‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 76 sur 132 · TOME V. "r · texte numérisé non relu

TOME V. "r

qui s'étaient opposés à cet arrêté volent auprès de l'accusé, et le poussent avec force hors de l'assemblée. M. de Laclos, qui présidait comme secrétaire en l'absence de M. Bouche, fait tous ses efforts pour apaiser le tumulte que cette accusation, la défense de Taccusé, l'arrêté de rassemblée délibéré très-précipitamment, et la violence faite à Taccusé, avaient occasionné; il se couvre, insiste pour qu'on réintègre le membre expulsé; enlinon s'arrête à la proposition de nommer des commissaires sur cet objet, et le calme renaît peu à peu. »

Après cet incident, Biauzat donna lecture du décret rendu le matin par l'assemblée nationale. Au moment où il la terminait, entrèrent Robespierre, Pétion et Rœderer; ces membres de la gauche furent vivement applaudis. Robespierre se hâta d'intervenir en faveur de l'individu qui l'avait injurié, il sollicita le club de passer h l'ordre du jour sur cette affaire, et de n'en inscrire aucun détail dans le procès-verbal.

Pouape parut ensuite à la tribune. 11 s'attacha particulièrement à signaler l'opinion de Goupil et les allusions à ce qui avait été dit au sein du club, notamment par MM. Pétion et Robespierre. Il demanda que la société s'occupât du parti qu'elle devait piendre h l'égard de M. Goupil.

Antoine présidait à la place de Bouche. 11 fit observer à l'orateur que les opinions des membres de l'assemblée nationale étaient absolument libres dans cette assemblée ; qu'il n'était même pas permis h des tribunaux d'en rechercher les auteurs ; qu'il était convenable d'imiter ce silence respectueux. « Je demande, s'écria Danton, que nous offrions des cartes d'entrée à MM. Maury et Cazalès. »

Robespierre prit la parole et dit : « II est possible que l'assemblée ait eu l'intention de déclarer Louis XVI hors de cause ; mais si je regarde le décret qu'elle a rendu, je ne vois nullement qu'elle y déclare cette intention. J'ai demandé ce matin à l'assemblée nationale qu'elle s'expliquât franchement et ouvertement sur cet article. Elle n'a pas cru devoir faire droit à ma motion. Cela posé, je lis le décret, et je vois qu'en y mettant en cause telles et telles personnes, elle n'a rien décidé du tout, ni pour, ni contre Louis XVI. La question , à cet égard , reste donc parfaitement en son entier. » — Rewbell répondit que la lettre du décret importait peu; que l'intention de l'assendilée était évidente, et par conséquent la (jueslidu décidée.

Laclos prit ensuite la parole. Il déclara d'abord que sans doute les citoyens devaient tout aux lois, mais (ju'ils ne devaient rien aux vifeiitioris des législateurs, u Je proiuise , dit-it, <\\u' nous fassions

(>t'i>i)Sii:i>.\ i>i;s JACOBINS. ill

une pétition saj^^e , iiiiiis ferme , non pas au nom de la suciélé , car les sociétés n'en ont pas le droit, mais an nom de tons les bons citoyens de la société ; que la copie littérale de cette pétition soit envoyée à toutes les sociétés patriotiques, non comme sociétés, mais comme lieux de rassemblement de tous les bons citoyens, pour être présentée à la signature, et envoyée dans les bourgs, villes et villages de leurs environs. Je demande qu'on admette à la signer tous les citoyens sans distinction, actifs, non aclifs, femmes, mineurs, avec la seule attention de classer ces trois signatures. Je ne doute pas que cette pétition ne revienne à l'assemblée nationale couverte de dix millions de signatures. Je demande que la société se forme en comité pour s'occuper de la rédaction de cette adresse.» société.

Biauzat, examinant cette proposition du point de vue constitutionnel , aftirma que l'assemblée nationale avait décidé positivement que le roi ne devait pas être mis en cause ; que cette décision était explicitement renfermée dans la réponse faite à la motion de Robespierre, réponse fondée sur un décret antérieur déclarant le roi inviolable. En conséquence , il vota contre toute pétition , par obéissance aux lois et par amour de la paix. Ce discours excita de nombreux murmures.

