‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 81 sur 132 · ARRESTATIONS · texte numérisé non relu

ARRESTATIONS

cours du Palais-Cardinal, où sont les bureaux des ateliers publics. Cette réunion a donné quelques inquiétudes; mais elle n"a pas eu de suite : elle était relative à des demandes de certificats pour se présenter aux entrepreneurs afin d'obtenir de l'ouvrage.

« Plusieurs patrouilles de la cavalerie de la garde nationale ont été insultées l'avant-dernière nuit. Dans la rue de la Tacberie, on les a assaillies de pierres. La nuit précédente, sur le quai de la Mégisserie, un garde national avait été blessé d'un coup de pistolet.

« En vertu d'un ordre des comités des recherches et des rapports, la garde nationale est allée pour se saisir de M. l'abbé Royou ; mais on ne l'a pas trouvé chez lui. On a mis le scellé sur une partie de ses papiers, et on s'est emparé de l'autre.

« L'Ami du Roi, le Journal de la cour et de la ville, etc., et la Gazette de Paris, n'ont pas paru aujourd'hui. »

— Marat se crut aussi obligé de se cacher; mais il ne tarda pas à faire paraître un numéro de son journal, dans lequel il réclama vivement contre le tort qu'on lui faisait en publiant qu'un autre que lui fût rédacteur de l'Ami du Peuple. « M. Verrières est auteur de rAmi de la Loi, dit Marat; il est excellent patriote, mais il n'est pas moi, etc. »

Pendant cette espèce de déroute des journalistes appartenant aux partis absolus, car, ainsi qu'on vient de le voir, les autorités constitutionnelles frappaient également sur les royalistes et sur les révolutionnaires, les enfants perdus de la presse officielle se mirent à poursuivre les vaincus d'attaques personnelles. Carra, Marat, Fréron, Brissot, etc., furent signalés dans une affiche intitulée : Qui faut-il croire? Un journal-affiche, le Chant du Coq, dénonçait chaque matin ceux qu'il appelait les furieux ; il s'adressait particulièrement à leur vie privée. Brissot surtout fut maltraité par ce journal, et n'osa lui répondre que près d'un mois après ; ce fut par une attaque en justice et une accusation en calomnie.

Cependant le Patriote français n'interrompit pas sa publication, et la rédaction de l'Orateur du Peuple, de Fréron,'fut reprise par Labcnette. Comme nous l'avons vu, les Bévolutions de France ei de Brabant cessèrent de paraître; ce fut le journal les dévolutions de Paris qui se chargea de servir les abonnés de Desmoulins. Ce fut aussi ce journal qui, le premier, reprit la vigueur de son ancienne critique. En voici une preuve, qui est eu même temps un éclaircissement historique. Cet article, il est vrai, est postérieur au 7 août :

«La journée du 17 juillet a été affreuse: il s'y est passé des .scènes individuelles dont le récit brise le cœur; mais enliii, plusieurs citoyens n'y ont perdu (|ue la vie. Si la nation datait de ct'lli-

époque la perte de sa libellé !... si l'idée de ce massacre iTavait. été conçue que pour glacer d'effroi les écrivains et les lecteurs patriotes, pour autoriser les violations d'asile, pour dresser des tables de proscrits, pour enivrer la garde nationale, en lui donnant une fausse mesure de sa force, pour faire rentrer le peuple dans sa nullité politique, pour imposer silence aux journalistes, pour dissiper les clubs, et ne pas souffrir un seul groupe dans tout Paris, redevenu ce qu'il était, la ville des aveugles et des muets!... Tout cela s'est fait et se fait encore , et les gardes nationaux applaudissent à leur métamorphose en janissaires; et le peuple lui-même, frappé de l'épidémie , rit d'un rire sardonien à la vue de tous ces coups d'autorité asiatique ! Le malheureux ! il insulte aux traitements barbares qu'on fait subir à ses plus ardents défenseurs , et appelle brigands ceux-là mêmes qui l'ont averti tant de fois de se mettre en garde contre les véritables brigands , contre les factieux lâchés au milieu de lui.

