‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 78 sur 132 · AFFAIRE DU CHAMP DE MAUS. 4.>I · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU CHAMP DE MAUS. 4.>I

nombre est de ^rf^is qui savaient à peine écrire ; la qualité de garde national s'y rencontre à tout moment. Il y a une multitude de croix environnées d'un cercle, attestant qu'un tel a signé pour un tel qui ne savait pas écrire. Quelquefois la page est divisée en trois colonnes; d'énormes taches d'encre en couvrent plusieurs; les noms sont au crayon sur deux. Des femmes du peuple signèrent en trèsgrand nombre, même des enfants, dont évidemment on conduisait la main., Voici un écbantillon pris au basard parmi ce grand nombre de noms obscurs. Celui-ci a mis son commentaire : « Je rénonce au roy je ne le veux plus le connette pour le roy je suis sitoiien fransay ])Ourlapafry du bataHlon de Boulogne Louis Magloire l'aîné à Boulogne, n La plus jolie écriture de femme est sans contredit celle de mademoiselle David, marchande de modes, rue Saint- Jacques, nM73.

Quelques belles signatures apparaissent de loin en loin ; on les compte. Un feuillet fut garni par un groupe de cordeliers; ici l'écriture est fort lisible. On voit en haut une signature à lettres longues, légèrement courbées en avant ; c'est celle de Chaumette, étudiant en médecine, rue Mazarine, n» 9. On lit ensuite celles de E. J. B. Maillard, de Meunier, président de la Société fraternelle, séante aux Jacobins. On ne trouve nulle part le nom de Momoro; il fut cependant accusé plus tard d'avoir fait grand bruit au champ de Mars, le 17. Mais on voit celui à' Hébert, écrivain, rue Mirabeau, celui (ïllenriot et la signature du père Duchéne. Il palait que les commissaires des jacobins signèrent l\pétition, car on y lit les noms de Gâteau, de la société des Amis de la Constitution, et de Santerre, commandant du bataillon des Quinze-Vingts. \()ici la pétition elle-même.

« Sur l'autel de la patrie, le M juillet, l'an III.

« Représentants de la nation ,

« Vous t(jucbiez au terme de vos travaux ; bientôt des successeurs, tous nommés par le peuple, allaient marcher sur vos traces -ans rencontrer les obstacles que vous ont présentés les députés de deux ordres privilégiés, ennemis nécessaires de tous les principes de la sainte égaliti'. Un grand crime se commet ; Louis X\'I luit; il abandonne indignement son pdste; l'empire est à deux doigts de l'anarchie. Des citoyens l'arrêtent à Varennes, il est ramené à Paris. Le peuple de cette capitale vous demande instamment de ne rien prononcer sur le sort du coupable sans avoir entendu l'expression du vœu des ((uatre-viiri:t-tni!s autres déparle-

ments. Vous différez; une foule d'adresses arrivent, à l'assemblée; toutes les sections de Tenipire demandent simultanément que Louis soit jugé. Vous, messieurs, avez préjugé qu'il était innocent et inviolable, en déclarant, par votre décret d'hier, que la charle constitutionnelle lui sera présentée, alors que la constitution sera achevée. Législateurs! ce n'était pas là le vœu du peuple, et nous avions pensé que votre plus grande gloire, que votre devoir même consistait à être les organes de la volonté publique. Sans doute, messieurs, que vous avez été entraînés à cette décision par la foule de ces députés réfractaires, qui ont d'avance leur protestalion contre toute espèce de constitution ; mais, messieurs, mais, représentants d'un peuple généreux et confiant, rappelez-vous que ces deux cent trente protestants n'avaient plus de voix à l'assemblée nationale, que le décret est donc nul et dans la forme et dans le fond : nul au fond, parce qu'il est contraire au vœu du souverain ; nul en la forme, parce qu'il est porté par deux cent quatrevingt-dix individus sans qualité. Ces considérations, toutes les vues du bien général, le désir impérieux d'éviter l'anarchie à laquelle nous exposerait le défaut d'harmonie entre les représentants et les représentés, tout nous fait la loi de vous demander, au nom de la France entière, de revenir sur ce décret, de prendre en considération que le délit de Louis XVI est prouvé, que ce roi a abdiqué ; de recevoir son abdication et de convoquer un nouveau pouvoir constituant pour procéder d'une manière vraiment nationale au jugement du coupable, et surtout au remplacement et à l'organisation d'un nouveau pouvoir exécutif.

