandait enlin aux évèques les moyens, s'il en était, de concilier les esprits et de termhier les querelles.

Le second bref, en date du 13 avi'il, était adressé à tous les fidèles de France. Pie VI citait d'abord, avec éloge, l'Expos/iiun, qu'il appelait la doctrine de l'Église gallicane. Il déplorait vivement la défection des quatre évèques, et surtout de celui (jui avait prêté les mains pour la consécration des constitutionnels. Il ordonnait h tous les ecclésiastiques qui avaient fait le serment, de se rétiacter dans quarante jours, sous peine d'être .susi^ens de l'exercice de tous ordres et soumis à l'irrégularité s'ils en faisaient les fonctions. Il spécifiait que tel avait été l'avis des cardinaux et le vœu du corps épiscopal de France. Il déclaiail les élections des nouveaux évèques illégitimes, sacrilèges et contraires aux caaons, ainsi que l'érection des sièges créés par les nouvelles lois, Il prononçait que les consé-

orations étaient criminelles, illicites et sacrilèges, et enfin il déclarait les consacrés privés de tout droit de juridiction et suspens de toutes fonctions épiscopales. {Mém. ecclésiastiques, t. III, p. 173.)

Ces brefs furent fort mal accueillis par la presse révolutionnaire et constitutionnelle. Cependant, soit qu'elle en craignît quelque peu l'influence, soit qu'elle ne les jugeât pas dignes d'une complète publicité, aucun des journaux de ce parti n'en donna le texte. Mais on recommença la guerre contre les prétentions du saint-siége, en rappelant l'histoire du passé, les excès des guerres religieuses, les vices d'une partie de l'ancien clergé, que l'on attribuait au mode d'élection préconisé par le pape, etc. On employa ensuite l'arme de la plaisanterie et celle du ridicule ; on reprit le style et les manières de Voltaire ; on emprunta même à Rabelais quelques-unes de ses allégories et de ses épigrammes. La Chronique de Paris écrivit un Voyage du pape en paradis, que presque tous les journaux répétèrent. Les Révolutions de Paris donnèrent une prétendue conversation entre le pape et Mesdames, tantes du roi, etc. On espérait sans doute, par là, inspirer au public le dédain que l'on feignait ou que l'on éprouvait soi-même. Toutes ces plaisanteries finirent par une attaque plus sérieuse contre une bulle du pape, en date du 24 mai, dont quelques passages, malheureusement, exaltaient des vertus que le sentiment révolutionnaire ne devait point comprendre, et que le sentiment de la charité active de notre temps ne comprend guère davantage. Il s'y agissait de la béatification de la sœur Marie de l'Incarnation , dont « l'éminente sainteté consistait dans la plus entière soumission pour l'Eglise et sa hiérarchie; une femme qui, préconisée dans le dernier siècle comme un sublime modèle, paraissait dès lors réprouver, par sa conduite et ses discours, les nouveautés profanes qu'on répandait à présent. Les temples et leurs ministres, dont on affiche aujourd'hui les biens, dont on dissipe les revenus, excitaient si puissamment sa tendre sollicitude, que, soit par ses propres largesses, soit par celles qu'elle recevait de toutes parts, elle soulagea leur pauvreté. Enfin elle parut faire un si grand cas de l'autorité divine de l'Église, obéir avec tant de ponctualité et d'ardeur à ses moindres ordonnances, respecter ses premiers pasteurs comme des anges descendus du ciel, être surtout si vivement frappée de la puissance et de l'élévation du souverain pontife, qu'elle n'en prononçait jamais le nom sans donner quelque signe extérieur de respect, et qu'elle recevait avec empressement et allégresse, comme venant de Dieu même, tout ce qui en émanait. »

Les politiques du Palais -Royal donnèrent aussi, à leur manière , leur avis sur les nouveaux brefs de Pie "VI ; ils brûlèrent le

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