ÉLECTIONS
homme s'est montré vil ou impitoyable, rejetez-le ; rejetez ces hommes qu'on a vus ramper honteusement aux pieds d'un ministre ou d'une femme. Leur manière est changée : leur cœur est resté le même. (On applaudit.)
« Ils llatteiU aujourd'hui leurs concitoyens, comme ils flattaient les tyrans subalternes. On ne devient pas subitement, d'un vil adulateur, d'un lâche courtisan, un héros de la liberté. (On applaudit.)
« Mais si vous connaissez des hommes qui aient consacré leur vie à venger l'innocence; si vous connaissez quelqu'un d'un caractère ferme et prompt, dont les entrailles se soient toujours émues au récit des malheurs de quelqu'un de ses concitoyens, allez le chercher au fond de sa retraite, priez-le d'accepter la charge honorable et pénible de défendre la cause du peuple contre les ennemis déclarés de la liberté, contre ces ennemis bien plus perfides encore qui se couvrent du voile de l'ordre et de la paix. Ils appellent ordre tout système qui convient à leurs arrangements; ils décorent du nom de paix la tranquillité des cadavres et le silence des tombeaux.
« Ce sont ces personnages, cruellement modérés, dunt il faut vous défier le plus. Les ennemis déclarés de la révolution sont bien moins dangereux. Ce sont ceux-là qui assiègent les assemblées primaires, pour obtenir du ppuple, qu'ils flattent, le droit de l'opprimer constitutionnellement. Évitez leurs pièges, et la patrie est sauvée. S'ils viennent à vous tromper, il ne nous reste plus qu'à réaliser la devise qui nous rallie sous les drapeaux de la liberté : Vivre libre ou mourir. »
(On demande Timpression sur-le-champ, et l'envoi aux sections assemblées. )
M. Rœderer. « Je demande que M. Robespierre veuille bien relire l'article concernant les électeurs, parce que, quelque fondé que soit son principe, l'application pourrait en être dangereuse pour cette année; car il n"y a pas de fonds faits pour les électeurs. »
M. Robespierre. « L'observation de M. Ra'derer porte sur un fait qui n'est pas exact. Il a supposé qu'il était décidé que les électeurs ne seraient pas payés cette année, et cela n'est pas décidé. La motion en fut faite, il y a quelques jours, à l'assemblée nationale. JM. Desmeuniers, rapporteur, n'a pas du tout été éloigné de cette idée, et l'avis des membres de l'assemblée m'a paru y être favorable. J'ai donc cru pouvoir annoncer cet avis dans un moment où il s'agit de porter un plus grand nombre de citoyens dans les assemblées primaires, (jui en général sont peu nombreuses. »
(Après la lecture de la phrase, on la change en celle-ci : La raison, la justice et l'intérêt public sollicitent pour vous.)
« L'impression est arrêtée au nombre de trois mille, ainsi que l'envoi aux sociétés affiliées et aux quarante-huit sections. »
— Dans cette même séance, Sieyès tut violemment dénoncé par Salle, pour un écrit qu'il offrait depuis quelques jours à la signature de ses collègues. Cet écrit, résumé par le dénonciateur, roulait sur ces trois points : 1" liberté pour tous ; 2° acceptation des deux chambres dans la législature, si rassemblée nationale les décrétait; 5» soumission absolue aux lois.
Sieyès, présent à cette séance, réduisit son dénonciateur au silence. Le lendemain, la discussion fut reprise, mais Sieyès était absent. Anthoine proposa de traiter une motion qu'avait faite Laclos ; Danton s'y opposa. « Je vous observe, dit-il, que chez un peuple qui devient vraiment grand, il ne doit plus être question de ces égards pour de prétendus grands hommes. » La discussion fut continuée. Plusieurs députés, Buzot, Barrère, Pétion, Voidel, Boutidoux, Boissyd'Anglas, s'excusèrent successivement d'avoir signé l'écrit de Sieyès ; leur bonne foi, dirent-ils, avait été surprise.
M. Danton. « J'ai demandé la parole pour vous donner connaissance des faits importants relatifs à cette déclaration. »
M. Gorguereau. a J'ai demandé, pour la même chose, la parole avant vous, je la réclame. »
M. Danton. « Soit; niais je l'aurai aussi et je dirai tout malgré vous. »
M. Billecoquc. a Messieurs, je dois à ma conscience, comme à la vérité, de déclarer que c'est sans ma participation que mon nom se trouve au bas de cet écrit. »
i/.*** « Je répondrai à ce que vient d'observer le préopinant, que j'ai entendu dire à cinq ou six personnes, qu'hier M. Billecoque a approuvé tout ce que disait M. Sieyès, et qu'il l'a même soufflé en tout. »
M. Billecoque. « Je pourrais répondre au préopinant qui a eu recours au témoignage de ses voisins, par le témoignage des miens. J'ai approuvé hier la défense que M. l'abbé Sieyès a faite de son opinion ; si c'est un crime, j'avoue que j'en suis coupable. » (Oui, oui, à bas! à bas!)
Après cet incident, Gorguereau dit quelques mots, et Danton lui succède à la tribune.
M. Danton. « Depuis longtemps ma vie appartient aux poignards des ennemis de la liberté! Sous quelque masque qu'ils se présentent, je ne les redoute pas davantage que je n'ai craint les armes du Chàtelet.
« Le prêtre Sieyès, qui a défendu In dimc; le prêtre Sieyès, qui ne