« Peyre; Vachart; Robert; Demoy. »

La quatrième de ces signatures n'est pas très-lisible, parce que le fil qui attache les cahiers passe au milieu. Ce nom ne se trouve ni dans la table du Moniteur^ ni dans la liste des jacobins qui nous a été commimiquée. Il n'existe encore à notre connaissance que dans la bibliographie de M. Descliiens (page 17), oii Ton ajoute : curé, député (le Paris. Les trois autres commissaires sont des chefs cordeliers; mais ce titre n'est pas mentionné.

Pendant que la foule se pressait au centre du champ de Mars, pour signer cette pétition improvisée, que faisaient les autorités de Paris ?

« On délibérait à la commune, dit M. Lafayette. On y croyait que tout se passerait paisiblement, lorsqu'on vint dénoncer à l'assemblée nationale les projets très-réels de l'attroupement contre l'assemblée elle-même. On voulait faire, ce qui a eu lieu depuis, le

AFFAIRi; DU CHAJIP DE MAUS. 457)

10 août, le 31 mai et le 4 prairial. » (Mém. dp Laf.) Rien ne prouve cette assertion, imaginée sans doute plus tard ]tour justilier une mesure de rigueur qui répugnait à la majorité, mais que la politique adoptée par les meneurs semblait commander. Quoi qu'il en soit, le président de l'assemblée nationale écrivit, au maire Bailly, la letlre suivante :

Paris, 17 juillet 1791.

« Le bruit s'étant répandu, monsieur, que les ennemis du bien public, dont l'audace augmente chaque jour, fomentaient sans cesse de nouveaux troubles, et qu'au champ de Mars des excès coupables avaient été la suite de leurs perfides suggestions, l'assemblée nationale m'a chargé de vous en prévenir, afin que vous prissiez sans délai lefi mesures Ips plus siires et les plus vigoureuses pour arrêter ces désordres et en connaître les auteurs. Je ne doute pas que vous ne vous empressiez de vous conformer aux intentions de l'assemblée et de l'instruire exactement du résultat de vos recherches et de vos précautions pour le rétablissement de l'ordre et de la tranquillité publique. « Je suis, etc.

« Signé, Treilhard, ex-président, tenant la séance. y> [Lettre extraite du procès de Bailly.)

Il faut remarquer que celte lettre, qui devait avoir aux yeux des membres de la commune toute l'autorité d'un ordre auquel on ne pouvait se dispenser d'obéir, ne fut point délibérée en séance. Elle lut, sans doute, l'ouvrage des comités. Quoi qu'il en soit, il parait que le conseil municipal temporisa encore quelque temps. En effet, la lettre fut certainement écrite avant la lin de la séance de la constituante, c'est-à-dire avant trois heures, et la municipalité n'a^'if que plus tard. Elle se décida enfin à proclamer la loi martiale, et le drapeau rouge fut arboré à la fenêtre centrale de l'hôtel de ville. Voici l'arrêté de la commune relatif à cette redoutable mesure.

« Le corps municipal, considérant :

« r Que, depuis plusieurs jours, de nombreux rassemblements alarment tous les citoyens, mettent en péril la tranquillité publique, et forcent tous les hommes [laisibles à sortir de la capitale;

« 2° Que l'événement alîreux iiriivé \c matin est l'ellét de ces rassemblements désordonnés ;

« 3" Que tous les rapports qui en proviennent annoncent une eonjuration bien caractérisée contre la constitution et la patrie;

« A" Que des étrangers payés pour nous diviser sont récemment cu'rivés à Paris, et que, tant par eux que par des émissaires, tous TOME V. r»7

i">4 (17 JUILLET 1791) ASSEMBLÉE iNATIONALR.

commandent, snus fliiïérents déguisements, des mouvements populaires;

« 5" Que la miuiicipalilé, responsable par la loi du maintien de Tordre public, cliargée expressément, tant par le discours prononcé hier par M. le président de l'assemblée nationale que par sa lettre de ce matin, de prendre les mesures les plus sûres et les plus rigoureuses pour arrêter les désordres, après avoir inutilement, par plusieurs proclamations, rappelé à la paix des hommes égarés par les factieux, et lorsque la garde nationale n est plus respectée, ne peut plus différer de remplir le devoir qui lui est imposé, tout affligeant qu'il est, sans se rendre coupable de prévarication;

