‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 52 sur 132 · ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS

hreuses pétilioiis où l'on demandait uniformément la réforme du marc d'argent. Elle les renvoya, sans les lire, à son comité de constitution.

« Il me semble, dit Desmoulins à l'occasion du mouvement qu'on se donnait pour cette affaire dans beaucoup de sociétés patriotiques et dans la section du Théâtre-Français, à laquelle il appartenait ; il me semble que l'adresse suivante, couverte de plusieurs milliers de signatures et affichée partout, suffirait pour faire rentrer en eux-mêmes le club de 89 et le Cul-de-sac :

« Représentants de la nation , vous venez de ranger parmi les plus grandes peines la dégradation civique. Votre code pénal fait prononcer au criminel, par le greffier, cette sentence: « Votre pays vous a trouvé convaincu d'une action infâme ; la loi vous dégrade de la qualité de citoyen français. »

« Quelle est Vaction infâme dont vous avez trouvé convaincus, dans cette capitale, deux cent vingt mille citoyens? » {Révolutions de France, n" LXXXI.)

Malgré les conditions imposées à l'exercice du droit d'élection, le nombre des électeurs à Paris était fort considérable. D'après le recensement fait par la municipalité, le nombre des électeurs primaires montait à 77,571. Sur une population qui était de G(iU,()0() limes, c'était un peu plus du dixième. Ces 77,371 électeurs primaires devaient se réunir dans leurs sections pour nommer 779 électeuis départementaux qui, rémiis à ceux des arrondissements de Bourg-la-lleine et de Saint-Denis, devaient, ù leur tour, procéder à la nomination des 24 députés du département de Paris. (Moniteur, n» CLXYllI.)

La presse, comme on le pense bien, s'occupa beaucoup des élections. D'abord, elle recommanda de soumettre toutes les candidatures à une discussion publique; puis commença elle-même cette discussion. Le journal de Brissot fut, dans celle affaire, à peu près b; guide du reste de la presse. Cet écrivain avait acquis dans un long séjour en Angleterre, sur la pratique du gouvernement représentatif, une expérience que ne possédaient pas ses confrères, mais qu'ils reconnaissaient et dont ils profilaient. Le collaborateur de Brissot était un docteur eu médecine, du nom de Lanthenas. Les articb^s sortis d(! la plume de Brissot sont, en général, distingués par ce titi'e : Qui faut-il élire? 11 mit pour épigraphe en tête du premiei' : Justum et tenacem propositi virum. La ([ualité dont il faisait le titre essentiel à la dé[Hitation consistait à être homme du peuple et non pas ami du peuple. [Patriote framais, iuin.)

Chacun faisait sa tâche. Ici on traitait les généralités politiques, les principes qu'il fallait appliquer; là on dressait des listes de candidats. Carra s'en élait chargé. Dans plusieurs de ses numéros, il donne les noms des citoyens les plus recommandahles des départements. Marat s'occupe aussi de dresser des listes ; mais c'est pour dénoncer les scélérats et les coquins qui hriguent poiu' être nonjmés électeurs. Chaque individu dénoncé a son paragraphe de griefs et d'imputations plus ou moins graves. Les jacobins aussi furent agités par cette question.

— A la séance du 19, Robespierre lut une instruction pour les élections. Voici cette pièce :

M. Robespierre, a Je n'ai reçu que ce matin, en rentrant de l'assemblée nationale, la lettre par laquelle le comité me chargeait de cette rédaction; je n'ai pu y donner d'autre temps que le court intervalle qui se trouve entre ce moment et notre séance; il m'a donc été impossible de la porter au comité. Obligé de faire un petit voyage demain soir, il m'eût été impossible de vous la lire demain. Je vous prie d'excuser les fautes de rédaction qui pouiront s'y trouver, en faveur de la précipitation avec laquelle elle a été faite.

— a Citoyens, ce serait perdre un temps précieux que de vous parler de l'importance des élections dont vous allez vous occuper. Vous savez que les électeurs que vous allez chuisir nommeront à leur tour des députés dont dépend ou votre bonheur ou votre misère. Vous vous rendrez donc exactement aux assemblées primaires, vous surtout qui, par vos faibles moyens, pouriiez craindre l'oppression; songez que c'est à vous qu'il impoite d'être éclairés sur ces choix, puisqu'il est question de discuter vos plus chers intérêts. Si vous êtes obligés par là à des sacrifices, la raison, la justice et l'intérêt public vous assurent des indenmités.

« Dans les choix que vous ferez, songez que la vertu et les talent^ sont nécessaires, mais que, des deux, la verlu est la plus nécessaire encore. La vertu sans talent peut être encore utile ; les talents sans vertu ne peuvent être qu'un fléau. (On applaudit.) Et en effet la vertu suppose ou donne assez souvent les talents nécessaires aux représentants du peuple. Quand on aime la justice et la vérité, on aime les droits des citoyens, et on les défend avec chaleur. Tenez-vous en garde contre les apparences trompeuses : les amis et les ennemis de la libeité se présenteront à vous avec les mêmes deliors et le môme langape. Si vous voulez vous assurer des seiUiments de quelques citoyens remontez au delà de l'époque où vous êtes aujourd'hui. L'homme ne se détache pas tout à coup de tous les préjugés qui oui l'ornié ses sentiments. Si, une fois dans la vie, un

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