‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 44 sur 132 · TENTATIVES ROYALISTES · texte numérisé non relu

TENTATIVES ROYALISTES

nistre des affaires étrangères. En outre, on répandait dans Paris un imprimé rempli de sentiments liostiles contre la révolution, qui portait ce titre : Réponse de Charles IV, roi des Espagnes et des Mes, au manifeste de Léopold II, empereur d'Occident, roi des Rijmains. Le Moniteur déclara que cet écrit était faux. Mais qui avait intérêt à inventer de pareils mensonges? A qui pouvaient-ils profiter? voilà ce qu'on répondait aux dénégations du Moniteur. Ce journal, semi-officiel, n'était point, comme on le pense bien, du nombre de ceux qui cherchaient à accroître les alarmes. Aussi fit-il un extrait d'une statistique de la France que venait de publier Lavoisier, et d'où il résultait que la ci-devant noblesse ne formait qu'un trois centième de la population. Hommes, femmes et enfants compris, elle ne comptait que 83,000 âmes, dont 18,325, seulement, en état de porter les armes; tandis que, par le même calcul appliqué au tiers état, on trouvait que celui-ci pouvait fournir 5 millions 300,000 hommes. Donc, qu'avait-on à redouter de la noblesse et des émigrés?

Ces statistiques ne rassuraient pas cependant l'opinion dans une partie considérable du public. On en avait vu la preuve le 18 avril. D'ailleurs, le Moniteur enregistrait presque chaque jour des mouvements de troupes auxquels on ne comprenait rien, et le ministre de- la guerre venait d'écrire une circulaire aux régiments pour faire rejoindre tous les officiers en congé.

Les alarmistes par excellence se trouvaient dans le club des Cordeliers. Fréron se distinguait parmi tous les autres. — « Citoyens! de l'énergie, de l'union, de l'intrépidité, de l'héroïsme! Paris est en travail d'un supplément de la révolution. Légions invincibles des patriotes! qu'attendez -vous pour vous rallier? Ne sauriez-vous donc combiner un instant toutes les circonstances propres à vous convaincre de la réalité des complots qui vont éclore? D'où vient cette disparition du numéraire? N'est-ce pas la cour qui, pour soudoyer les armées étrangères, les princes fugitifs, et enfler ses trésors, vous ravit jusqu'à votre dernier écu, pour tirer parti de votre désespoir et de votre faiblesse? Que signifient sur nos frontières cinq ou six armées que le pouvoir exécutif, les ministres et le comité diplomatique laissent impunément se former et se grossir? Comment, depuis une année, un décret n'a-t-il pas fait justice de Capet Condé et de Capet d'Artois? Comment leurs biens n'ont-ils pas été confisqués au profit de la nation , et leurs têtes mises à prix? Comment souffre-t-on plus longtemps les mensonges de Montmorin, les trahisons de Duportail? Dans quelles mains sont les armes et les munitions? Dans celles des traîtres. (Jui commande nos

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places? Des traîtres. Que sont les officiers des troupes de ligne? Des traîtres. — Mais le roi est venu dans rassemblée nationale! Piège, horrible piège ! C'est pour mieux préparer sa fuite. — Mais

sa lettre aux and)assadeurs ! Gâteau de miel jeté au peuple

pour rendormir. Pourquoi la garde était-elle doublée hier aux Tuileries et au Palais-Royal? Pourquoi tous les bataillons étaient-ils consignés? Lafayette veut-il brusquer l'événement? Pourquoi cette foule d'aristocrates s'éloignant de Paris avec précipitation? Pourquoi le ci-devant marquis de Chàteauneuf, de Milliancourt, un des principaux affidés de la reine, est-il parti dans la journée d'hiei'? C'est sans doute pour préparer les logements. Je vous le répète, citoyens, un grand coup se médite ; il est sur le point d'éclater. » [L'Orateur du Peuple, fin de mai.)

Dans le numéro suivant, Fréron s'écrie : « Parisiens, ouvrez les yeux! voyez les préparatifs de vos ennemis! Il ne vous reste plus en otage que la famille royale, qui est près de vous échapper. Ce ne sera plus à force ouverte, comme elle en a fait la tentative, mais à l'aide d'un travestissement qui vous sera inconnu ; elle sera rendue aux frontières que vous la croirez encore dans son nid. »

Vers le môme temps, on lisait dan? les Annales patriotiques : « Paris, le 5 juin. Madame Balby, logée au Luxembourg, à Paris, est partie dans la nuit d'avant-hier très-mystérieusement pour aller on ne sait où. M. Modène, gouverneur du Luxembourg, a dû la suivre avec plusieurs autres personnes de la maison de Monsieur. Le temps nous apprendra si ces départs signifient quelque chose ou rien. » Le même journal, numéro du 7 juin, annonce que le comité des recherches, léuni au comité diplomatique et militaire, s'est assemblé le 4 au soir, à l'occasion de la lettre du duc d"Enghien au comte d'Espinchal. Après cette nouvelle vient l'extrait suivant de la Gazette universelle : « Toutes les lettres de Milan et de Turin confirment que M. d'Artois a eu à Mantoue deux conférences avec l'empereur. On prétend que M. Calonne a assisté à l'un de ces entretiens, et qu'il y a lu le manifeste qu'il a composé ])our les princes et qui doit être répandu au moment de leur entrée en France. »

Le Moniteur enWn, qui s'était acquis la réputation d'une prudence poussée jusqu'à l'exagération, inséra, le 31 mai, une lettre d'un correspondant de Francfort, très-remarquable sous le double rapport, et de l'effet qu'elle devait produire dans le monde officiel, et de l'exactitude des renseignements.