(t 6" Eniin, que la proclamation de la loi martiale doit infailliblement arrêter les soulèvements qui depuis quelques jours se manifestent, et assurer la liberté des délibérations de l'assemblée nationale que les bons citoyens doivent surveiller et maintenir; arrête que la précédente délibération (voir plus bas le procès-verbal) sera exécutée sur-le-cliamp, et que cependant quatre de ses membres resteront à l'hôtel de ville pour pourvoir à ce que les circonstances pourraient exiger. «

Tout était prêt pour le départ. Baillyet les conseillers nuuiicipaux se placèrent à la tête du bataillon de grenadiers qui était en réserve à rhôtel de ville. Ils se mirent en marche précédés du drapeau rouge (il était environ six heures.) iî. Lafayette les joignit en route, avec d'autres corps de la garde nationale, du canon et la cavalerie. Lorsque la tête de la colonne entra dans le champ de Mars le peuple se mit à crier : A bas le drapeau rouge! à bas les baionnettes! « Une grêle de pierres succéda bientôt aux cris et aux huées. La garde nationale lit balte. Lafayette ordonna de tirer quelques coups de fusil en l'air, espérant que la peur et le bruit engageraient les factieux à se retirer. En effet, une partie du peuple prit la fuite; mais les chefs, revenus de leur première frayeur, voyant que personne n'était blessé, rallièrent les fuyards et les réunirent sur l'autel de la patrie. Là, se croyant en état de braver la gardj? nationale, les cris d'à bas le drapeau rouge! se flrent entendre de nouveau; les pierres recommencèrent à voler. Des orléanistes (c'est le nom que Ferrières donne aux pétitionnaires), dans le dessein d'engager une querelle, s'approcliêient de la garde nationale, en vomissant les plus grossières injures et tirèrent sur elle quelques coups de pistolet. Lafayette fit faire une seconde décharge, mais réelle. L'effet en fut terrible : plus de quatre cents personnes furent tuées ou grièvement blessées. Le peuple effrayé se précipita vois toutes les issues ; la garde uatiuiiali' iniidil sui' cmx qui leniiiciit ferme, et la

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cavalerie, s'ébraiilaut en même temps, acheva de dissiper les fuyards.» {Mém. de Fernères.)

Voici maintenant le récit de M. Lafayette : « Lorsque les troupes se présentèrent à l'entrée du champ de ilars, elles furent accueillies par une grêle de pierres ; il y avait aussi des armes à feu ; un coup de pistolet fut tiré sur le maire pendant qu'il se mettait en devoir de faire sa proclamation. Au m.ilieu de cette attaque, la garde nationale tira en l'air pour éviter de blesser personne ; mais les assaillants, enhardis par cette modération, redoublèrent l'atlaque contre les officiers municipaux et les gardes nationaux, dont quelques-uns furent atteints, nommément un aide de camp; deux chasseurs volontaires furent tués; alors la garde nationale tira tout de bon. On a follement exagéré la perte qui eut lieu du côté des assaillants; l'attroupement fut surtout dissipé par la cavalerie qui ne blessa personne. Le compte rendu par le maire à l'assemblée nationale est parfaitement exact. « [Mém. de Laf.) Voir la séance du d8, où l'on trouvera encore d'autres détails.

Le récit de Ferrières, à part l'exagération, à part l'esprit de parti, est celui qui donne le mieux l'idée de la scène. Il est conforme, comme on le verra plus bas par quelques extraits, à la narration donnée dans les Révolutions de Paris. Les troupes débouchèrent dans le champ de ^lars par trois entrées à la fois, par celle qui avoisine l'École Militaire, par celle du milieu du côté du Gros-Caillou, etenûnpar celle qui touche la Seine. Baillyet le drapeau rouge étaient avec les troupes qui pénétrèrent par l'entrée qui est le plus près de la rivière. C'est là que se passa le premier acte du drame; c'est là que l'on tira en l'air. Le second acte se passa au iiied de l'autel de la patrie, ce fut là que l'on tira à balles et avec intention de tuer. Mais était-ce le même corps? n'était-ce pas plutôt celui qui entra par le milieu du champ de Mars, par le point le plus voisin de l'autel'.' nous l'ignorons. Ce fut, sous le feu et les charges de la garde nationale, que les feuilles volantes de la pétition furent ramassées et réunies. « Oui, s'écrie, à cette occasion, le rédacteur des Révolutions de Paris, oui, la pétition reste ; elle est accompagnée de six mille signatures; de généreux patriotes ont exposé leur vie pour la sauver du désordre, et elle repose aujourd'hui dan.s une arche sainte, placée dans un temple inaccessible à toutes les baïonnettes; elle en sortira quelque jour; elle en sortira rayonnante. Peut-être, la garde nationale à leur tête, les patriotes iront la clieicher en triomphe; ce sera pour eux l'orithuMme de la liberté. » Par qui cette pétition hit-elle conservée'? Par ([ui fiitelle déposée plus tard aux archives de la ville'/ par un membre de ((uelque club,

