SYSTÈME DES DEUX CHAMBRES
voulait pas que les biens du clergé fussent déclarés nationaux; le prêtre Sieyès, qui a fait une loi pour modérer la liberté de la presse, n'est pas le seul auteur de la déclaration qu'on vous a fait connaître. 11 y a un an qu'un liomme sur lequel je m'expliquerai aussi hardiment, M. de Lafayette, établit des conférences avec ceux qu'il regardait comme les plus exaltés du parti populaire. Je fus admis à ces conseils, et là M. de Lafayette déploya la même opinion qui est répandue dans cet écrit. Il me faisait observer que moi, qui avais alors déployé toute mon ardeur pour la cause de la liberté, j'étais banni des places par une espèce d'ostracisme des sections, tandis que M. Bailly avait été réélu. Il pensait encore qu'il lasserait bientôt les amis de la constitution, .le lui répondis que le peuple, d'un seul mouvement, balayerait ses ennemis quand il le voudrait.
« Dans une de ces conférences où l'on croyait attiédir les patriotes, on me disait : Ne serait-il pas possible qu'avant la fin de la constitution, sans rappeler le système de M. Mounier, on représentât quelque cbose d'équivalent? On a bien chercbé cet équivalent, on l'a bien fait mûrir, on a décrié les sociétés amies de la constitution, et on a reproduit enfin cet équivalent sous les auspices d'une réputation factice, et à l'aide de quelques hommes qui ont eu l'infamie expresse de se servir de fausses signatures.
« Et c'est ce même homme tant prùné qui, déserteur de cette société, est l'auteur de ce projet dans un temps de régénération où tout homme qui cherche à morceler un établissement utile à la liberté est un traître ! Ils espèrent rester nobles en dépit de l'horreur que la noblesse inspire à toute la France. Ils veulent les deux chambres.
« Mais il y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action, et la pièce restei'a. Mais quoique votre ennemi soit presque à demi battu, puisque sa trame est découverte, ne vous endormez pas dans une fausse sécurité; songez que vous avez affaire au prêtre Sieyès. »
— Nous ferons remarquer, relativement à cette discussion, que Lafayette s'était toujours montré partisan du système des deux chambres, tel qu'il était réalisé dans les républiques américaines, et que Brissotet Buzot avaient récemment défendu ce même système, le premier dans son journal, le second à la tribune de l'assemblée, ainsi que nous le verrons dans la deuxième partie de ce volume.
202 (juin 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.