DANTON
effet la plupart des cordeliers étaient, en même temps, membres de cette section.
La municipalité essaya de fermer le club; mais sans y réu.ssir. Voici, à cet é^'ard, la narration de Fréron :
« La municipa'ité vient de poser les scellés sur la salle de:- Cordeliers, connue faisant partie des biens nalionaux, après avoir inutilement clierciié à mettre le trouble dans leurs assemblées par des provocations tumultueuses de gardes nationales soudoyées. Le club errant et dispersé s'est réuni au jeu de paume du sieur Bergeron, rue Mazarine, et à l'instar du tiers état poursuivi par le despotisme ministériel, ses membres y ont fait le serment solennel de ne pas se séparer. » [L'Orateur du Peuple, t. VI, p. 90.) A la page 121, ij acbève Thistoire des voyages du club : « Le club des Cordeliers n'est plus errant et sans asile ; il vient de louer la salle du Musée de la rue Daupbine, et le bail est passé; comment la municipalité s'y prendra-t-ello pour le déloger? eniploiera-t-elle, comme elle l'a déjà infructueusement essayé, trente ou quarante petits chasseurs pour venir casser ses vitres, faire les bravaches, et crier à travers les carreaux, à bas la motion ! Mais ce moyen est usé ; elle en sera pour la honte. Le comité central de tous les clubs et sociétés fraternelles de Paris se tiendra rue des Boucberies-Sainl-Germain, où a été louée aussi par bail la vaste salle de bal du citoyen Cirier. Ce dernier, sur le bruit qu'il avait loué sa salle aux cordeliers, a reçu la visite de l'aristocrate Serrât, commissaire de la section des Carmes du Luxembourg, qui lui a fait envisager avec effroi à quels risques il allait s'exposer en souffrant chez lui une assemblée de factieux. Il a offert de l'argent pour que le bail fût rompu. Il était bien évidemment l'agent de la municipalité. »
Tout ce bruit, malgré le silence d'une partie de la presse, accrut dans un certain public la popularité de Danton et de ses zélateurs, à ce point que le bataillon des Cordeliers, que nous avons vu honteux de son nom le changer en celui de l'Observance, remit cette question en délibération et décida à la majorité, qu'il reprendrait son premier titre, celui de Cordeliers.
Le mérite de certains personnages, tels que Danton, croissait d'autant plus aux yeux du public, que leurs amis seids s'occupaient deux pour les louer, tandis que leur peu d'importance apparente les dérobait aux critiijues des journaux graves, qui ne cessaient, dans le même temps, de censurer la conduite des hommes que leur haute position mettait en évidence. Les Révolulions de Paris ne s'occupèrent ni de Danton, ni de son club ; mais, vers le même temps, elles attaquaient encore Lafayette à propos d'un pro-
ces qu'il eut avec Santerre. On se souvient de la conduite de celui-ci lors du mouvement du 28 février sur Vincennes. Il avait été appelé, à cause de ce lait, devant le comité de surveillance de la ville. Renvoyé absous, il attaqua alors Lafayette et son aide de camp Desmottes en calomnie , pour l'avoir fait injustement appeler devant le tribunal de i'Iiùtel de ville. Les amis de Santerre, les ennemis de Lafayette, tout le club des Cordeliers, cherchèrent à influencer le tribunal chargé de prononcer, et firent tous leurs efforts pour provoquer une grosse émeute; mais ils ne réussirent qu'à produire une affluence plus qu'ordinaire de spectateurs (I). Trois séances furent consacrées à ce procès, que le tribunal des Minimes termina en déclarant que la question étant du ressort de l'autorité militaire, il se considérait comme incompétent. — Ce ne furent pas seulement les Révolutmis do Paris, mais tous les autres journaux qui prirent texte de cette affaire, la plupart pour attaquer Lafayette, quelques-uns pour le défendre.
Pouvait-il cependant y avoir, dans cette guerre systématique contre des hommes qui avaient donné à la révolution autant de gages qu'aucun constitutionnel, pouvait-il y avoir autre chose qu'une question de personnes? Brissot affirme, dans ses mémoires, qu'il n'y avait pas à cette époque de parti républicain. Il paraît probable en efl'et qu'il n'y avait pas encore de parti organisé, ou, en d'autres termes, qu'il n'existait aucune réunion d'hommes se proposant ce Lut. Il y avait des républicains; mais ils étaient isolés, disséminés, ne se connaissant pas entre eux et sans doute trop peu nombreux pour chercher même à se réunir. La république n'était encore que l'utopie de quelques philosophes; ce qu'on va lire semble le prouver. Brissot prétend que ce sont les accusations des modérés qui créèrent le parti.
Dans le n" XG des Révolutions de Paris, fut inséré, sans préliminaire aucun, un article ayant pour titre : Décret proposé à rassemblée nationale, portant abolition de la royauté, et ne portant pas d'autre signature que un abonné. 11 commençait ainsi : « L'assemblée nationale, considérant combien il importe de ne pas se permettre de
(1) Voici ce qu'on trouve dans une lettre de Laporte au roi, en date du 3 juin (Pièces de l'armoire de fer, n" 54 ) : « On annonce un mouvement pour aujourd'hui. Ce mouvement a pour objet le procès de Santerre, qui doit être jugé ou du moins instruit ce matin. Le peuple doit se porter en foule au tribunal, et il a, pour cela, été, dit-on, répandu hier 50 à 60,000 livres. Le faubourg Saint-Antoine a été en l'air toute la journée. »
Comment se fit-il que ce mouvement, si bien préparé, ne conclût qu'à un médiocre rassemblements Ne serait-ce pas là un effet de cette contre-police dont nous aurons bientôt l'occasion de prouver l'existeiire.