« J'ai dans ce moment, disait le correspondant, entre les mains, les copies fidèles de deux contre-lettres envoyées en même temps

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que la déclaration dont on a voulu qu'elles annulassent l'effet, et qu'elles ont en effet discréditée entièrement. {Cette déclaration est la lettre écrite par M. Montmorin, au nom du roi, pour les cours étrangères.) On annonce que l'on s'est soumis, pour très-peu de temps, aux lois de la nécessité ; il fallait recourir à cet expédient, d'abord pour assurer sa vie, ensuite pour apaiser la défiance, et se servir de l'instant où elle se ralentirait, afin de reprendre les mesures de précaution récemment déconcertées. Voici l'explication de ces derniers mots : je l'ai puisée à la même source il y a peu de jours. — Le voyage de Saint-Cloud, qui n'a pu s'effectuer (au 18 avril dernier), ne devait pas se terminer à deux lieues de Paris; la nuit suivante aurait conduit à Compiègne, et de là à Bruxelles. Alors un manifeste eût appris à l'Europe qu'on venait d'échapper à une longue et pénible captivité; que, prévoyant les maux qui pouvaient résulter, pour la saine partie de la nation, de ce départ, lorsqu'il serait connu de ceux qui égarent le peuple, on l'avait différé; mais qu'il était devenu nécessaire dès qu'on s'était vu sur le point d'être forcé à une espèce d'abjuration delà religion de ses pères... En même temps, le bref du pape aurait été répandu avec profusion dans les départements. Les espérances les plus étendues s'appuyaient sur le concours du fanatisme monarchique et religieux, et sur la détermination enfin publiée de certains despotes. Ces détails doivent obtenir votre confiance ; ils partent des Tuileries, et sont apportés par une correspondance confidentielle dans une cour d'Allemagne peu éloignée d'ici. Deux fois, j'ai vu les lettres originales : régulièrement j'en obtiens des copies. Vous vous doutez bien qu'aucune signature n'accompagne ces missives; mais je sais qu'elles viennent d'un des agents les plus actifs d'un grand personnage aristocratique, qui lui a fait donner une part considérable dans la direction du département auquel sont réservées les trahisons diplomatiques.

« Ce n'est pas le seul poison dont il faille se défier; il en est un autre dont les effets sont plus lents, mais non moins terribles : c'est la sécurité.

a La conjuration presque générale des despotes est décidée :ils cherchent actuellement les moyens d'exécution. Jetez les yeux sur le ministère anglais : vous verrez l'équipement de la flotte redoubler di' [iromplitude ; tandis que tout assure la paix à Catherine, à laquelle on ne demande plus que la démolition des fortifications d'Oczakow. La Prusse motive, encore plus évidemment (|ue le ministère britannique, les soupçons qui doivent exciter la vigilance des patriotes. Une anecdote certaine élève jusqu'à la certitude les con-

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jectures que j'avais formées. Un ministre prussien, Bischoffswerder, a quitté la cour sous prétexte d'aller passer quelque temps dans une de ses terres, et s'est rendu à Vienne sous le plus sévère incognito. Cette découverte est le fruit d'une autre branche de la correspondance secrète que l'on me communique avec une exactitude et une confiance que je me félicite d'avoir obtenue. Cette anecdote est remarquable, et celui qui la transmet annonce positivement que Bischoffswerder est venu nouer Tensembie des entreprises méditées contre la France. A Worms, presque tous les chevaux du pays ont été achetés par les réfugiés français; dans le margraviat de Baden, on fait de nombreuses recrues : celles de Léopold, en Hongrie, sont très-considérables; ses troupes se mettent en mouvement dans les Pays-Bas. — La conséquence générale de tous ces faits, c'e;t que la France est sur le point d'être attaquée par cette ligue formidable. » [Moniteur, n" CLI, 51 mai.)

On remarquera la presque parfaite conformité des détails contenus dans cette lettre, avec l'histoire diplomatique qui a été rapportée t. IV, p. 311. Quelque fût le correspondant, il était certainement bien renseigné. On peut juger de l'effet de cette lettre sur la cour. Aussi le ministre des affaires étrangères, Montmorin, se hâta d'écrire à l'assemblée nationale pour démentir le Moniteur.

« Ce serait une tâche difficile à remplir, et même absurde à tenter, dit Montmorin, que celle de répondre aux calomnies répandues habituellement dans une partie des nombreux journaux dont nous sommes inondés. Le parti le plus sage, et surtout le plus facile, est sans doute d'abandonner ces calomnies au mépris qui les attend, lorsque le calme, dont elles ont pour principal objet d'éloigner le retour, permettra de les apprécier à leur juste valeur. Mais cependant lorsque ces calomnies sont de nature à alarmer la nation entière, lorsqu'elles tendent à élever les défiances les plus injustes et les plus outrageantes sur les intentions de lu famille royale, lorsqu'elles se trouvent consignées dans un journal qui, jusqu'à présent, n'était pas encore confondu avec ceux qui paraissent n'avoir d'autre but que celui d'agiter le peuple, de l'égarer et de le porter à des excès ; lors, dis-je, que tant de circonstances se trouvent réunies, il est de mou devoir, comme fonctionnaire public et comme ministre du roi, de démentir, avec la plus grande publicité, ce que la malveillance invente et répand, et ce qi:e la détiance nest que trop portée, dans les circonstances actuelles, à accueillir. Je crois donc devoir mettre sous les yeux de l'assemblée nationale un article inséré dans le numéro CLI du Moniteur, sous le titre d'Allemagne. L'auteur suppose que deux contre-lettres ont été, eu même temps

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