« Et il s'est trouvé des gens pour justifier les nombreux assassinats du il au soir, et les délations, les lettres de cachet, les prises de corps , les incarcérations, les saisies de papiers, les confiscations de presses et de caractères d'imprimerie , les radiations de scrutin , et le spectacle sinistre de ce drapeau couleur de sang , appendu si longtemps aux croisées de la maison commune, comme jadis on attachait aux voûtes du temple métropolitain les drapeaux recueillis au milieu des cadavres des ennemis vaincus.

« Les façons de parler, les figures de rhétorique de l'Orateur du Peuple, n'ont point fait verser depuis des années une seule goutte du sang qu'on a lépandu dans la seule soirée du 17. 11 convenait mal à des citoyens armés et souillés de meurtres, de venir mettre à la raison des écrivains accusés d'avoir conseillé le meurtre. Si dans leur indignation patriotique leur plume a distillé le fiel de la médisance et les poisons de la haine, il fallait les combattre avec les mêmes armes ; les baïonnettes n'ont que faire là : elles ne prouvent que la raison du plus fort.

« Marat n'avait point d'impiimerie depuis quelque temps : il occupait celle de la demoiselle Colombe. Le nom de l'auteur devait mettre à l'abri le typographe , et lui laisser la faculté de travailler. Autrefois il y avait des délits qui paraissaient tellement graves , qu'ils entraînaient dans leur châtiment la démolition même de la maison natale du coupable. La municipalité voudrait-elle remettre en lumière ce code barbare, monument détruit de l'antique despotisme? Le chien blessé d'un coup de pierre mord la pierre à défaut (le la personne (pii la lui a lancée , et cela est tout naturel. La

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rniiniriitalittî n'est pas si raisonnable. Malheur aux créanciers de celui qui l'a offensée ! Elle les enveloppe clans la disgrâce du prévenu, et leur enlève le gage de leur propriété. En l'absence de la personne capturée , sa femme et ses enfants ne pourront faire rouler ses presses pour satisfaire aux engagements contractés. Et comment s'acquitteront-ils du droit de patente et de leur don patriotique ? L'imprimerie est un meuble sacré, aussi sacré que le berceau d'un nouveau-né, que jadis les collecteurs de tailles ne respectaient pas toujours. Mais sommes-nous déjà revenus précisément au même point d'où nous étions partis, avec le vœu bien prononce de n'y jamais retourner? Les citoyens les plus modérés furent révoltés à la vue du cortège aflligeant de trois ou quatre voilures s'acheminant vers la maison commune , environnées de baïonnettes et cbargées de tout l'attirail il'une imprimerie , à la suite des prisonniers accablés d'injures sur la route : plusieurs colporteurs garrottés fermaient cette marche triomphale.

(( Par un raffinement de perfidie, dipne au reste du corps municipal qui se permet des applaudissements féroces à la lecture du procès-verbal des horreurs commises le 17 au champ de Mars, on eut le soin de faire subir le même sort à Sulleau et à Royou, afin que le peuple confondit dans la même classe les défenseurs ardents et courageux de la révolution, et ces follicidaires souduvés de l'aristocratie.

« Le nombre des arrestations faites depuis le 17 n'est pas mieux connu que celui des morts du champ de Mars; mais il doit être très-considérable ; et sans doute il le serait bien davantage, si tous les journalistes et les pétitionnaires avaient eu la fermeté d'attendre, dans leur cabinet d'études, ou dans le lieu de leur réunion, le brevet d'honneur contenu dans la lettre de cachet ex[)édiée au comité des recherches , qui en fait commerce, comme sous le règne de Saint-Florentin et compagnie. On appréhenda des citoyens de toutes les classes et de tous les sexes ; la proscription s'étendit jusque sur les étrangers, pour colorer d'un prétexte la persécution dirigée principalement contre les chauds patriotes. Rotondo l'Italien, le juif fiphraïm, une baronne allemande , etc., ont été enlevés et relaxés. La police municipale, honteuse elle-même de ces coups de main, et pour donner le change au peuple, fit en même temps la chasse aux petits jeux de hasard, qui pullulent sur les quais et autres lieux. La garde nationale, loin de se refuser à toutes ces expéditions, auxquelles la troupe de ligne ne se serait prêtée jadis qu'avec répugnance, y apporte un zèle pour la loi qui tient de l'acharnement, et ressemble h la vengeance pei'sonnellc. Aulnfiiis il

TOMK V. ")!»

