FL'ITE DU ROT
taire part de cette circonstance à Gouvion, major général, auquel il ordonna de réunir les principaux officiers de garde et de les engager à se pronnener dans les cours pendant la nuit. — C'est après avoir fait ce qu'on appelait le coucher du roi, où assistaient tout le service et tous ceux qui venaient faire leur cour, que ce prince descendit promptement sans être plus observé que les autres individus qui se retiraient à cette heure. Aucune consigne particulière ne pouvait être donnée contre lui, l'attention des factionnaires, d'après ce qu'on a dit plus haut, ne pouvait pas être appelée sur son évasion. Néanmoins, ils en savaient assez pour l'arrêter, s'il eût été reconnu, et les officiers en savaient un peu plus. » [Mém. de Lafayette, t. III, p. 76.)
La soirée du 20 fut tiès-calme à Paris. « ;Moi, dit.Desmoulins, je revenais à onze heures des Jacobins avec Danton et d'autres patriotes ; nous n'avons vu dans tout le chemin qu'une seule patrouille. Paris me parut cette nuit si abandonné, que je ne pus m'empêcher d'en faire la remarque. L'un de nous (Fréron), qui avait dans sa poche une lettre dont je parlerai, laquelle prévenait que le roi devait partir celte nuit, voulut observer le château : il vit M. Lafayette y entrer à onze heures. »
« La nuit, continue Desmoulins, où la famille des Capets prit la fuite, à minuit vingt minutes, le sieur Busebi, perruquier, rue de Bourbon, s'est transpoité chez le sieui' Hucher, boulanger, et sapeur du bataillon des Tliéatins, pour lui communiquer ses craintes sur ce qu'il venait d'apprendre des dispositions que faisait le roi pour fuir. Ils courent à l'instant même réveiller leurs voisins, ot bientôt rassemblés au nombre d'une trentaine, tous membres du bataillon, ils se portent chez le sieur Moitié, auquel ils annoncent que le roi est sur le point de prendre la fuite : ils le pressent de prendre immédiatement des mesures pour s'y opposer. Moitié se met à rire et à les dissuader, en leur recommandant de se rendre tranquillement chez eux. Pour n'être pas arrêtés en se retirant, au cas qu'ils vinssent à rencontrer quelques patrouilles, ils lui demandent le mot d'ordre. 11 le leur donne, en leur répétant de n'avoir point d'inquiétudes, et en les assurant que le roi est en sûreté. Lorsqu'ils ont le mol d'ordre, ils se portent aux Tuileries, où ils n'aperçoivent aucun mouvement, si ce n'est parmi grand nombre de cochers de fiacre, qui étaient à boire autour de ces petites boutiques ambulantes qui se trouvent [irèsdu guichet du Carrousel. Ils font le tour des cours jusqu'à la porte du manège, et reviennent sur leurs pas sans avoir rien aperçu ; mais ils sont surpris, h leur retour, de ne
plus trouver un seul fiacre sur la place; ils avaient tous disparu; et c'est précisément-là le moment où Findigne famille s'est évadée; ce qui fait conjecturer que toutes ces voitures ont été employées par les personnes qui formaient la suite des Capets fugitifs. Le pauvre Lafayetle! » [Révol. de France, i\" LXXXIII.)
« Ce ne fut, dit M. Lafayette, qu'entre cinq et six heures du matin qu'on apprit ce départ. 11 n'avait pas été aperçu même des serviteurs du rci dans le palais ; il était ignoré de ses ministres, des royalistes de l'assemblée, tous laissés exposés à un grand péril, et qui, dans les premiers jours de leur irritation, disaient tout haut que, si Lafayette avait été massacré, les désordres de la capitale leur auraient été funestes. Telle était la situation, non-seulement des gardes nationaux de service, de leurs officiers , mais des amis les plus dévoués du roi, du duc de Brissac, commandant des Gent-Suisses, de M. de Montmorin, qui avait très-innocenmient donné un passe-port sous le nom de la baronne de Korf. « Si le roi n'eût pas été arrêté, dit M. de Bouille, Lafayette aurait été certainement massacré par le peuple, qui le rendait responsable de l'évasion de ce monarque. » Ce n'était pas non plus l'opinion des fugitifs qu'on pût empêcher un grand désordre, si l'on en juge par un billet de la renie à madame de Lamballe, et par le mouvement de surprise qu'elle montra, lorsque l'aide de| camp ',de Lafayette lui apprit qu'il existait encore à la tête de la garde nationale. Les memljres de la droite furent très-mécontents d'avoir été ainsi abandonnés, et M. de (iazalès le laissa voir dans plusieurs comités réunis de l'assemblée.
« Lafiiyette, instruit de cet événement, d'abord par M. d'André, député, et presque en même temps par des officiers nationaux, courut aux Tuileries. Il fut joint dans la rue par le maire Bailly et par Beauharnais, président de l'assemblée et premier mari de l'impératrice Joséphine. Tout était obscur dans ce départ; on ignorait jusqu'à quel point il avait été concerté avec les puissances étrangères, si une invasion ne devait pas avoir lieu et si la guerre civile n'avait pas été organisée.
« Pensez-vous, leur dit Lafayette, que l'arrestation du roi et de sa famille est nécessaire au salut public et peut seule garantir de la guerre civile ?» — La réponse n'était pas douteuse, u Hé bien '.j'en prends sur moi la responsabilité. » Il écrivit de sa main un billet l)ortant que les ennemis de la patrie ayant enlevé le roi et sa famille, il était ordonné à tous les gardes nationaux et à tous les citoyens de les arrêter. Il dicta le même billet à tous ceux qui se ])résentèrent, en signa les copies, et des officiers de la garde nationale partirent sur toules les roules.