450 (18 JUILLJil 171)1) ASSEMBLÉE iNAllONALE.

sans doute; car on trouve, jointe à ce curieux dossier, la pétitiMu du 15, signée Massulard, Virchaud, etc., citée plus haut, page408. Cette cruelle et terrible exécution jeta dans tous les environs une terreur panique qui courut tout Paris. En ce moment, les Champs-Elysées étaient pleins de promeneurs. C'était un dimanche, u La journée élait belle; le Parisien, renfermé toute la semaine dans des chambres étroites et sombres, aime, le dimanche, à respirer le grand air. La sérénité de l'atmosphère, le peu d'éloignement du champ de Mars, quoique séparé des Champs-Elysées par la rivière, lais.saient entendre distinctement les cris du peuple et le bruit des coups de fusil. Une terreur subite s''empara de tous les promeneurs; hommes, fenmies, enfants s'enfuirent; les Champs- Elysées, les rues qui les avoisinent, furent déserts en un inslant; chacun s'eiïorçait de gagner sa maison, s'y renfermait dans l'incertitude de l'événement... Cependant, quelques orléanistes (c'est Ferrières qui parle) courent dans les rues, criant qu'on assassine le peuple; d'autres prennent le cadavre sanglant d'un des malheureux qui viennent d'être tués, l'offrent aux yeux de la nndtilude, l'invitent à la vengeance et s'acheminent vers le Palais-lloyal. On avait tout à ciaindre de ce nouveau moyen d'insurrection. L'oflicier de service en prévint les tristes effets en fermant les portes du Palais- Royal et empêchant les orléanistes d'y pénétrer. La nuit fut tran- (juille. Le peuple de Paris reprit le lendemain ses travaux accoutumées. » {Mém. de Ferrières, tome II, page 461.)

Dans celte triste soirée, les autorités municipales veillèrent seules à la chose publique. Comme nous l'avons vu, l'assemblée nationale avait levé sa séance à trois heures. Les députés restèrent dispersés, quoique, d'après les mouvements des troupes, la proclamation de la loi martiale, la générale battue dans plusieurs quartiers et enfin la clameur publique, ils dussent croire qu'on pourrait avoir besoin de leur intervention souveraine. Il suivit de cette absence que nul recours ne fut possible et qu'il n'y eut moyen pour personne de faire surseoir aux mesures en quelque sorte connnandées, au nom de l'assemblée, par son président. C'est par des réclamations sur ce sujet que commença la séance du 18. En voici la narration extraite du Moniteur. Nous y ajouterons des notes.

Assemblée nationale. — Séance du 18 juillet.—:!/. SiUery. Dans toutes les villes du monde lorsque la générale se bat, tous les citoyens se rendent à leur poste ; le poste des députés est ici, et je demande qu'ils s'y rendent tous lorsqu'on battra la générale.

M. Vabhé Joubert, évêque d'Angers. Je ne demande point que

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les ilépulés soient tenus de seiassembler à ce signal militaire; mais il faut cependant indiquer un mode de convocation pour les cas où ce rassemblement pourrait être nécessaire, et je demande que le comité de constitution soit chargé de nous le présenter.

Cette proposition est adoptée.

M. le président. M. le maire de Paris et les ofQciers municipaux demandent à être admis à la barre pour rendre compte des événemenls qui ont eu lieu dans la journée d'hier.

Les officiers municipaux sont introduits.

.1/. le maire obtient la parole. Le corps nuniici[)al se présente devant vous , profondément affligé des événements qui viennent de se passer. Des crimes ont été commis et la justice de la loi a l'ié exercée. Nous osons vous assurer qu'elle était nécessaire. L'ordre public était détruit : des ligues et des conjurations avaient été formées; nous avons publié la loi vengeresse; les séditieux ont provoqué la force; ils ont fait feu sur les magistrats et sur la garde nationale; mais le châtiment du crime est retombé sur leurs têtes coupables.