4b8 (JUILLKT 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.

n'était pas rare de voir les jeunes gens , dits de la robe courte , fermer les yeux et dissimuler les victimes que leur désignait le despotisme ministériel et parlementaire.

« Le despotisme municipal est mieux servi. L'Orateur du Peuple est obligé de soutenir un siège pour échapper à ses captureurs. Le défenseur de Santerre est moins heureux , et l'on s'assure provisoirement de sa personne jusqu'à ce qu'on ait découvert la retraite (leMarat. Legendre , Danton, Sergent, Camille Desmoulins, et une foule d'autres, attendent dans la retraite leur tour d'être traduits au tribunal. La liste fournie par le maire au comité des recherches est curieuse; on y lit: Tel...., chargé une fois. Tel..., chargé deux, trois fois. Tel...., bon à arrêter.

« On est fâché de voir M. Bailly si peu novice dans Fart des Sartine et des Lenoir : un maire , enfant gâté de la révolution , ne devrait pas , ce semble , en savoir si long qu'un lieutenant de police! Cette place n'aurait-elle changé que de nom? Le père Duchêne et sa femme ont été rendus à leur ménage, sous la condition d'être à l'avenir plus circonspects. On connaît la valeur de cette injonction, dont on faisait usage avec succès au temps passé, tout prêt à revenir. Quantité de personnes qui ne se seraient pas crues dignes de faire partie du peuple franc, si elles se fussent astreintes h ne dire la vérité qu'avec le mystère dont s'enveloppe le mensonge, ont été saisies , menées au comité , et de là à la prison , pour avoir eu l'air de blâmer la conduite prévôtale des gardes nationaux au champ de Mars le 17.

« Les épanchements de l'amitié sont devenus des crimes d'Étal. Le silence des tombeaux règne jusque dans les cafés; l'esprit public est tellement changé, que le tliéàlre de la Nation où les fiers accents de la liberté, sortis de la bouche de Brutus, avaient reçu tant d'applaudissements, retentit maintenant de bravos serviles représentant le peuple juif à genoux aux pieds de son nouveau roi. Pourquoi, depuis (jue les acteurs du théâtre de Molière ont été à la barre de l'assemblée faire vœu de ne jouer que des pièces patriotiques, ont-ils retranché les vers que M. Ronsin ajouta, dans sa Ligue (les tyrans, à l'occasion de la fuite de Louis XVI? Comment se fait-il que M. Ronsin soufire celte coupure, si le drame lui appartient encore? S'il n'est (tlus à lui, pourquoi une affiche ne prévient-elle pas le public de la lâcheté des acteurs de Molière? M. Ronsin avait placardé son épisode du monarque fuyard, le meilleur morceau, sans contredit, de la pièce...

(( Trois jours après le 17, une nouvelle édition de la loi martiale fut placardée sur tous les murs de Paris. Quel procédé ! En con-

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(;uit-uii de [)lus atroce el de plus iiiL'onséijueiit? Rappelei' la loi trois jours après le massacre commis en vertu de la loi! Si le châtiment doit marcher sur les traces du crime, c'est à la loi à prendre le devant. Ici l'ordre est renversé. Magistrats du peuple, êtes-vous stupides ou féroces? il faut que vous soyez l'un ou l'autre; choisissez : car nous souffririons trop à vous croire l'un et l'autre. C'est la veille qu'il fallait remettre la loi sous les yeux de vos concitoyens égarés. Mais, direz-vous, pouvions-nous prévoir les événements du dimanche 17? — Mais, vous répondrons-nous, quand il s'agit de mettre à exécution une loi de sang, on y regarde à deux fois. On dirait que vous aviez soif de carnage. 11 vous lardait donc hiert de faire usage de celte arme si difficile à manier, et dont les coups sont si terribles? Appréhendiez-vous que le glaive de la loi ne se rouillât en restant trop longtemps dans le fourreau? 11 en va de même de votre drapeau de mort : au lieu de le laisser llotter aux fenêtres de votre maison connnune, douze ou quinze jours après le voyage que vous lui files faire au champ de Mars, que ne l'exposiez-vous douze ou quinze jours d'avance? Vous vous intitulez complaisamment les tuteurs, les pères du peuple : un père, un tuteur menace longtemps avant de frapper; il ne tue pas ses enfants pour leur ap[)rendre à vivre.

