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cueillit avec le sentiment de son parti; mais quoique la presse révolutionnaire fût unanime pour considérer cette lettre comme unu palinodie ridicule, inspirée par les instances du cùté droit, il s'en fallut de beaucoup que tout le monde admît ce que Fou racontait de l'auteur de V Histoire philosophique. Brissot s'inscrivit en faux contre la dégoûtante accusation de Clootz. (Voyez ses Mémoires.) Quant au public, les uns virent là un effet de la faiblesse de Tàge; les autres jugèrent comme les journaux; quelques autres enlin accueillirent cet acte comme un aveu trop tardif et trop prétentieux de longues erreurs.
Royou fait au contraire l'éloge de Raynal, qu'il appelle /e ph<s cé- Uhre philosophe de la France. «Il s'est reproché amèrement, dit-il, d'avoir fourni des armes à ses ennemis, il a cru devoir expier l'imprudence de ses écrits par un hommage solennel rendu à la vérité. On dirait qu'il a fait un extrait dans les colonnes de l'Ami du Roi. »
La division qui a déjà été signalée dans la presse patriote se manifestait de plus en plus, et accusait chaque jour davantage les scissions profondes qui se formaient parmi les révolutionnaires. Comme il arrive presque toujours, ces divisions dégénéraient en querelles personnelles. Desmoulins etMarat, continuaient leurs attaques contre Lafayette. Brissot dédaignait Marat, mais il prit la peine d'écrire une longue lettre pour imposer silence à Desmoulins, auquel il reprochait la légèreté et la mobilité de ses jugements, le vide de ses admirations pour Barnave et les Lameth, et enfin l'absurdité de ses critiques contre le commandant général.
Desmoulins se défendit, déclara qu'il persistait dans ses amitiés et dans ses hostilités, et repoussa, mais sans aigreur, ce qu'il appelait lui-même, moitié sérieusement : « Les reproches paternels que le maître fait aux disciples. »
Ce langage ne doit point étonner dans la bouche de Desmoulins. Cet écrivain semble sentir le besoin d'un chef ou d'un maître auquel il puisse se lier. 11 y a un article où il semble se demander quel guide il doit suivre? La vénalité de Mirabeau avait complètement dérouté la partie jeune et désintéressée de la presse. «L'empire de la tribune, se dit Desmoulius, appartient à deux sortes d'hommes, aux Démosthènes et aux Catons. Depuis que l'assemblée a cru voir s'éteindre, dans la personne de Mirabeau, le llambeau de génie qui l'éclairail, il semble qu'elle veuille se rallier autour de la vertu dans la personne de Robespierre et de Pétion... Nous avons sous les yeux trois citoyens que la tenue de leur conduite et des principes jamais démentis font triompher d'une manière éclatante, Danton, Pétion et
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Robespierre... La simplicité de Robespierre, venant à pied de sa rue Saintonge à rassemblée et dînant à trente sols, la même rigidité de principes de Pétion, les a mis enfin à leur véritable place. Au milieu des dangers qui nous environnent, à quel gouvernail s'attacher plutôt qu'à celui de la vertu?... Je crois bien que l'influence qu'ils ont eue dans les dernières opérations de l'assemblée (la question des hommes de couleur) s'est accrue fortement d'un parti qui s'est servi de l'austère probité de Robespierre et de Pétion, pour dépopulariser le septemvirat patriote des Lameth, Duport, INIenou, d'Aiguillon, BarnaveetBeauharnais. « {Rév. de France, n" LXXVIII.) Puis Desmoulins se remet à défendre les Lameth et Barnave. Que lui importe que le côté droit ait voté avec eux! Barnave n'en mérite pas moins la statue qu'on veut lui élever avec cette inscription : A Barnave, sauveur des colonies. Voilà ce que Brissot ne pouvait supporter, lui qui, dans son intimité, appelait les Lameth et Barnave le triumgueusat .
Les admirations et même les étourderies de Desmoulins l'exposaient à d'autres attaques. Marat lui adressa un de ces facîums écrits dans le style que l'on connaît, et cela à propos d'une faute d'impression où. le mot (['apostat avait été mis à la place d'apostolat en parlant de l'ami du peuple. Certes voilà une colère bien misérable! mais elle donna lieu à une réponse de Desmoulins, qui nous montre que Desmoulins était loin de considérer Marat connue un maître :
a Écoute, Marat, dit-il, je te recommande de calomnier un peu moins même les gens en place. Quant à moi, je te permets d'en dire tout le mal que tu voudras. Tu éci'is dans un souterrain oii l'air ambiant n'est pas propre à donner des idées gaies et peut faire un Timon d'un Vadé. Tu as raison de prendre sur moi le pas de l'ancienneté et de m'appeler dédaigneusement jeuîie homme, puisqu'il y a vingt-quatre ans que Voltaire s'est moqué de toi; de m'appeler injuste, puisque j'ai dit que tu étais celui de tous les journalistes qui a le plus servi la révolution; de m'appeler malveillant, puisque je suis le seul écrivain qui ait osé te louer... Tu as beau me dire des injures, Marat, comme tu fais depuis six mois, je te déclare que tant que je te verrai extravaguer dans le sens de la révolution, je persisterai à te louer, parce que je pense que nous devons défendre la liberté comme la ville de Saint-Màlo, non-seulement avec des hommes, mais avec des chiens. » {Révolutions de France, n" LXXIX.)