Si l'assemblée le juge nécessaire, nous lui donnerons les détails de ce qui s'est passé.

L'assemblée demande qu'il lui soit rendu compte des détails.

M. le maire fait lecture du procès-verbal dont voici l'extrait (1) :

« Le corps municipal étant assemblé pour pourvoir aux moyens d'assurer la tranquillité publique, il a été constaté qu'aujourd'hui 1 7 juillet , il devait se faire un rassemblement considérable sur le leriain de la Bastille, d'où l'on devait se rendre au champ de la fédération. La garde nationale a reçu ordre de s'y rendre, et, d'après les mesures prises, il y avait lieu de croire que la tranquillité publique ne serait point troublée. Le corps municipal a pris et fait afiicher sur-le-champ l'arrêté suivant :

« Le corps municipal , informé que des factieux , des étrangers [layés pour semer le désordre (2) , pour prêcher la rébellion , se

(Il I^e procès-verbal commence ainsi : x 11 juillet, huit heures du malin. — A Touverturc de la séance, le corps municipal a été informé par M. le maire de la suite des détails qui lui avaient été donnés hier. 11 a appris qu'en exécution des ordres de la municipalité, les patrouilles s'étaient multipliées hier soir, cette nuit, ce matin; que la garde nationale avait donné des preuves continuelles de son zèle et de son attachement pour la constitution; que des ordres ultérieurs avaient été donnés, qu"il paraissait constant qu'il devait se former aujourd'hui de grands rassemblements sur le terrain de la Bastille pour se porter ensuite au champ de la fédération. » Viennent ensuite les considérants et l'arrêté.

(2) Dans la nuit du 17 au 18, nn arrêta [Monileur du 19| neuf personnes, toutes élrang res. Les trois dont les noms sont connus, furent le ju'f Ephrnj'm^ conicil-

438 (18 JUILLET 1794) assemblée nationale.

proposent de former de grands rassemblements dans le coupable espoir d'égarer le peuple, et de le porter à des excès répréliensibles; ouï le second substitut adjoint du procureur de la commune , déclare que tout attroupement, avec ou sans armes, sur les places publiques, dans les rues et carrefours, sont contraires à la loi; défend à toutes personnes de se réunir, de se former en groupes dans aucun lieu public ; ordonne à tous ceui qui sont ainsi formés de se séparer à l'instant ; enjoint aux commissaires de police de se rendre sans délai dans tous les lieux de leur arrondissement où la tranquillité publique pourrait être menacée , et d'employer , pour maintenir le calme, tous les moyens qui leur sont donnés par la loi ; mande au commandant général de la garde nationale de donner à l'instant des ordres les plus précis pour que tous les attroupements soient dissipés ; le corps municipal se réservant de prendre des mesures nécessaires si les cas y échoit (1). »

« Vers les onze heures, le corps municipal a été informé que deux personnes venaient d'être assassinées au Gros-Caillon. Trois membres du corps municipal ont été députés pour rétablir l'ordre, et proclamer au besoin la loi martiale. De nombreux détachements de garde nationale ont accompagné les officiers municipaux. Vers les deuï heures, le corps municipal a été informé que la garde nationale avait été insultée, que M. le commandant général avait fait arrêter quatre particuliers pour avoir lancé des pierres sur la garde; que l'un d'eux avait été trouvé muni d'un pistolet chargé, et qu'il avait avoué avoir jeté une motte de terre sur le commandant de la garde à cheval. Le corps municipal , considérant alors que la force armée ne pouvait effrayer les bons citoyens , a arrêté que la loi martiale serait publiée. Aussitôt trois ofliciers municipaux sont descendus de la maison commune pour la proclamer ; le drapeau rouge a été exposé aune des principales fenêtres (2). A cinq heures et demie du soir, au moment où la municipalité allait se mettre en

1er privé du roi de Prusse, se disant chargé d'une commission spéciale de la part de Frédéric-Guillaume : il fut relâché trois jours après; — la baronne (Eia, Palvi d'Aelder, membre du Cercle social : elle fut mise en liberté presque immédiatement; — enfin Rolondo, dont il a déjà été question précédemment.