« Mais vous aviez besoin de pièces justificatives. Ni le drapeau rouge prudemment exposé après le danger, ni le-, détours piteux du maire, ni la réponse congratulatoire du président, ni le volumineux procès-verbal de la municipalité, ne laveront la tache indélébile du sang do vos frères, qui a rejailli sur vos écharpes : il en est tombé sur vos cœurs. C'est un poison lent qui ilétrira vos joui s jusqu'au dernier. » (Extrait des Révolutions de Paris, n° CVII.)

Ch.\p. V. — Scission dans le club des Jacobins. — Club des Feuillants. — Partage des sociétés affiliées.

Le coup d'État du J7 avait montré clairemenl que la majorité de l'assemblée nationale et du côté gauche lui-même, sauf quelques opposants, appartenait au parti de la monarchie constitutionnelle. Il avait donné, de plus, à ce parti une influence et une autorité dont il fallait se hâter de proliter, afin d'assurer délinitivement l'avenir. On avait tout à craindre, en effet, du réveil de l'opiiosition révolutionnaire, aussitôt que le premier moment de terreur serait passé. Trois résultats devaient être atleiuls d'abord : il fallait acquérir une certaine sécurité du côté de l'étranger et de l'émigration, s'emparer de l'inlluence extrà-parlcmentaire exercée par les sociétés populai-

-i(;U (JUILLET 17'Jl) ASSLJIBLÉL INAllONALK.

res, et. paiticulièreinent par les jacobins, et enliii améliorer la constitution dans le sens inonaixhique. Ces trois buts furent poursuivis simultanément.

Pour agir sur la diplomatie étrangère, dont les démarclies n'étaient pas toutes secrètes, comme nous le verrons dans le chapitre consacré à ce sujet, les constitutionnels n'avaient pas d'autre intermédiaire que l'émigration elle-même. M. Duveyrier était de retour, et ses démarches avaient été inutiles ; on en fut instruit officiellement par M. Montmorin, à la séance du 21. On ne se tint pas pour battu : on écrivit à M. de Bouille, que l'on considérait comme le principal intermédiaire de Louis XVI avec l'étranger. Ce général reçut dans son exil une lettre du vicomte de Beauharnais, qui avait été pendant dix ans son aide de camp, et qui était, d'ailleuis , en quelque sorte ofticiellement accrédité auprès de lui par son titre d'ex-président de l'assemblée nationale. Dans cette lettre, datée du 16 juillet, on lui faisait part des desseins de l'assemblée : « Elle est, y disait-on, unanimement d'avis (à cinq ou six extravagants près) de faire, à la révision de la constitution, les changements (jue tous les bons esprits désirent ; de la proposer ensuite à accepter au roi, en l'engageant, pour le faire librement, de se rendre dans le lieu auquel il donnera sa préférence. » On le suppliait ensuite de suspendre ses projets, quels qu'ils fussent, au moins jusqu'au printemps prochain. « D'ici là, vous verrez quelle tournuie prendront nos affaires, et vous penserez sûrement qu'il vous sera plus avantageux de ne vous décider qu'alors. » [Mémoires de Bouille, t. II, oh. IX.) Une lettre à peu près pareille avait été écrite au même général, le 15 juillet, par le comte Gouvernet : ici l'on insistait principalement sur ce que « le premier coup de fusil tiré au nord pouvait faire massacrer, au midi, les noljles et les prêtres. » Nous leviendrons bientôt sur la correspondance de M. Gouvernet.

