‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 5)Chapitre 96 sur 132 · SITUATION DIPLOMATIQUE · texte numérisé non relu

SITUATION DIPLOMATIQUE

publi(}ue, et ce spnt aussi, pour un historien de la lévoluliou, les plus importants à recueillir.

« Sire, notre frère et seigneur, lorsque rassemblée qui vous doit l'existence a l'indignité de vous tenir captif au milieu de votre capitale, ajoute la perfidie de vouloir que vous dégradiez votre trône de vos propres mains, nous nous empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances, dont nous avons réclamé pour elle les secours, sont déterminées à y employer leurs forces... Dans vos malheurs, sire, vous avez la consolation de voir toutes les puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière... Les intentions des souverains qui vous donneront des secours sont aussi droites que le zèle qui nous a fait les solliciter... Le but des puissances confédérées n'est que de soutenir la partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre, au sein du royaume, le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées menacent tous les empires... Tout Paris doit savoir que, si une scélératesse fanatique ou soudoyée osait attenter à vos jours ou à ceux de la reine, des armées puissantes, chassant devant elles une milice faible, viendraient aussitôt fondre sur la ville impie qui aurait attiré sur elle la vengeance du ciel et de l'univers... Nous devons cependant vous annoncer que, si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir forçaient votre main de souscrire une acceptation que votre cœur rejette, nous protesterions pour vous-même, sire, en protestant pour vos peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la monarchie, et pour tous les ordres de l'État... Nous obéirons, sire, à vos véritables commandements, en résistant à des défenses extorquées, et nous serons sûrs de votre approbation en suivant les lois de l'honneur... Signé, Lol'is-Staxislas- Xavier (Monsieur), et Charles-Philippe (le comte d'Artois). — Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre d791. »

Les trois Condé et les deux fils du comte d'Artois adhérèrent à cette lettre, dont Louis XVI ne reçut un exemplaire authentique et original (jue plusieurs jours après qu'elle eut été répandue dans le public, c'est-à-dire vers la fin de septembre. Ce prince écrivit aussitôt à ses frères, «Cette démarche, disait-il, l'avait peiné. 11 Tétait déjà d'avoir vu le comte d'Artois aller à la conférence de Pilnitz sans son consentement. En agissant sans lui, on contrariait ses démarches. Comment avait-on la prétention de juger l'état de l'espiit public mieux que lui, qui en éprouvait les effets? P'allait-il servir la fureur des factieux en faisant accuser le roi de [lorter la guerre

350 (SEPTEMBRE IT'Jl) ASSEMBLÉE >AriONALE.

dans son royaume? Vous vous flattez de donner le clian;^e en déclarant que vous marchez malgré moi ; mais comment les persuader, lorsque cette déclaration de l'empereur et du roi de Prusse est motivée sur votre demande? Pourra-t-on jamais croire que mes frères n'exécutent point mes ordres? Ainsi vous allez me montrer à la nation acceptant d'une main et sollicitant les puissances étrangères de l'autre ! On ne compte ni mes peines, ni mes embarras, ni mes chagrins!... » [Mémoires secrets cités, t. II, p. 281.)

Il semble évident, d'après cette lettre, que Louis XVI partageai! les espérances et les terreurs de la reine, et comptait beaucoup sur les démarches de ses agents secrets à l'intérieur. Il est évident aussi qu'il était fortement préoccupé des dangers que courraient sa personne et celle de la reine dans le cas d'une nouvelle explosion des passions révolutionnaires. Il était d'ailleurs décidé en faveur de la constitution. Il avait reçu sur celte question un grand nombre d'avis. Dans les pièces de l'armoire de fer, on ne compte pas moins de vingt-cinq mémoires sur ce sujet. Parmi les signataires, on lit les noms de Montmorin, de Dandré, de Delessart, de Garât l'aîné, qui sont pour l'acceptation avec ou sans observation ; l'abbé ]Maury est seul pour un refus. Aussi, le roi ne se borna pas à exposer ses sentiments à ses frères ; il résolut de retirer à Monsieur les pouvoirs qu'il lui avait confiés, et il écrivit en conséquence au baron de Breteuil pour l'accréditer auprès de l'empereur. Voici cette lettre :