Danton se leva après lui. « Et moi aussi j'aime la paix; mais non la paix de l'esclavage. Je suis bien éloigné d'inculper les intentions du préopinant; mais il ddil penser, ce me semble, qu'il est possible d'allier 1 amour de la paix avec la faculté d'émettre son opinion. Qu'est-ce que le droit de pétition, sinon le droit d'émettre son opinion? Que devons-nous aux décrets? L'obéissance et le respect; mais rien ne peut ùter le droit de montrer, dans des pétitions, les sentiments (ju'on a pour tels ou tels décrets. Je passe au fait : que nous assure M. Biauzat? que l'assemblée a déclaré le roi inviolable! Mais elle Ta fait en ces termes obscurs et entortillés, qui décèlent toujours la turpitude de ceux qui s'en servent. Or, si l'intention est manifeste et la lettre obscure , n'est-ce pas le cas de faire une pétition? car je déclare que si l'intention est manifeste pour nous qui avons vu les manœuvres, elle ne l'est pas également pour les citoyens des déparlements qui n'ont pas vu le jeu des ressorts. Si nous avons de l'énergie, montrons-la. Les aristocrates de l'assemblée nationale ont déclaré positivement qu'ils ne voulaient pas de la constitution, puisqu'ils ont prolesté contre elle. L'assemblée nationale, il est vrai, a conspué cet acte ridicule; mais elle n'a pas sévi contre ses auteuis; elle ne les a pas trouvés coupables pour avoir exprimé leur pensée; elle ne les a pas expulsés de son sein. Pour-

412 (15 JUILLET 1791) ASSKMBLÉË NATIONALE.

quoi serail-on tenté de nous trouver coupables pour oser i'\[)riiner notre opinion d'une manière franche et énergique?

« Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de l'homme libre, se dispensent de signer notre pétition. N'avons-nous pas besoin d'un scrutin épuratoire? le voilà tout trouvé. »

A ces apostrophes véhémentes succéda une longue improvisaiion de Robespierre. 11 reproduisit les arguments déjà connus du lecteur. 11 fit en outre remarquer que MM. Duport et Alexandre Lameth, qui avaient reproché si amèrement à Mirabeau de s'être rallié au côté droit et d'avoir substitué « à une liberté raisonnée, le despotisme de l'aristocratie, » au sujet du droit de paix et de guerre, se trouvaient aujourd'hui placés par leurs choix dans une position semblable; « ils se concertent avec nos adversaires, et nous traitent de factieux. » Il exprima le vœu que la nouvelle législature fût constituante, et signala le projet de révision qui allait bientôt sortir des comités de l'assemblée actuelle, comme une occasion offerte, autour de laquelle s'empresseraient tous les ennemis de la constitution pour l'altérer entièrement. « Que les patriotes se réunissent pour veiller sur cette opération. Quant à l'opinion de M. Laclos, elle me paraît devoir être, sinon rejetée, du moins modifiée. Pouiquoi y appeler les mineurs et les femmes? Je voudrais donc plutôt que la société fit une adresse aux sociétés affiliées, pour Içs histruire de la position où nous sommes, et des mesures fermes que nous avons adoptées. »

On avait fermé la discussion, la proposition de Laclos (lait mise aux voix. «En ce moment, l'on annonça quatre mille citoyens venant du Palais-Iioyal. Le président reprit le fauteuil, et à l'instant la salle fut remplie par une députation de ces citoyens, hommes, femmes, de tous états, portant dans leurs yeux et gestes l'énergie et la tranquillité qui conviennent à des hommes libres. Après le premier moment de bruit, l'orateur de la députation obtient la parole, et annonce l'intention de ces citoyens d'aller demain au champ de Mars jurer de ne jamais reconnaître Louis XYI pour roi.» Il demanda que la société se joignit à eux, soit eu corps, soit par députation.

« Après la réponse de M. le ])résident à cette intéressante députation, plusieurs membres, entre autres M. Laclos, montent à la tribune. Après une assez longue discussion, on arrête que demain à onze heures la société se rassemblera pour entendre la lecture de cette pétition, pour la rédaction de laiiuelle on nomme des commissaires ; que cette pétition sera ensuite portée au champ de Mars à la signature de tous les citoyens qui voudront s'y présenter; que

Page 1