On tenta encore d'autres démarches. Ferrières donne , à cet égard, quelques renseignemenls. « Les constitutionnels, dit-il, négociaient avec le comte d'Artois et avec le prince de Condé. Le chevalier de Coigny fut envoyé à Coblentz, et l'abbé Louis, ex-conseiller au parlement, se rendit à Bruxelles... Les émigrés virent avec une forte inquiétude l'arrivée de l'abbé Louis à Bruxelles ; ils rinsultèrent à la promenade publique, et l'obligèrent à quitter Bruxelles; puis ils se glorifièrent, dans leurs lettres à leurs correspondants de Paris, de cette sottise comme d'une illustre victoire. « {Mémoires cités, liv. X.)

En même temps, on travaillait à s'emparer de l'influence des jacobins, affaire essentielle au moment où la constituante allait finir,

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cl à r;ip[irucht' (k's éluctiuiis de la [irerniore législature. Nous avons exposé les discussions qui pré[iarèient la scission des jacobins. Le discours prononcé le 10, par Brissot, acheva la séparation [p. 369 et 370). La motion l'aile par Laclos, le 15, et la pétition qui suivit l'irruption du peuple dans cette séance, en fournirent le prétexte. Dès le 16, un grand nombre des députés qui iaisaicnt partie de la société se réunirent aux Feuillants, et y transportèrent le bureau des Amis de la Constitution.

Cette scission devint tout de suite publique ; voici à quelle occasion. L'arrêté du 17, pris par les jacobins et mentionné p. 426, avait été imprimé avec la signature ùe Bouche, comme président; celui-ci réclama, déclarant qu il n'avait rien signé de semblable. Dufourny, s'intitulaut président par intérim, lui répondit qu'en cela on n'avait fait que suivre l'usage ; qu'on ne savait pas encore que M. Bouche, élu président des Amis de la Constitution le le'" juillet, avait transféré l'exercice de ses fonctions aux Feuillants, etc. Cette correspondance n'alla pas plus loin, mais elle fut hisérée dans le Moniteur. Or, voici ce qui se passait dans le sein des deux clubs opposés.

Aux Jacobins, dès le 17, immédiatement après le départ des commissaires envoyés au champ de Mais, Pétlon entretint la société de la scission, il donna les motifs des scissionnaires : c'était le peu de liberté laissée aux opinions, le peu d'influence des membres de l'assemblée nationale, la" répugnance contre quelques honunes qui faisaient partie du club et contre certains genres de dénonciations, entiu le dernier projet de pétition. 11 annonça que cette séparation était iiréparée de longue main, et(iuele piojet des feuillants était de lallier autour d'eux toutes les sociétés aftiliées. 11 déclara que luimême avait été, la veille, dans leur réunion, et qu'il y avait combattu leur projet de séparation. 11 ajouta que, peut-être, ils avaient déjà envoyé des lettres à toutes ces sociétés, et qu'il fallait se hâter d'agir pour ne pas tout perdre. Il proposa, enlin, de nommer une commission chargée de rédiger une adresse aux sociétés afliliées.

A la séance du 18, Feydel dit que les dé|»utés retirés aux Feuillants étant les fondateurs de la société, il convenait de leur remettre le local et la correspondance. Laclos appuya celte motion ; Kobespierre, sans la combatire, en présenta une dans le but d'écarter piomptemeut les caldniuies. Il s'agissait d'envoyer à l'assemblée nationale nue adresse fpi'il venait de rédiger, et dont il lit lecture. La société adopta cette; motion à l'unanimité. Voici un extrait de l'adresse, lire du VatrioU: français du 24 juillet :

Adresse à Vasseinblée nationale , par la société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, à Paris. — « Messieurs, on nous a calomniés auprès de vous. La paix et l'intérêt public exigent (jue notre réputation reste aussi pure que notre conduite. Nous venons répondre à nos détracteurs, en vous présentant l'hommage de nos principes et de nos sentiments.

H Le principe que nous avons constamment propagé et religieusement observé, c'est d'obéir aux lois, et de ne tendre à leur perfection et à leur réforme que par l'exercice du droit sacré, qui appartient à tout homme, de communiquer ses pensées à ses semblables, sur les plus grands intérêts de l'humanité, et par tous les moyens conformes aux principes de notre constitution.