« Je suis informé, monsieur le baron de Breteuil, que mou trèscher frère, ^Monsieur, comte de Provence, trompé sur ma véritable situation et me croyant dans les chaînes, a cru devoir établir une autorité centrale destinée à régir mon empire, comme si le trône était vacant ou en minorité. Les choses, avec la permission de Dieu, ne sont point ainsi; à quelques orages près, je jouis de la liberté nécessaire à un prince, et moi seul dois donner des ordres dans mon État. Vous voudrez donc bien, monsieur le baron de Breteuil, dès la réception de la présente, vous transporter à Vienne auprès de notre puissant et cher frère l'empereur, pour lui communiquer nos intentions. Vous agirez de même auprès de toutes les têtes couronnées pour les supplier, de ma part et en mon nom, de n'admettre ni leconiiaîtrc la susdite régence. Les actes de cette autorité contradictoire n'aboutiraient qu'à irriter davantage mon peupl'^ et le porteraient infailliblement anx derniers excès contre moi. Tant que je vivrai, je ferai mon possible pour m'acquitter de mes devoirs et rendre la ])aix et la félicité à mes peuples. Si Dieu dispose de moi, la reine, ma très-digne et honorée compagne, deviendra régente de

SltUATION DIPLOMATIQUE. S51

plein droit. Son bon jugement, son bon cœur, ses vertus me garantissent la sagesse de son administration ; sa tendresse pour mon fds doublera ses moyens naturels et son zèle. Adieu, mon cher monsieur le baron de Breteuil ; dans le malheur, comme dans la prospérité, je serai toujours votre bon roi et votre ami le plus sincère.

« Aiiostille de lu reine. — Monsieur le baron de Breteuil, le roi étant persuadé qu'il y aurait de Finconvénient à la régence de notre frère, je joins ma recommandation à ses ordres. Notre intention n'est pas de contrarier Monsieur, mais d'empêcher de plus grands malheurs, et il parait que cette mesure soulèverait la Fi'ance. Je vous prie, monsieur, de croire dans tous les temps à la vive reconnaissance que je vous ai vouée; elle ne s'affaiblira jamais. » {Mém. secrets cités, t. II, p. 283.)

Muni de ce pouvoir, le baron de Breteuil se mit à agir en consé- (]uence ; mais il rencontra devant lui le parti et les agents des princes. On mit en doute ses pouvoirs ; on prétendit que la pièce dont il s'autorisait était ancienne, que c'était celle dont il avait été pourvu avant le voyage de Varennes et qu'il avait altérée et posttlatée. Ces accusations furent si générales et si répétées, qu'elles ont été consignées comme véritables dans quelques narrations contemporaines. Cependant, les dispositions des cours de Vienne et de Berlin, qui paraissaient si menaçantes, s'adoucirent, soit que Léopold cédât aux instances de la reine, soit qu'il lût arrêté par (pielque autre considération. Louis XVI ayant officiellement notifié aux (hvers cabinets européens son acceptation de la constitution, l'empereur adressa à tous les princes, auxquels il avait écrit de Padoue le 6 juillet, une circulaire dans laquelle il disait «que, dans l'espoir donné par le roi de France fpie le parti modéré j)révaudrait par l'effet de l'acceptation de la constitution, il était nécessaire (l(^ suspendre l'effet de tout concert en faveur du monarque et de sa famUle ; mais (jue Sa Majesté était d'opinion que les puissances ne devaient pas se désister des mesures qu'elles avaient agréées; qu'elles devaient se mettre en étal (l'observa lion; ordonner à leurs ministres, à Paris, de déclarer que leur union n'avait pas cessé, et qu'elles étaient toujours prèUîs à agir de concert pour défendn' les droits du roi et de la monarchie. » {Mém. secrets cités, t. Il, |). 285.)

o52 (MARS 1791) ASSEMBLÉE NATIONALE.

Page 1