FUITE DU ROI
a Je vous envoie 2,000,000 de livres on espèces, que les marcliands nous oui procurés. » Ce sont les seize caisses d'argent parties avant-hier matin pour Bàle en Suisse. {L'Orateur du Peuple, n» XLVI.)
De pareilles pièces n'étaient point de nature à soutenir l'examen, et réchec de cette intrigue put même contribuer à la sécurité que la famille royale mettait dans les apprêts de son voyage.
« Dans le courant d'avril, dit Bouille, je lis partir M. de Goguelas pour Paris; je lui remis une lettre en cliitTres pour le roi... iM. de Goguelas revint dans les premiers jours de mai; il m'apporta une lettre du roi qui m'assurait que les troupes autrichiennes seraient rendues à Arlon le 12 juin, et qu'il comptait partir le 15... Je répondis au roi que, dans les premiers jours de juin, mes dispositions seraient entièrement faites et que je lui enverrais M. le duc de Choiseul et M. de Goguelas pour les lui comnmniquer... Le 27 mai, le roi m'écrivit qu'il partirait le 19 du mois suivant, entre minuit et une heure ; qu'il irait dans une voiture bourgeoise jusqu'à Bondy, pour y prendre la sienne qui devait l'y attendre... Je partis de iMetz le lo juin, sous prétexte de faire une tournée des places frontières du côté de Luxembourg. J'avais tellement persuadé le public que les Autrichiens rassemblaient un corps de troupes dans cette partie, que j'eus la possibilité de faire marcher dans les environs de Montmédy, le peu de bons régiments qui me restaient... Le IS, je reçus à Longwy une lettre du roi qui m'instruisait que son départ serait retardé et qu'il ne partirait que le 20, entre minuit et une heure; qu'il ne pouvait mener avec lui le marquis d'Agoust, dans sa voiture, parce que la gouvernante des enfants de France, madame de Tourzel, devait les accompagner; elle avait insisté sur les droits de sa place, qui lui donnaient celui de ne jamais quitter les enfants de France, et cette considération l'avait emporté...» {Mém. de Bouille., p. 2Ô0.) L'absence du marquis d'Agoust a été généralement considérée comme une des causes qui firent échouer le voyage du roi; il connaissait très-bien la roule, et il y eut une circonstance où cette connaissance fit défaut. Les disjiositious i)ris('s par M. de Bouille étaient les suivantes.
La ville de IMontmédy avait été choisie délinitivement pour le lieu (le la letraite du lïii. Les craintes inspirées pai' la proximité du corps aulricbien, destiné à donner la main aux troupes l'oyales en cas (le besoin, avaient servi, comme nous venons de le voir, de prétexte à Bouille pour réunir une petite armée sur ce point. Douze bataillons d'infanteii(! étrangère, vingt-trois escadrons de cavalerie,
210 (juin 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.
un train d'artillerie de seize pièces, étaient disposés autour de Montmédy. Le roi avait exigé, malgré l'avis de Bouille, qui craignait réniotion populaire, que des détachements fussent échelonnés sur la route qu'il devait paicourir. Des postes de cavalerie lurent placés en effet à Pont-de-Sommevelle au sortir de Chîdons, à Sainte- Menehould, à Clermont, à Varennes, à.Dun, à Stenay. Bouille, prévenu d'abord que le départ aurait lieu le 19 juin, avait en conséqnence envoyé ces détachements; mais le départ du roi ayant été retardé d'un jour, il arriva, par suite de cette circonstance, que les détachements stationnèrent un jour de plus dans les endroits qui leur avaient été désignés. Ces mouvements de troupes pour des motifs inconnus, ce prolongement de séjour inexpliqué, excitèrent la défiance populaire. Cependant les détachements se trouvèrent à leur poste au temps indiqué; le fds de Bouille luimême devait recevoir les voyageurs à Varennes.
Le 20 juin, tous les préparatifs étaient terminés. M. deChoiseul, colonel de dragons, que Bouille avait envoyé à Paris pour prendre les derniers ordres du roi, partit le 20 à deux heures pour remettre à la tête du détachement de Pont-deSoinmevelle. Un très-petit nombre de personnes étaient dans la confidence. La reine s'était fait donner la clef de l'appartement du premier gentilhomme de la chambre, qui communiquait avec les appartements de la famille royale et avait une sortie sur la cour des Princes. La famille royale put se soustraire ainsi à la vue des sentinelles qui gardaient les escaliers. Madame de Tourzel sortit d'abord avec les enfants du roi; puis successivement madame Elisabeth, la reine et le roi, donnant chacun le bras à un garde du corps. Après quelques délais, causés par la reine, qui avait rencontré la voilure de Lafayetle se rendant au château et s'était égarée dans les rues du quartier des Tuileries, ils se réunirent au Carrousel ; ils y trouvèrent la voiture de M. Fersen qui les conduisit à la barrière Saint-Martin, oii les attendait une calèche de voyage. La famille royale s'y plaça avec madame de Tourzel, gouvernante des enfants de France. Une autre voiture suivait avec les femmes de chambre de la reine. M. de Fersen quitta alors les illustres voyageurs. — Dans la même nuit, Monsieur (plus tard Louis XVIIi) prenait la route de Bruxelles, où il arriva sans escorte et sans accident. {Mém. île Bouille, du duc de Choiseul, etc.)
« Le 20 au soir, Lafayette, en se retirant, passa chez Bailly, qui avait reçu par le comité des recherches quelques dénonciations nouvelles, comme il en ari'ivait souvent; et, sans y croire plus que Lafayette, il fut convenu que celui-ci passerait aux Tuileries pour