« On a dit que la pétition projetée par des citoyens, dans la salle de notre société, était un acte de révolte contre vos décrets; elle répond elle seule à cette absurde inculpation. Votre décret du i^ de ce mois ne statuait rien sur la réintégration de Louis XVI dans les fonctions de la royauté. Les citoyens qui composent notre société ont cru devoir vous adresser une pétition sur ce grand objet; ils ont cru qu'il leur était permis de la communiquer à tous ceux de leurs concitoyens qui voudraient y adhérer personnellement... Ajoutez à cela que, du moment que votre décret du samedi! 6 juillet leur a été connu, cette pétition a été retirée.

a Législateurs, ne vous alarmez pas, si dans les circonstances les plus critiques de la révolution, après tant de causes de défiance qui avaient agité les esprits, les citoyens ont fait éclater quelques signes d'inquiétude et de douleur. Il y a loin de ce premier mouvement d'un peuple sensible et généreux, à la funeste agitation de vos ennemis et des siens, et au renversement de l'ordre public ; vous auriez lieu de vous effrayer davantage, si vous n'aperceviez dans les Français que cette funeste léthargie qui est le sceau dont le ciel a marqué les peuples destinés à l'esclavage ; elle vous offrirait le présage certain de la ruine de votre propre ouvrage et de notre commune servitude. Représentants, n'ouvrez point vos cœurs à des soupçons odieux répandus par les ennemis de la patrie. Le respect, la raison, l'intérêt du peuple français, vous entourent d'une garde puissante et plus digne de vous que tout l'appareil de la force militaire.

« Ah! loin de vouloir troubler la paix publique, le véritable objet de nos soins et de nos inquiétudes est de prévenir les troubles dont nous sommes menacés, que la fuite du roi nous présageait, et sur lesquels les circonstances qui nous environnent n'ont point encore

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rassuré les amis de la patrie. Représentants, cest à vous de les lui épargner. C'est à vous de réprimer l'activité des factions ; c'est à vous de pourvoir à la défense de l'État par des moyens qui 7\e compromettent point les vrais principes de la constitution ; c'est à vous de protéger les amis de la liberté contre les vexations qu'ils peuvent éprouver, contre les attentats arbitraires à la liberté individuelle, (fui troublent en effet la tranquillité pjublique, en provoquant l'indignation, les alarmes et la résistance. Pour nous, nous concourrons de tout notre pouvoir à seconder votre autorité protectrice ; nous nous reposons, avec la confiance qui appartient à des lionmies libres, de la destinée de la France et des nations, sur la marche imposante et rapide de l'opinion publique, que nulle puissance humaine ne saurait désormais arrêter; sur l'empire irrésistible et sacré de la volonté générale; sur ces principes éternels de la raison, de l'humanité, de l'égalité, de la souveraineté nationale, qui dormaient dans le cœur des hommes, et que la déclaration promulguée par vous a réveillés pour toujours ; sur ce besoin impérieux ; sur cette sainte passion de la liberté, qui ne périra qu'avec le peuple français. Nous nous reposons aussi sur votre gloire et sur le souvenir des grandes actions qui ont signalé votre carrière; vous la (inirez comme vous l'avez commencée. Si vous touchez à vos propres décrets, comme le présage le projet de révision (}ue vous avez annoncé, loin d'ajouter aux prérogatives du dépositaire du pouvoir exécutif, loin de conserver des distinctions injurieuses à l'humanité, s'il était quelques dispositions contraires à vos propres principes, et qui eussent été surprises à votre sagesse par les circonstances, ce sont celles-là que vous effacerez de votre code. Pour nous, nous terminerons celte adresse par une .profession de foi, dont la vérité, prouvée par notre conduite constante et justiiiée par l'opinion de la France entière, nous donne le droit de compter sur votre estime, sur votre confiance, sur votre appui, et de délier tous ceux dont le système est de peindre la raison, la liberté et la vertu, des couleurs du vice, de la licence et de l'anarchie. « Respect pour l'assemblée des représentants de la nation, fidélité à la constitution, dévouement sans bornes à la patrie et à la liberté, » voilà la devise sacrée qui doit rallier à nous tous les bons citoyens, et qui nous autorise à croire que nous ne pouvons désormais compter nos ennemis que parmi les ennemis de la patrie.