(i) Ici se trouve, dans le procès-verbal : « Après ces premières dispositions, le corps municipal a arrêté que deux de ses membres, MM. Cousin et Charon, se transporteraient dans les environs de la Bastille, pour s'assurer par eux-mêmes s'il se forme dans le quartier un rassemblement d'hommes, et d'en référer, sans aucun délai, au corps municipal, qui en statuera ainsi qu'il appartiendra. »

(2) Ceci donnerait à croire que le drapeau rouge a été exposé avant cinq heures. Voici le procès-verbal : « Les ordres ont été donnés pour que le drapeau rouge fût, immédiatement après la proclamation, exposé à Tune des principales fenêtres de l'hôtel de ville; ce qui a été exécuté à cinq heures et demie. "

AFFAIRE DV CUA.m» DE MARS. 139

iiiatche pour se rendre au clianip de la l'édératitai, où était latlroupement, les commissaires envoyés au Gros-Caillou sont arrivés et ont annoncé que l'un des meurtriers avait été arrêté ; mais qu'il s'était aussitôt écliappé des mains de la garde; qu'on avait tiré sur M. le commandant général; que le particulier, auteur de ce délit, avait été arrêté et conduit dans une section, mais que M. le commandant l'avait fait sur-le-champ mettre en liberté. ( Un profond silence succède à im mouvement manifesté dans toutes les parties de la salle. )

« Ils ont rapporté que les deux meurtres commis avaient été accompagnés de circonstances atroces, qu'on avait mutilé ces malheureux, qu'on leur avait tranché la tête, et qu'on se disposait à les porter au bout d'une pique dans Paris , et spécialement au Palais-Royal , lorsque la garde nationale est arrivée ; que la garde avait été insultée, et qu'un de ses principaux ofiiciers avait couru du danger. Que l'autel de la patrie était couvert de personnes de l'un et l'autre sexe, attroupées pour présenter , à ce qu'elles ont dit, une pétition contre le décret du 15 juillet. Qu'eux, commissaires, ont fait diverses représentations, mais comme elles insistaient, il a été convenu qu'une députation de douze persormes les accompagnerait à la maison commune. Cet incident a donné lieu à une nouvelle délibération, et le corps municipal, considérant que tous les différents rapprochements annonçaient une conjuration contre la [latrie, que des étrangers récemment arrivés dans la capitale y fomentaient des mouvements , que les officiers numicipaux , étant responsables , ne pouvaient pas différer la proclamation de la loi martiale, dont le but était d'arrêter les soulèvements et d'assurer la liberté des délibérations de l'assemblée nationale, a arrêté que sa précédente délibération serait exécutée.

a II était six heures , et le corps municipal se préparait à entendre les pétitionnaires , lorsqu'il a appris qulls s'étaient retirés , sans doute pour apprendre aux personnes attroupées que la loi martiale venait d'être publiée (1). Le corps municipal s'est mis en

'1) Selon Prudhomme, les commissaires ne disiiaruront pas sans remplir leur mission. Voici les détails qu'il dit tenir de l'un d'eux : «Nous parvenons, dit-il à la salle d'audience à travers une forêt de baïonnettes; les trois municipaux nous avertissent d'attendre; ils entrent, et nous ne les revoyons plus. Le corps municipal sort. Nous sommes compromis, dit un des membres; il faut agir sévèrement. Un d'entre nous, chevalier de Saint-Louis (sans doute le chevalier de la Rivière, dont on lit le nom sur la pétition citée plus haut), annonce au maire que l'ob'le t de notre mission était de réclamer plusieurs citoyens honnêtes, pour qui les trois officiers municipaux avaient promis de s'intéresser. Le maire répond qn'il n'entre

Mi) (18 JUILLKT I7ÎJ1) ASSKMBLÉK NAilO^ALK.

marche, précédé d'un détacliement de cavalerie, de liuis pièces de canon, du drapeau rouge, et suivi d'un détachement nombreux de gardes nationales. Il était 7 heures et demie lorsque le corps municipal est arrivé au champ de la fédération. Son intention était de se porter d''abord à l'autel de la patrie (1) ; mais à peine entraitil, que des particuliers placés autour des glacis ont crié : A bas le drapeau rouge! à bas les baïonnettes! Cependant le corps municipal poursuivait sa marche , lorsque les attroupés ont jeté des pierres , et qu'un d'eux a tiré un coup de feu, dirigé sur les ofticiers municipaux (2) ; la garde nationale a fait aussitôt une piemière décharge en l'air , et beaucoup des attroupés se sont dispersés. Mais bientôt, se réunissant sur la partie du glacis située du côté du