Desmoulins avait plus d'esprit que de suite; cela ne lui porta point bonheur. Son journal perdait de jour en jour des abonnés ; son public l'abandonnait : il en fait l'aveu dans son numéro LXXIX. Des
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actes de légèreté, qu'on ne manquait pas de lui reprocher, contribuaient à le déconsidérer. En voici un des plus graves qu'il fut obligé d'expliquer ;
« On me reproche d'avoir dîné ces jours derniers avec quelquesuns des grands pivots de l'aristocratie royale. Le mal n'est pas de dîner, mais d'opiner avec ces messieurs : j'ai cru que je valais bien un docteur de Sorbonne, à qui il était permis de lire les livres à l'index, que de même je pourrais bien dîner avec des auteurs à l'index. Il serait à souhaiter que les forts de Judas allassent se promener ainsi quelquefois dans le camp ennemi. J'avoue que je suis sorti de la tente ennemie, accablé de réllexions désolantes ; cependant j'ai un peu repiis mes esprits, avec nos héros jacobins, et en jetant les veux sur les derniers événements. » [Rév. de France, etc., n" LXXVill.)
Le journal des Révolutions de Paris se mêlait à tous ces débats , mais non à ces personnalités : il prenait toujours, pour attaquer ou pour louer, son texte sur quelque fait ; et c'est là ce qui le rend précieux pour l'historien, qui y rencontre une multitude de détails dont il peut profiter en laissant de côté le commentaire. Ce journal est toujours au nombre des ennemis de M. Lafayette, mais lorsqu'il le critique, il le fait avec une certaine modération et sans exalter personne à ses dépens. En ce moment, il lui reprochait une injustice qui consistait à avoir fait renvoyer, sans jugement, quatorze grenadiers de la compagnie de l'Oratoire. Il faut savoir que cette compagnie, qui était du nombre des compagnies soldées, était de garde au château le 18 avril, et qu'elle s'était violemment opposée au départ du roi et avait refusé d'obéir au commandant général. M. Lafayette, qui soupçonnait que cet esprit lui était inspiré et entrait dans les intentions secrètes de la cour, avait pensé d'abord à la faire casser tout entière ; mais il s'était borné à faire renvoyer les quatorze soldats, et c'était Bailly, c'est-à-dire l'autorité municipale qui avait exercé cet acte de justice disciplinaire, qui n'était nullement illégal. Néanmoins ce fut Lafayette qu'on attaqua et qu'on accusa, à cette occasion, d'un insupportable despotisme militaire. Ce fait était bien médiocre pour motiver de si grandes récriminations, si médiocre même que nous l'eussions passé sous silence, si cette môme compagnie de l'Orat lire ne devait pas, par l'etfet d'une coïncidence singulière, se trouver de garde le 20 juin suivant. Quoi qu'il en soit, ce fut une grande atîaire pour beaucoup de gens, et dont les cordcliers s'occiq)èrent avec ardeur; on lit une solde aux quatorze grenadiers alin (|u'ils pussent rester à Paris; la presse s'en mêla, etBrissot lui-même (l(''('laiH qu'ils avaient droit d'être jugés. Danton, afin de les dé-
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fendre, dénonça le général et le maire, dans la section du Théâtre- Français, comme ayant employé tous leurs efforts pour « exciter le déparlement de Paris à donner ordre de tirer sur le peuple, qui s'opposait au départ du roi, » et la section prit, le 28 mai, un arrêté en conséquence, qui fut colporté dans tous les clubs de Paris. Cet arrêté est signé : Boucher Saint-Sauveur, président; Leclerc Saint-Aubin et Montmoro, secrétaires. [Révolutions de France, no LXXVI.)
Cette dernière dénonciation fit beaucoup de bruit dans les journaux qu'on peut appeler exagérés ; mais elle ne futpas accueillie, pas même mentionnée par la presse sérieuse, et par exemple par les Révolutions de Pans, et par le Patriote, de Brissot. Plus d'une personne sans doute, se défiait des motifs de Danton, l'auteur de tout ce tapage. Brissot faisait plus que de s'en défier. « Danton, dit il, était un des stipendiés de d'Orléans. Danton recevait de toutes mains; j'ai vu le reçu de 100 mille écus qui lui furent comptés par Montmorin. Il s'était vendu à la cour, qu'il devait servir en précijiitant la révolution dans des excès odieux à la majorité du peuple français; d'après son caractère bien connu, je ne pense pas qu'il eût besoin d'encouragements pour provoquer à de tels excès ; je ne crois pas même qu'il les regardât comme un moyen de renverser la liberté; mais il était bien aise que le bénéfice qui lui était offert s'accordât avec ses penchants. En d'autres termes, il était charmé que sa position de révolutionnaire lui fournît l'occasion de piller Louis, dont il se souciait moins encore que de d'Orléans, qu'il méprisait. Dans l'esprit de Danton, l'argent que lui valaient ces sortes de marchés ne l'engageait à rien; c'était autant de pris sur l'ennemi. » (Note de Brissot, dans sosMéinoires, t. IV, p. 194.)
Quoi qu'il en soit, connue les violences de Danton n'étaient explicables, en cette circonstance, par aucun motif clairement révolutionnaire, on fut porté sans doute à en chercher la cause ailleurs. Ce que Brissot n'ignorait pas, ce dont plusieurs autres journalistes ne doutaient déjà plus, Bailly et Lafayette le savaient. Aussi l'autorité municipale se mit-elle à frapper sur les zélateurs du club des Cordeliers. D'abord elle en fit arrêter quelques-uns accusés de délits de presse ou d'alliches séditieuses. On lit, dans VOrateur du Peuple, de Fréron, une « dénonciation faite au garde des sceaux par le club des Cordeliers, des vexations inouïes et emprisonnements exercés envers plusieurs de ses membres. » Cette dénonciation est signée Peyre, président; Rutledgc, Momoro, secrétaires; Vincent, secrétaire greflici'. On rftmai(|uera que le nom de Montmoro, figure également sur l'arrêté de la section du Théâtre-Français. C'est qu'eq