‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 32 sur 132 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

leurs, sous rinfluonce de l'excitation générale, dégénéré en haines violentes. Une vive inimitié divisait surtout Avignon et Carpentras, et cette inimitié s'était accrue encora dans les derniers mois de 1790, lorsque les états généraux du Cumtat, qui venaient de se réunir et de prendre le titre d'assendilée législative, avaient refusé d'accéder à la demande des Âvignonnais, qui désiraient y envoyer des députés.

Bientôt une lutte intérieure qui déchirait Cavaillon fit éclater les hostilités. Trois cents citoyens du parti français, qui avaient été chassés de cette Aille, s'étaient réfugiés à Avignon ; ils y trouvèrent aide et appui. Une première escarmouche entre les Avignonnais et les hahitants de Cavaillon (16 octobre) n'eut aucun résultat; mais bientôt les Avignonnais revinrent en force, s'emparèrent de Cavaillon, rétablirent les proscrits, et allèrent jeter l'épouvante jusqu'à Carpentras; ils rentrèrent toutefois sans endommager cette dernière ville.

Les troupes françaises envoyées dans le Comtat avaient naturellement pris parti pour Avignon ; quant à l'assemblée représentative, elle s'était dispersée. Tout le monde désirait une réconciliation ; les communes du Comtat consentirent un pacte fédératif; et une assemblée électorale fut chargée de l'administration des deux États qu'elle organisa en département, ^lallieureusement la prépondérance donnée aux Avignonnais excita de nouvelles jalousies ; Carpentras forma une réunion séparée, sous le nom d'assemblée de Sainte-Cécile, et la mort de Lavelasse, maire de Vaison, qui soutenait dans le Comtat le parti avignonnais et qui fut assassiné par des gens du parti de Sainte-Cécile, ralluma toutes les haines. Une armée avignonnaise marcha contre la ville de Carpentras, qui lui opposa une autre armée; celle-ci fut battue dans la plaine de Sarrians; Carpentras fut assiégé, et le Comtat, dont les dilîérentes municipalités avaient été forcées de prendre parti pour les uns ou les autres, fut en proie aux plus affreux ravages.

Cette situation durait encore à la fin d'avril et s'était même compliquée de nouvelles dissensions. La discorde avait éclaté entre la municipalité d'Avignon et l'assemblée électorale, qui siégeait en cette ville et qui fut forcée de la quitter. L'armée, qui était dévouée à l'assemblée, fut privée de solde et d'approvisionnement, et réduite h ne vivre que d'exactions. On disait que le nommé .lourdan, qui la commandait, était le même qui avait coupé la tète aux gardes du corps, le 6 octobre. Jourdan était, en effet, un homme grossier et cruel; mais rinijiutation dont on le chargeait paraît avoir été calomnieuse.

128 (mai 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.

Ces événements nécessitaient une intervention de l'assemblée. Le 50 avril , Menou présenta, au nom des comités de constitution, diplomatique et d'Avignon, un rapport sur celte affaire, et posa une série de questions, dont la première était celle de savoir si le comtat Venaissin serait réuni à la France. La discussion dura cinq jours, et, le 4 mai, la question fut résolue négativement. Voici ce que dit à ce sujet Camille Desmoulins : «Eh bien! dit en triomphant M. Duval d'Esprémenil à un patriote, au sortir de la séance de mercredi (4 mai), je vous le disais bien que votre assemblée nationale, par sa corruption, vous ferait regretter les parlements. Le parlement d'Aix renouvelait de dix ans en dix ans, pour la France, les actes conservatoires du Comtat, et voici que l'assemblée nationale vient de démembrer Avignon de la France. » Notez que le pendard de robin qui fait cet aveu, en sa qualité de membre du Cid-de-sac et d'ennemi de tout bon décret, venait de voter le démembrement et de prononcer non à l'appel nominal ; et appréciez les aristocrates, qui avouent eux-mêmes que, pour diffamer l'assemblée nationale , ils disent non quand leur conscience dit oui. Le mot de d'Esprémenil n'en est pas moins le sarcasme le plus amer contre 89 et le centre corrompu de l'assemblée nationale, et c'est le plus rude coup de fouet que nous puissions donner aux Clermont-Tonnerre, aux Malouet, aux Desmeuniers, aux Chapelier. »

Après avoir résumé la discussion, Desmoulins termine de la sorte : « Enfin on a décrété cette rédaction : « L'assemblée déclare qu'Avignon et le Comtat ne font point partie intégrante delà France, sans entendre renoncer ni préjudicier à ses droits. » Ce qui signifie, en d'autres termes : L'assemblée juge qu'Avignon nest point partie intégrante de la France, sans juger toutefois si Avignon n'est pas partie intégrante de la France. Je défie l'ergoteur le plus subtil de me prouver que ce n'est pas U\ la vraie traduction, en termes intelligibles et clairs, du décret. J'aurais pensé qu'il n'y avait qu'un pape ou un consistoire qui pût l'endre de pareils décrets. Mais en tout pays, la chose la pkis rare, c'est le sens commun. Peut-on en douter quand on voit que c'est pour dire dans le même décret, en deux ligues, blanc et noir, que nos pères conscrits se sont égosillés pendant trois jours? » {Révolutions de France, etc., n" LXXVL)

Le 2'i, les comités firent une nouvelle tentative : ils représentèrent encore la même question, en se bornant à demander la réunion d'Avignon. Elle fut encore rejetée de la même manière; mais afin de faire cesser le désordre, le décret suivant fut rendu le lendemain, sur la projjosition de M. de Tracy : — « L'assemblée nationale charge son président de se retirer par-devers le roi, pour le prier ; 1" d'employé''

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