pas dans ces promesses, et qu'il va marcher au champ de la /édcralion pour y mellre la paix. Le chevalier de Saint-Louis veut répondre que tout y est calme ; il est interrompu par un municipal, qui lui demande d'un ton de mépris quelle était la croix qu'il portait, et de quel ordre était le ruban qui l'attacUait (c'était le ruban tricolorel. C'est une croix de Saint-Louis, répond le chevalier, Que J'ai décorée du ruban national ; je suis prêt à vous la remettre, si vous voûte: la porter au pouvoir exéculij pour savoir si je l'ai bien gagnée. M. le maire dit à son coUè^'ue qu'il connaissait ce chevalier de Saint-Louis pour un honnête citoyen, et qu'il le priait, ainsi que les autres, de se retirer. Sur ces entrefaites, le ca|)itaine de la troupe du centre du bataillon de Bonne-Nouvelle vint dire que le champ de Mars n'était rempli que de brigands. Un de nous lui dit qu'il en imposait. Là-dessus la municipalité ne voulut plus nous entendre. Descendus de l'hôtel de ville, nous aperçûmes à l'une des fenêtres le drapeau rouge, et ce signal du massacre, qui devait inspirer un sentiment de douleur à ceux qui allaient marcher à sa suite, produisit un effet tout contraire sur l'âme des gardes nationaux qui couvraient la place. A l'aspect du drapeau, ils ont poussé des cris de joie, en élevant en l'air leurs armes, qu'ils ont ensuite chargées. Nous avons vu un officier municipal en écharpe aller de rang en rang, et parler à l'oreille des officiers. Glacés d'horreur, nous sommes retournés au champ de la fédération avertir nos frères de tout ce dont nous avions été les témoins. — Sans croire qu'ils en imposaient, ajoute Prudhomme, on pensa qu'ils étaient dans l'erreur sur la destmation de la force de la loi, et l'on conclut qu'il n'était pas possible que l'on vînt disperser des citoyens qui exerçaient paisiblement les droits qui leur sont réservés par la constitution. » (Révolutions de Paris, n» CVI, p. 64.)

(1) Il y a de plus dans le procès-verbal : « qui était couvert de personnes des deux sexes. »

(2) Ce coup de feu était « un coup de pistolet dirigé contre la municipalité, et dont la balle, après avoir passé devant M. le maire, a été percer la cuisse d'un dragon de la troupe de ligne qui s'était réuni à la gardé nationale. » [Procès-verbal manuscrit .) Il parait que les jours d'émeute, des hommes de bonne volonté venaient prendre rang dans la garde nationale pour concourir à la répression. Le 17 juillet un grand nombre d'individus agirent comme ce dragon. Carra s'en plaint amèrement dans les Annales patriotiques du 20. « Il est impurtant, dit-il, que dans les occasions critiques, aiicun bataillon n'admette ces auxiliaires qui viennent se présenter tout à coup, sous prétexte de renforcer la garde nationale. » Plusieurs hommes, furieux contre la révolution, s'empressaient de la châtier toutes les fois qu'ils le pouvaient impunément.

AhFAIKK DL CHA.Ml' UE MAHS. }5l

tirus-Cciilluu, ils ont recommencé leurs cris et kuicé des [lierres. Alors la garde nationale a usé du droit qui lui est attribué par Tarticle VU de votre décret, attendu que les violences exercées ont rendu impossibles les sommations des officiers municipaux (1).

« On a évalué le nombre des morts à onze ou douze, et celui des blessés à dix ou douze. Plusieurs officiers et soldats de la garde nationale ont été frappés de coups de pierre. Un d'eux a été renversé de dessus son cheval, et quelques-uns ont été victimes des séditieux ; deux chasseurs volontaires ont été assassinés ; l'un revenant seul , et l'autre étant à son poste ; un canonnier a été massacré à coups de couteau. Quelques séditieux ont été arrêtés et conduits à la Force. A dix heures du soir, le corps municipal était de retour à la maison commune , et il est allé sur-le-champ rendre compte au département. »

M. le président. L'assemblée nationale a appris avec douleur que les ennemis <lu bonheur et de la liberté de la France avaient forcé les dépositaires de la force publique à substituer aux mesures de douceur la sévérité. L'assemblée nationale approuve votre conduite; elle voit avec une grande satisfaction que les gardes nationales, soldats de la liberté, soutiens de la loi , ont continué à justifier la haute estime que leur avait déjà méritée leur zèle infatigable. L'assemblée ne vous invite point à assister à sa séance ; elle sait combien il est nécessaire que vous retourniez à vos fonctions.