« La sociéti' a arrêté que la présente adresse sera imprimée eu très-grand nombre et, le plus promptement possible, envoyée à l'assemblée nationale, à tous ses membres individuellement, à toutes

ibi (juillet 1791) assemblée nationale.

les sociétés affiliées, aux quarante-huit sections et aux bataillons de la capitale.

« Signé, L. P. Dufourny, président ; F. E. Gliralt, Régnier neveu, secrétaires.

« Ce 18 juillet 1791. M

On reprit ensuite la motion de Feydel, que Pétion, Moreton et Cliépy tils combattirent et qui ne fut pas adoptée. Laclos fit insérer dans le Journal de Paris du 21 juillet une longue déclaration, dans laquelle il exposait sa conduite depuis le IS, et qu'il terminait en disant que sa motion du 18 ayant été rejetée, il se retirait « de cette société, dont il ne cesserait cependant de respecter les intentions patriotiques. »

A la séance du 20, l'abbé Royer proposa qu'il fût nonuné, de part et d'autre, des commissaires, connue le seul moyen de faire disparaître le schisme. Mendouze adopta cet avis et le formula ainsi : « Que les membres composant la société séante aux Feuillants soient rappelés aux Jacobins, et qu'il soit nommé trente commissaires, dont quatorze appartenant à l'assemblée nationale, pour procéder à la réforme du régime intérieur du club. » Cette motion fut adoptée. Mendouze et Kersaint, envoyés immédiatement aux Feuillants, y lurent accueillis dans un profond silence. Goupil présidait; il dit aux commissaires jacobins que leur connnunication serait discutée dans la prochaine séance, et qu'on ferait parvenu' la réponse.

A la séance du 22, on émit le vœu d'adresser une seconde dépulation. Sauterre et plusieurs autres membres représentèrent cette mesure comme indigue de la société.

A la séance du 24, on reçut un uiessage des feuillants. Robespierre lit déclarer, préalablement à toute lecture, que la société séante aux Jacobins avait été et serait toujours celle des Amis de la Constitution. Celte motion fut adoptée à l'unanimité. On lut ensuite la lettre de Goupil-Préfeln, président des feuillants; elle portait en substance, que les propositions des jacobins n'étaient pas admises, et que la réunion dépendait de l'acquiescement pur et simple à certains articles arrêtés la veille par les scissionnaires. Parmi ces articles, se trouvait celui-ci : que les seuls citoyens actifs seraient reçus par les feuillants. On discuta longtemps sans conclure.

Le 25, Pétion, élu président au scrutin, demanda qu'avant tout, pour constater l'existence de la société et en reconnaître les raem-

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bres, des iefii<iivs lussent ouverts, où viendraient s'iiisciire ceux qui avaient l'intention lenne de tenir à la société séante aux Jacobins; qu'ensuite les membres inscrits subissent l'épreuve qu'indiquerait la société. Ces propositions adoptées, le mode épuratoire fut mis en discussion, et l'on arrêta : « 1° de nommer au scrutin six membres de la société M), lesquels, conjointement avec les six députés de l'assemblée nationale qui restaient, composeraient provisoirement le comité de présentation ; 2'" que ce comité cboisirait dans la liste du trimestre courant soixante membres pour former le noyau de la société ; 3" que le comité continuerait son cboix sur la liste du trimestre; 4" que les membres rejetés par le scrutin épuratoire pourraient faire des réclamations, sur la légitimité desquelles la société délibérerait ; o" que les membres adoptés qui n'accepteraient pas seraient rayés du tableau, et ne pourraient dans aucun cas être représentés; 6° qu'il serait fait deux tableaux : le premier, de tous les membres qui composeraient la nouvelle société ; le second, de tous ceux qui seraient rejetés, auxquels on ajouterait les signataires de la protestation des dissidents, lesquels ne pourraient jamais devenir membres de la société. »

Cette opération préliminaire dura jusqu'au 3 août, jour où le noyau procédant de l'épuration tint sa première séance, présidée parPétion.