M. Barnave. Comme je pense que la réponse de M. le président a été l'expression du vœu de rassemblée , je demande qu'elle reçoive la plus grande publicité. Le courage, la fidélité de la garde nationale, sont d'autant plus estimables, que depuis les troubles on tente de la séduire. Fille doit oblt'uir de l'assemblée ra[iproba-

llj La minute du procès-veibal ne renferme, pas plus que Tanalyse du Moniteur, des détails sur l'attaque de l'autel. Or, Prudhomme expose ainsi ce qui suivit l'échauflburée des glacis : « On connaît le champ de la fédération , on sait que c'est une plaine immense, que l'autel de la patrie est au milieu, que les glacis qui entourent la plaine sont coupés de distance en distance, pour faciliter des passages. Une partie de la troupe entre par l'extrémité du ci">té de l'Kcole Militaire, une au tre par le passage qui se trouve un peu plus bas, une troisième par celui qui répond à la grande rue de Chaillot; c'est là qu'était le drapeau rouge. A peine ceux qui étaient à l'autel, et il y en avait encore plus de quinze mille, l'eurent-ils aperçu, que l'on entend une décharge : ^Ve bouneons pas, on lire en blanc : il faiil qu'on vienne ici publier In loi. Les troupes s'avancent ; elles font feu pour la deuxième fois : la contenance de ceux qui entouraient rautel est la même. Hélas! ils y ont payé cher leur courage et leur aveugle confiance en la lui. Des hommes, des femmes, un enfant, y ont été massacrés, massacrés sur l'autel de la patrie ! Ah ! si désormais nous avons encore des fédérations, il faudra choisir un autre lieu ; celuici est profané. » [Révululions de Paris, no CVI, p. 65.)

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lion la plus éclatante. Il est temps enlin que la loi exerce un pouvoir absolu; il est temps que l'on sache que le caractère de l'homme libre est dans le culte de la religion de la loi. Le moment est venu où des hommes, après avoir été longtemps le tourment de leur patrie , doivent enlin être voués au mépris universel ; le moment est venu oîi ceux qui , dans les circonstances , n'auraient cherché que des vengeances individuelles , doivent devenir les victimes de la loi, qui mettra à découvert leurs infâmes menées. Je demande donc (jue la réponse de M. le président soit imprimée et aflichée dans toutes les rues; que les tribunaux poursuivent les auteurs des mouvements et les chefs des émeutes. Dans des moments plus calmes , lorsque les événements seront mieux connus, nous nous occupeions du sort des familles de ceux qui sont morts à leur poste avec l'habit de la loi. Nous leur dirons que la nation adopte leurs enfants, et que leurs veuves lui appartiennent par la reconnaissance.

L'assemblée ordonne à l'unanimité Fimpression et Taffiche du discours de son président.

Le corps municipal se retire.

M. Legrand. M'est-il permis de reprocher, on ce moment, au commandant de la garde nationale , son action généreuse ? Sa valeur lui a fait oublier ses devoirs. Un délit a été commis contre sa personne : ce n'est point à lui qu'il appartenait d'absoudre. Je demande que l'assemblée décrète que le coupable sera poursuivi.

M. Treilhard. Nous admirons tous Faction du conmiandant de la garde nationale ; et si la loi pouvait avoir des égards, ce serait un motif de plus pour poursuivre le coupable.

M. Regnault de Saint-Jean-d' Angély . La mesure que l'on propose à l'assemblée est hors de sa compétence : c'est aux tribunaux à poursuivre les délits.

L'assemblée charge les tribunaux de faire arrêter et de poursuivre celui qui a voulu attenter aux jours de M. Lafayette.

L'assemblée décide que le comité des rapports est identifié avec celui des recherches.

M. Regnault de Saint-Jean-d' Angély . Vous avez ordonné à vos comités de constitution et de jurisprudence d'examiner le projet de décret que je vous ai soumis dans la séance d'hier contre ceux qui provoquent les attentats et la résistance à la loi. Voici les articles qu'ils m'ont chargé de vous présenter :

L'assemblée nationale, après avoir entendu ses comités de constitution et de jurisprudence criminelle , décrète ;

Art. I. Toutes personnes qui auront provoqué le meurtre, l'incendie , le pillage ou la désobéissance à la loi , soit par des pla-

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