Cependant, les jacobins rédigèrent, conformément à la proposition de Pétion, leur adresse aux sociétés de province. Nous en ignorons la date exacte ; mais elle parait postérieure à l'épuration dont il vient d'être question.

Adresse Je la société des Amis de la Constitution (jacobins; aux sociétés affiliées. « Au moment où nous croyions avoir vaincu tous les ennemis de la constitution, voir l'assemblée nationale toucher au terme de ses grands travaux, un triste événement vient suspendre nos joies et nos espérances : un schisme se manifeste au sein même de cette société qui se glorifiait de posséder dans son sein les plus intrépides défenseurs de la révolution, et de rallier autour d'elle le vœu de toutes les sociétés patriotiques de la France. En vous en exposant les causes, pardonnez-nous de jeter un voile sur la plupart; il est triste pour des amis de la patrie d'accuser ceux qu'ils ont chéris comme leurs frères. — Vous avez vu les combats soutenus sur la grande question de l'évasion du roi, et son inviolabilité

(1) Les six commissaires nommés le 27 furent MM. Mendouze, Cliépy fils. Sergent, Dufourny, Bourdon-Lacrosnière et Mouton. 11 restait six députés de l'assemblée nationale: MM. CoroUcr, Grégoire, Prieur^ Pétion, Robespic. ■. l'abbé Royer.

absolue. L'opinion de la société vous est connue; elle se gloritie de la partager avec presque toutes les sociétés du royaume. Constante dans la marche loyale et franche qu'elle a toujours suivie dans ses discussions, elle avait ouvert une arène libre à toutes les opinions; le parti pour lequel penchait la société n'était pas celui qui irioniphait dans les comités; la plupart de leurs membres se sont abstenus d'y paraître. Le décret a été rendu contre les principes défendus par la société. Soumise aux décrets, elle a respecté la décision de l'assemblée nationale ; mais ce succès ne satisfait pas les honnnes qui, désespérés d'avoir perdu dans la société un ascendant qui n'est dû qu'à la raison, ont clierché à se venger, en essayant de briser l'autel même sur lequel ils avaient tant de fois soutenu la cause de la patrie. Se fondant sur une protestation contre le décret, protestation qui n'a jamais existé, ils ont effrayé, égaré les esprits des membres de l'assemblée nationale qui étaient restés attachés à cette société, et, dans une séance particulière tenue aux Feuillants, la scission a été résolue. Elle nous a affligés sans nous décourager. Ce schisme est le fruit de la surprise et de l'erreur, et l'erreur n'a qu'un temps. L'assemblée nationale renferme dans son sein une masse respectable de patriotes vertueux, qui veulent sincèrement la constitution. Or, il est impossible qu'éclairés sur les manœuvres par lesquelles ils ont été séduits, entraînés par l'exemple de leurs collègues, qui nous restent invariablement unis, ces amis de la constitution se séparent longtemps d'une société qui se glorifie d'avoir été son berceau, d'avoir été constamment son boulevard, qui persévère et persévérera toujours dans les mêmes principes. Non, nos frères ne croiront pas qu'une société qui a donné des preuves aussi frappantes de son patriotisme les efface en un moment, et déchire son propre ouvrage. Nous vous conjurons donc, au nom de la patrie, de ne point précipiter votre décision sur ce schisme, d'attendre les lumières que l'avenir vous fournira, de comparer notre conduite, nos principes avec ceux de nos adversaires; nous vous conjurons de continuer une correspondance si nécessaire dans un teujps où nos divisions peuvent relever les espérances des ennemis de la chose publique. Son salut tient à la réunion de tous à la constitution. Que ce mot nous serve de ralliement; il ne peut nous égarer. Nous avons juré de mourir fidèles à cette constitution; vous avez prêté le même serment. Des frères qui n'ont que le même objet ne peuvent longtemps rester désunis. »

— Venons maintenant à ce qui se passait parmi les feuillants. Nous avons vu que le président des jacobins. Bouche, passa de leur côté. Antoine et Salles, les secrétaires, firent la même chose et

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